
Cet article se veut la première d’une série de chroniques qui portera principalement sur des réalités des constructions civiles (route, bâtiment, ouvrages d’art, …) au Burkina Faso. L’objectif derrière ces écrits n’est pas de désigner le coupable, ni la personne qui a bien fait son travail ; mais d’expliquer en français facile avec parfois un ton satirique, ce que le profane des constructions civiles ne sait pas ou ne comprend pas. Pour ce premier numéro, les ralentisseurs routiers communément appelés « gendarme couché » ou « dos d’âne » sont au menu.
En résumé, il n’y avait ni éclairage public, ni panneau de signalisation du ralentisseur, ni de limitation de vitesse à 30km/h, ni de marquage au sol, afin rien qui pouvait l’informer de la présence du ralentisseur et de la limitation de vitesse à 30 km/h. En plus, le ralentisseur en question était gros comme un chameau couché. Si les ralentisseurs sont utilisés pour rendre nos routes plus sûres, force est de constater que ce n’est pas toujours le cas.
Avant d’aller plus loin, accordons nous sur ce qu’est un ralentisseur routier. Au Burkina, il y a deux types qui sont couramment utilisés : les ralentisseurs type « dos d’âne » et les ralentisseurs de type « trapézoïdal ». Ces types de ralentisseurs sont définis comme étant des dispositifs fixes, volontairement placés en travers d’une route, d’une voie, pour obliger un véhicule à réduire sa vitesse à 30 km/h.
En français facile, si je roule à 30 km/h, je dois pouvoir franchir un ralentisseur sans avoir à ralentir et sans craindre la santé de mes amortisseurs et si je roule à plus vite, je me casse le nez. Pour faire simple dans la suite, appelons les tous dos d’âne.
Ensuite demandons-nous pourquoi, les dos d’âne sont à la mode depuis quelques années déjà. Les excès de vitesse sont de réels problèmes dans nos villes et campagnes. Il faut avoir le courage de le reconnaitre. On a compris qu’on ne peut pas faire confiance à la bonne fois du conducteur. Solution miracle, on met des dos d’âne partout, même là où il n’en faut pas ! De toute façon, trop de viande ne gâte pas la bonne sauce. Pas sûr, dira mon cousin.
Maintenant comparons les recommandations techniques à ce qui est fait :
Un dos d’âne ne doit pas être placé hors d’une ville ou d’un village pour la simple raison qu’en dehors des agglomérations, la vitesse limite dépasse 70 km/h. Mon cousin WONI, main sur le cœur, a juré en avoir déjà vu un au milieu de nulle part. Je le crois sur parole ;
Pour permettre à l’honnête citoyen qui respecte les 30 km/h d’y passer sans difficulté, la règle limite la hauteur des dos d’ânes à 10 cm pour une longueur de 4 m. Hum, j’en ai vu qui ont plus du double en hauteur et moins de la moitié en longueur. Quand tu montes dessus, c’est comme si tu avais escaladé la montagne de mon village. La chute est toujours rude. Même à moins de 30 km/h impossible de passer en toute quiétude pour certains véhicules ;
Vu que le dos d’âne est défini comme un obstacle, il doit être vu et bien vu de loin. C’est pourquoi il doit toujours être accompagné d’une signalisation avancée qui dit au conducteur, « réduit ta vitesse à 30 km/h » et d’une signalisation de position qui lui dit où se trouve exactement le dos d’âne. En ce sens, un dos d’âne ne doit en aucun cas surprendre le conducteur sauf s’il dort au volant bien sûr.
Nombreux sont les dos d’âne qui ont perdu leurs panneaux de signalisation. Et beaucoup n’ont jamais été remplacés, faisant ainsi de certains dos d’ânes des sources d’accidents.
Avant que je n’oublie. Mon cousin WONI, m’a rappelé que le 8 juin 2012, le Conseil des Ministères a adopté un décret portant normes de conception et de construction de ralentisseurs routiers de vitesse au Burkina Faso avec pour objectif « d’améliorer la sécurité routière et de diminuer les désagréments souvent créés par ces types de dispositifs pendant la traversée des agglomérations concernées ». Hum ! Nous sommes en 2018.
Enfin, que proposer comme alternatives ? Supprimer les dos d’âne, n’est pas la solution à court et moyen termes. Quand le burkinabé sera suffisamment intègre pour respecter la signalisation routière sans avoir à y être contraint, l’État pourra envisager leur suppression. Pour y arriver, il faudra une bonne campagne de sensibilisation et surtout une bonne campagne de répression. Mon cousin propose de les normaliser en attendant. Il dit aussi que leur entretenir permettrait de gagner énormément en termes de sécurité routière.
Les voies en pavés peuvent être des alternatives aux dos d’âne par endroits. Ceux qui ont déjà essayé de faire du rallye sur des routes en pavés savent de quoi je parle. Ces voies en pavés peuvent être par exemple utilisées au niveau des petits villages comme c’est le cas au Bénin ou même en ville pour les voies secondaires à l’approche des zones à forte activité riveraine comme les marchés. Bien sûr, les voies en pavé ne garantissent pas une limitation de vitesse à 30 km/h, peuvent nettement les réduire.
En plus, elles ne présentent pas l’inconvénient d’être ponctuelles comme les dos d’âne (l’habitude est généralement d’accélérer après avoir franchi un dos d’âne). Mon cousin dit que ça risque de coûter cher. Je n’en suis pas si sûr si l’on inclut le coût l’entretien. Au fait, mon cousin, demande contre qui il doit se plaindre pour son accident.
Woni, l’ingénieur
Email : chronique.ingenieur@gmail.com
Source: LeFaso.net
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