En 2016, l’actualité au pays des hommes intègres n’a pas été du tout morose. Les députés ont donné aux web activistes et journalistes de quoi se mettre sous la dent surtout au deuxième trimestre de l’année. Le scandale des tablettes Huawei et plus proche de nous l’affaire des « Un million ». L’attaque de Nassoumbou, la plus meurtrière jamais enregistrée chez les forces de défense et de sécurité, la conférence des partenaires sur le financement du PNDES, le Général Yacouba Isaac Zida et ses ennuis, l’interdiction du concours Miss « Bim-Bim », l’incivisme avec la crise de Logobou sont entre autre les sujets qui ont retenu l’attention d’activistes, journalistes sur Facebook. Qu’ont-ils posté ? Lisez !

Abdoul Karim Sango, juriste consultant. Il s’est prononcé sur l’affaire des « Un million » de francs CFA remis à chaque député « pour leur permettre d’assurer comme il se doit la redevabilité de l’élu vis-à-vis des populations de sa circonscription ».


« Comment se taire devant tant d’ignominies et d’indignités de la part des membres de la Représentation nationale ? J’ai lutté avec moi-même pour ne pas me prononcer sur ce sujet, mais devant des actes d’une telle bassesse comment se taire ? Quel est le fondement légitime d’une somme pareille allouée indument à la Représentation nationale en cette période où le commun des Burkinabé tire le diable par la queue ? Comment admettre que les députés prennent autant de libertés avec les deniers publics alors que l’on chante sur tous les toits que l’économie du pays va mal ? Comment rassurer l’ensemble des travailleurs qu’il y a des sacrifices à consentir pour sortir ce pays de la merde dans laquelle pendant 27 ans les gens nous ont placés ? Rien que pour les indemnités de session, chaque député coûte 450 000 à l’État, il faut y ajouter le salaire non soumis à IUTS et tous les autres avantages. Tout cela pour quel travail à l’AN ? Après une insurrection populaire, il y a lieu de se demander dans quel pays sommes-nous ? Et quand on est pris en flagrant délit de détournement de ressources publiques, il est préférable de se taire que de pondre des communiqués insipides et pour lesquels on est fondé à se demander si leurs auteurs sont allés à l’école ».


Ibrahima Maiga, ancien directeur de Publication du journal « Sahel Info » et exilé depuis deux ans aux Etats-Unis. Après l’attaque de Nassoumbou dans le sahel, région qu’il semble connaitre comme sa poche, l’homme s’est senti indigné car aucune journée de deuil n’a été décrétée par le gouvernement pour les douze soldats de l’armée burkinabè.

« 12 pères de familles, époux, cousins, frères, oncles, neveux, fils…. sont morts dans des conditions atroces à la frontière en pleine veille pour protéger nos frontières. L’ensemble des pays amis se sont indignés de la situation et le président malien a même effectué le déplacement de Ouagadougou en guise de solidarité, mais figurez-vous que cette situation n’a pas empêché la tenue du conseil des ministres qui a eût lieu le même jour et même pas une journée de deuil n’a été décrétée. J’ai mal pour les familles et surtout pour les soldats qui assistent à comment la nation salut le sacrifice de ses fils. Tu resteras insensible parce que tu n’as pas de proche dans le lot, mais rappelle-toi que ceux qui sont mort ne vivront plus jamais cette épreuve. Indigne-toi pour ceux qui sont en vie ».


Daouda Toé, est une star sur les réseaux sociaux. Il n’hésite pas à dire les choses crues avec humour sur Facebook. Après la conférence de Paris qui a permis au Burkina d’obtenir plus de 18 mille milliards de francs CFA d’intentions de financement du plan national de développement économique et social, Daouda Toé a publié ceci :

« Burkina est devant. On a eu 10 milles milliards aujourd’hui avec les partenaires privés. En plus des 8 milles milliards d’hier, ça fait 18 milles milliards. Si on divise par 18 millions de burkinabé, ça fait 1 million par personne.

Enfin je vais garer ma P50 et aller commander 135. Karpala a chaud »

Ismaël Ouédraogo, directeur général de la télévision Burkina Infos et précédemment rédacteur en chef de la radio Ouaga FM. Suite au scandale des tablettes HUAWEI, les députés n’ont pas échappé aux vives critiques des Burkinabè. Le président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, au cours d’un point de presse pour annoncer le retour des tablettes à l’envoyeur avait tenu des propos jugées indignes d’un homme de sa trempe. Ismaël Ouédraogo dans un post a rappelé aux parlementaires que « les Burkinabè qui ont chassé Blaise Compaoré n’ont pas changé de nationalité ».


