
Au lycée des jeunes filles de Koubri, les commandements militaires rythment désormais le quotidien de centaines de nouvelles bachelières. Entre exercices d’ordre serré, discipline, solidarité et apprentissage sur la patrie, ces jeunes vivent la deuxième édition de l’Immersion patriotique obligatoire (IPO). Reportage sur un site où la rigueur militaire se conjugue avec la construction de citoyens engagés au service du Burkina.
Le soleil peine encore à s’imposer derrière une épaisse couverture nuageuse lorsque le lycée des jeunes filles de Koubri s’éveille au rythme de l’Immersion patriotique obligatoire (IPO). La vaste cour de l’établissement a changé de visage depuis plusieurs jours. Sous les grands arbres, des dizaines de sacs, de gourdes, etc., soigneusement empilés rappellent que les salles de classe ont laissé place, le temps de cette formation, à un véritable camp de vie. L’espace est propre, aéré, méticuleusement entretenu. Rien ne semble laissé au hasard.
Il est environ 12h 35. Sur le terrain de sport, plusieurs centaines de jeunes filles occupent l’espace avec une précision remarquable. De loin, leurs survêtements dessinent une immense mosaïque aux couleurs du Burkina Faso. Le vert domine les rangs, rehaussé par le rouge et le jaune des tenues sportives. Certaines portent fièrement l’inscription « Burkina Faso » sur leurs vestes, d’autres arborent les couleurs nationales jusque sur leurs manches. Toutes affichent la même posture : le regard droit, les bras tendus le long du corps, les épaules alignées.
Organisées en cinq rangées de cinq files, elles exécutent des mouvements d’ordre serré sous la supervision attentive de leurs encadreurs militaires et civils. Le silence est soudain brisé. « Corrigez l’alignement ! », peut-on entend¬re au loin. Instantanément, quelques pas glissent sur la terre battue. Les épaules s’ajustent. Les lignes retrouvent leur parfaite symétrie. Quelques secondes plus tard, un autre commandement retentit. « Celles qui me voient ne sont pas alignées ! »
Les têtes pivotent légèrement avant de retrouver leur position. Les corps se figent de nouveau. La scène est impressionnante pour le peu de temps que ces filles ont passé à l’immersion. À observer ces jeunes filles, il est difficile d’imaginer que la plupart découvrent les exigences de l’ordre serré depuis seulement quelques jours. Les gestes sont précis et les mouvements se synchronisent presque naturellement. Les chaussures frappent le sol dans un bruit sec et régulier qui accompagne les ordres lancés d’une voix ferme par les encadreurs. Ici, pas de paresse, encore moins de nonchalance.
Chaque exercice est exécuté avec énergie, concentration et détermination. Malgré la douce chaleur qui monte, aucune ne semble vouloir céder à la fatigue. Les visages restent fermés, les regards fixés droit devant, comme si chacune mesurait déjà la portée de cette expérience. Ce qui frappe davantage encore, c’est l’atmosphère qui règne entre les appelées et leurs encadreurs. La rigueur militaire est omniprésente, mais elle n’efface jamais la dimension humaine. Les corrections sont franches, parfois exigeantes, mais toujours empreintes de pédagogie. Un geste de la main, un signe de tête ou un simple regard suffisent souvent à encourager une jeune fille qui vient de réussir un mouvement ou à rappeler discrètement une posture. Au fil des jours, une relation de confiance semble s’être installée entre celles qui apprennent et ceux qui transmettent.
Les sourires échangés pendant les rares moments de pause, la solidarité entre camarades lorsqu’il faut reprendre un mouvement ou encourager une voisine en difficulté, la volonté de bien faire malgré les efforts physiques… autant de scènes qui racontent une immersion bien au-delà de l’apprentissage des commandements. Lorsque les exercices prennent fin, les rangs se disloquent progressivement et les épaules se détendent. Quelques rires apparaissent enfin sur des visages jusque-là concentrés.
C’est dans cette atmosphère plus détendue que Shifra Bationo, appelée de l’IPO 2026, de la 4ᵉ section de la 2ᵉ compagnie, accepte de partager son expérience. Son regard traduit une certaine fierté. « Nous avons appris l’amour pour notre pays. On disait que c’est bien d’avoir la tête pleine, mais c’est encore mieux d’avoir le cœur rempli de l’amour de notre pays. Et c’est ce que nous apprenons ici jour après jour. Nous apprenons l’attachement et le dévouement pour notre patrie. Mais surtout, nous apprenons la solidarité et le vivre-ensemble. Évidemment, nous sommes satisfaites d’être là. Nous sommes très contentes d’avoir eu la chance de participer à cette immersion. Je suis certaine que tout ce que nous apprenons ici nous accompagnera dans notre vie et que nous continuerons dans cette lancée », indique la jeune bachelière. Ce qu’elle retient avant tout, ce sont les valeurs transmises. À travers cette immersion, elle dit avoir découvert une autre manière de regarder son pays, mais aussi une autre façon de vivre avec les autres, dans le respect, l’entraide et le sens du collectif.
La matinée touche à sa fin pour ces appelées quand la visite des autorités régionales venues constater de près le déroulement de cette immersion et encourager celles qui en sont les principales actrices.
Une visite d’encouragement pour consolider la dynamique sur le terrain
En début d’après-midi, le calme qui succède aux exercices est rapidement rompu par l’arrivée d’une importante délégation. Les véhicules s’immobilisent dans l’enceinte du lycée tandis que les responsables du site se mettent en place pour accueillir leurs hôtes. Le gouverneur de la région du Kadiogo, Abdoulaye Bassinga, conduit la mission. À ses côtés figurent le Président de la délégation spéciale (PDS) de Koubri, Léonard Gougou, ainsi que les membres de la cellule régionale de l’Immersion patriotique obligatoire. Cette visite n’a rien d’un simple passage protocolaire. Elle répond à une volonté clairement affichée de suivre de près le déroulement de cette deuxième édition de l’IPO, d’apprécier les conditions de vie des appelées, d’échanger avec les encadreurs et de recueillir les préoccupations susceptibles de freiner le bon déroulement de la formation.
Avant toute prise de parole, les autorités s’entretiennent avec les différents responsables du site. Dans une salle de réunion, les échanges se veulent francs et pragmatiques. Les responsables présentent la situation des effectifs, les besoins recensés ainsi que les solutions déjà mises en œuvre. Les difficultés évoquées, inévitables dans une opération d’une telle envergure, sont examinées une à une. L’objectif est de donner des réponses rapides afin de maintenir la qualité de l’encadrement. À l’issue de cette séance de concertation, la délégation rejoint les espaces de formation. Les autorités parcourent le site, observent les installations et échangent directement avec plusieurs jeunes filles. L’occasion de constater que, derrière la rigueur des exercices, s’organise une véritable vie communautaire où discipline, hygiène et esprit de solidarité occupent une place essentielle. Face à la presse, le gouverneur Abdoulaye Bassinga affiche un sentiment de satisfaction. « Après le lancement officiel de cette opération, il était tout à fait normal que nous puissions, avec les membres de la cellule régionale de l’immersion patriotique, entreprendre des visites de terrain pour nous imprégner des difficultés, des acquis et voir comment cette opération se déroule concrètement. Ce que nous avons constaté aujourd’hui est rassurant. Ici à Koubri, comme sur les autres sites, les activités se déroulent très bien. Les quelques difficultés rencontrées trouvent rapidement des solutions grâce au dispositif mis en place aussi bien au niveau communal qu’au niveau régional. C’est donc un sentiment de légitime fierté qui nous anime. »
Pour le premier responsable de la région du Kadiogo, cette réussite est le fruit d’une mobilisation collective qui mérite d’être entretenue jusqu’au terme de l’opération. Il rappelle que le Kadiogo compte 44 sites d’immersion, répartis harmonieusement entre les cinq circonscriptions de Ouagadougou, de Ouaga 1 à Ouaga 5. Une organisation qui nécessite l’implication permanente de l’ensemble des acteurs institutionnels, des collectivités territoriales, des forces de défense et de sécurité ainsi que des populations. « Nous lançons un appel à toutes les forces vives de la région afin que chacun continue de s’impliquer. Nous avons constaté plusieurs initiatives locales développées avec les Présidents de délégations spéciales et leurs collaborateurs. C’est exactement cet esprit que nous voulons encourager. Toutes les difficultés n’ont pas vocation à remonter automatiquement lorsqu’elles peuvent trouver des solutions localement. Cette dynamique de proximité est essentielle pour la réussite de l’opération », ajoute-t-il.
Le gouverneur a profité également de cette visite pour adresser un hommage appuyé aux femmes et aux hommes qui assurent quotidiennement l’encadrement des appelées. « Je voudrais féliciter les encadreurs, qu’ils soient militaires ou civils, pour les efforts surhumains qu’ils consentent sur le terrain. Nos forces de défense et de sécurité, malgré leurs nombreuses missions, continuent de répondre présentes pour accompagner cette jeunesse. Leur engagement est remarquable et mérite toute notre reconnaissance. »
À ses côtés, le Président de la délégation spéciale de Koubri, Léonard Gougou, a salué la démarche du gouverneur. Pour lui, cette visite de terrain témoigne de l’attention particulière accordée au bon déroulement de l’immersion et constitue un précieux encouragement pour les équipes mobilisées depuis le début de la formation. « La présence du gouverneur est un signal fort. Elle montre que les autorités suivent de près cette initiative, écoutent les préoccupations des acteurs et apportent leur soutien aux encadreurs comme aux appelées », souligne-t-il en substance.
Mais c’est sans doute au moment du déjeuner que la visite a pris une dimension plus humaine car les autorités ont rejoint les jeunes filles installées à même le sol pour partager le repas. Lorsque la délégation quitte finalement vers 14h, le lycée des jeunes filles de Koubri, les activités reprennent leur cours. Les commandements résonneront à nouveau, les rangs se reformeront avec la même précision et les journées continueront de s’enchaîner au rythme de l’apprentissage.
Dans quelques semaines, les bachelières quitteront Koubri pour rejoindre les amphithéâtres des universités et instituts supérieurs. Pour cette deuxième édition de l’immersion, ce site du lycée des jeunes filles de Koubri devait accueillir 517 appelées. À la date de cette visite, 487 étaient effectivement présentes. Parmi elles, 481 participaient aux exercices pratiques. Trois bénéficiaient d’une permission, trois autres étaient momentanément indisponibles pour raison de santé, tandis que 30 étaient absentes.
En rappel, le mardi 28 juillet 2026, à Koupéla, le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo lançait officiellement la deuxième édition de cette initiative destinée à plus de 65 000 nouveaux bacheliers. L’IPO s’inscrit dans le cadre de l’Initiative présidentielle pour une éducation de qualité pour tous, précisément dans sa composante 7 consacrée au renforcement de la discipline scolaire, du civisme et de la propreté des établissements. Adoptée en Conseil des ministres le 2 mai 2025, cette réforme entend inculquer aux futurs étudiants les valeurs de patriotisme, de discipline, de solidarité et de citoyenneté afin de mieux les préparer aux défis de la souveraineté et du développement du Burkina Faso.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Source: LeFaso.net




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