« Une fois de plus nous voici embarqué dans une dérive langagière au sommet de l’Etat qui n’honore pas nos honorables députés. La sortie maladroite de Salif Diallo Président de l’Assemblée Nationale, 2è personnalité du pays est un acte fortement condamnable. L’histoire des tablettes ternit l’image de tous les députés et la réaction de Salif Diallo achève de nous convaincre qu’il n y a pas d’éthique en politique. L’ancien Directeur de campagne du Président Rock Kaboré en 2015 a prêché la rupture par son candidat et se voulait le défenseur de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption. De nos jours le Président de l’Assemblée nous rappelle qu’ils n’ont rien à voir avec les bonnes méthodes et le peuple insurgé semble avoir été royalement oublié. Quand on occupe certains postes de responsabilités, il y a une obligation de policer son langage car vous devez servir d’exemple. Le terme « On S’en fout » ne saurait être prononcé par le Président de l’Assemblée ; il a manqué l’occasion de se taire sur un sujet qui fâche. A-t-il pensé aux enfants qui l’écoutent ou le regarde ? Juste un conseil : les Burkinabè qui ont chassé Blaise Compaoré n’ont pas changé de nationalité. Bonne semaine à tous ».

Lengha Fils, à l’état civil Dabré Harouna, est l’un des web-activistes burkinabè les plus en vue sur la toile. Il réside actuellement au Canada où il est maître en administration des affaires de formation, membre de l’ordre des administrateurs agréés du Québec et de l’association des MBA du Québec. Le Général de division, Yacouba Isaac Zida, a fait l’objet de multiples publications notamment pour son refus de rentrer au Burkina et son implication supposée dans l’affaire des parcelles à Ouaga 2000.


« Dites-nous, quelle est la situation exacte du General 3 lunes dans l’armée ? Le Commissaire du gouvernement près du Tribunal militaire dit n’avoir rien reçu de la hiérarchie militaire concernant Zida. Le Président du Faso, Ministre de la défense et chef suprême des armées, a trop exposé sur les graves manquements de Zida. De ces manquements, on peut citer entre autres :

• absence sans autorisation des effectifs de l’armée depuis plusieurs mois ;

• disparition de plusieurs centaines de millions dans les comptes bancaires de la présidence ;

• dépenses non justifiées de plus d’un milliards et demi ;

• pillage des terrains de la SONATUR ;

• refus de comparaitre devant la commission d’enquête indépendante sur les massacres des 30 et 31 octobre 2014 ;

• nommément cité comme responsable des opérations militaires ayant causé plus de 30 morts les 30 et 31 octobre 2014.

C’est étonnant que jusqu’à présent le Président du Faso, chef suprême des armées ait beaucoup parlé sans poser aucun acte dans ce sens.

Le Président Kabore est-il en train de mouta mouta avec son General 3 lunes derrière le dos du peuple ?

Quand le Président de la république se saisit d’un dossier, c’est pour décider. Ce n’est plus pour parler »


Caroline Ouanré, précédemment journaliste à la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB), a marqué l’année 2016 notamment sur ces publications pour dénoncer le dévoiement de l’image de la femme dans la musique burkinabè. Après avoir critiqué le clip « C’est doux doux dèh » de l’artiste musicien David le Combattant, Caroline Ouanré est monté au créneau, en août dernier, pour demander l’interdiction du concours intitulé « la nuit du Bim Bim » qui selon elle fait « renferme un vicieux germe d’incitation à la débauche ».

« Pas plus tard que ce soir, j’ai suivi sur les antennes de la télévision privée BF1 la promotion de cet odieux concours des « plus grosses fesses ».

Un internaute m’a signalé cet après-midi, une autre plage de promotion dudit concours sur les antennes de la RTB, notre télévision nationale.

Face au passage en force qui se prépare, levons-nous comme un seul Homme et disons NON à la dépravation des mœurs au Burkina Faso.

Je propose que dès lundi prochain, nous écrivions au ministre en charge de la question de la femme, au ministre en charge de la culture, à la présidente du CSC afin que ces responsables soient OFFICIELLEMENT informés de ce qui se passe dans ce pays ».


Tahar Lahousséni, est un jeune architecte et un web activiste qui n’hésite pas à tacler le gouvernement, les partis politiques et les organisations de la société civile sur des sujets fâcheux : mal gouvernance, justice, corruption, incivisme. Pendant la crise de Logobou à l’Est du Burkina, des élèves ont déchiré le drapeau national. Cet acte avait choqué plus d’un et partout l’on demandait que les fautifs soient sévèrement punis. Dans son poste intitulé « Événements de Logobou : Haltes aux condamnations hypocrites », le jeune architecte déclare qu’« un enfant est le juste reflet de ce qu’est la société ».

« Le Burkina Faso feint d’être en émoi parce que des enfants ont bastonné leurs profs et brûlé le drapeau national. Un enfant est le juste reflet de ce qu’est la société, le pays dans lequel il est éduqué.

Au Burkina Faso, pour mieux réussir, il faut être très délinquant : plus tu détournes de grosses sommes d’argent et retardes bien le développement du pays, plus tu reçois de promotions. A voir de près ceux qui détournent l’argent public et retardent le développement du pays font exactement le même acte en gravité que ces enfants qui déchirent le drapeau national. Les enfants de Nagaré et Logobou n’ont fait que restituer leur leçon d’incivisme très bien apprise. Arrêtons ces condamnations hypocrites et ayons le courage de nous regarder dans le miroir. »

Rassemblés par Herman Frédéric Bassolé

Lefaso.net

Source: LeFaso.net