
« Procès du coup d’État de 2015 : La plaidoirie qui ACQUITTE le général Gilbert Diendéré devant le Tribunal de l’Histoire ». C’est le titre d’un livre constitué de l’intégralité de la plaidoirie de l’avocat du général Diendéré au procès du putsch de septembre 2015, Me Yaovi Jean Degli. Il a été édité et publié par le journaliste, Adama Ouédraogo dit Damiss, lui-même incarcéré dans ce procès. La dédicace du livre a eu lieu ce jeudi, 17 octobre 2019 à Ouagadougou, devant de nombreux invités.
« Pendant le procès, il y a eu une plaidoirie qui a beaucoup marqué. Au-delà des accusés, elle a marqué toutes les parties au procès, tous ceux qui étaient dans la salle. Une plaidoirie de la défense qui a duré plusieurs jours et qui a pris l’allure d’un cours, d’un enseignement moral, éthique et ça a marqué tout le monde. Les gens se sont demandé pourquoi ne pas communiquer cette plaidoirie à l’opinion ; parce que l’avocat Degli, c’est vrai que c’était l’avocat du général Diendéré, mais il a parlé au-delà du cas spécifique de son client. Il a parlé de l’origine même de la justice, quelles sont les conditions pour qu’il y ait une bonne administration de la justice, du procès pénal avec des comparaisons…

Il est même revenu sur les différentes infractions qui étaient reprochées au général. Mais ce qui est inédit, c’est qu’au-delà de son client, il a plaidé le droit pour beaucoup d’autres accusés et il s’est aussi constitué en défenseur du droit. Voilà pourquoi, dans la salle, nous avons été nombreux à lui demander de tout faire pour que l’avocat publie sa plaidoirie. Damiss était là et il a dit : c’est vrai, je m’en charge, je vais faire en sorte que ce soit publié. Il a donc pris la décision d’éditer cette plaidoirie. Voilà l’origine de ce livre. Il l’a fait à ses propres frais, malgré les difficultés ». C’est en ces termes que Me Hermann Yaméogo a situé l’origine du livre qui fait objet de dédicace et dont il en est le préfacier.
« Il m’a dit : je ne suis pas là pour faire la dédicace, si vous pouvez me représenter, pour que vraiment, on comprenne que même si nous n’avons pas eu gain de cause au procès, il y a des éléments dans ce livre qui montrent qu’au tribunal de l’histoire, le général sera acquitté et que la cause elle-même se révèlera comme non fondée en droit », précise le président de l’UNDD (Union nationale pour le développement et la démocratie), Hermann Yaméogo, lui-même accusé dans ce procès (il a écopé de cinq ans de prison dont 4 avec sursis, mais il avait déjà passé une année en prison ; il jouit donc de sa liberté).
Pour le fils donc du père de l’indépendance, « ce livre intéresse tout le monde, tous les citoyens ; parce que vous pouvez vous retrouver un jour dans un cas d’injustice, s’il n’y a personne pour vous défendre ». D’où sa conviction que « défendre la justice, c’est se défendre soi-même ».
A en croire Me Hermann Yaméogo, ce livre prône également la concorde, la réconciliation nationale. C’est pourquoi il a saisi le moment pour réitérer l’impératif d’aller à la réconciliation nationale. « Quand on pense à la réconciliation nationale, à sa difficile mise en œuvre au Burkina Faso, on a l’impression d’avoir affaire à quelque chose d’impossible. Il y a des pays africains qui, actuellement, sont en train d’édifier en la matière : la Mauritanie, surtout le Cameroun et le Sénégal », relève le préfacier du livre, pour qui il peut y avoir réconciliation sur la base d’une amnistie qui porte sur des gens déjà condamnés, des peines en exécution ou des infractions qui ne sont pas encore jugées.

- Me Hermann Yaméogo, préfacier du livre
« Au Cameroun, Paul Biya a amnistié des gens qui étaient déjà condamnés et des gens qui n’étaient pas encore jugés », insiste-t-il. Le « cas emblématique » du Sénégal où le président Macky Sall et l’ancien président Abdoulaye Wade ont fumé le calumet de la paix a aussi servi d’illustration de par son impact au-delà du pays de la Téranga. C’est en cela qu’il dit rêver d’une poignée de mains entre Roch Kaboré et Blaise Compaoré.
« Même ceux qui nous gouvernent sont convaincus qu’il faut aller à la réconciliation nationale »
Parmi les nombreux témoignages d’amis et confrères du journaliste-éditeur, Adama Ouédraogo Damiss, celui de Dr Ablassé Ouédraogo, président de la COEDR (Coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale). Pour lui, la parution de ce livre est une passerelle entre ce que les uns et les autres veulent et la réalité du moment, qui est la réalité du Burkina Faso : le besoin d’aller à la réconciliation. « C’est la seule chance qui nous reste entre les mains, si on ne la saisit pas maintenant, il risque d’être trop tard », prévient-il.
« J’ai tenu à venir ici personnellement ce matin pour une raison fondamentale : d’abord, la parution de ce livre me donne l’occasion de dire que Damiss, qui est un battant, a une relation personnelle et particulière avec ma personne. Et comme je l’ai écrit à la fin donc du procès : la page est tournée, que reste-t-il à faire ? Aller à la réconciliation nationale. On nous a toujours dit qu’avec le procès, on allait avoir la vérité, la justice. Nous prenons acte, en tant que citoyen, du verdict qui a été rendu », a poursuivi l’ancien ministre des Affaires étrangères pour qui le procès a été politique, tout comme l’a été le verdict.

- La cérémonie de dédicace a mobilisé parents d’Adama Ouédraogo Damiss (dont son épouse), hommes politiques, défenseurs de droits de l’Homme, journalistes, amis et connaissances
« On veut la vérité, mais je pense qu’on n’a pas eu toute la vérité ; tout simplement parce qu’on n’a pas amené à la barre tous ceux qui pouvaient apporter les éclaircissements nécessaires et on sait bien pourquoi. On voulait la justice, mais malheureusement quand vous regardez le verdict, il y a des accusés qui ont été condamnés, alors que ce qu’ils ont fait est moindre par rapport à d’autres. Mais ces derniers ont eu beaucoup plus de clémence. Maintenant, ce qui est important, c’est comment faire pour sauver l’avenir. Et c’est cela qui est notre préoccupation.
Pourquoi nous, Burkinabè, ne pouvons pas dépasser nos égos pour prendre l’intérêt supérieur de la nation en compte et savoir que la seule solution qui reste au Burkina qui vit une crise multidimensionnelle jamais égalée, c’est la réconciliation nationale. (…). Il y a (par exemple) insécurité tout simplement parce que les Burkinabè ne s’entendent pas. Et nous, nous disons que si la réconciliation venait à être réalisée, tous les défis auxquels nous faisons face actuellement, y compris l’insécurité, pourront être relevés.
Je pense que même ceux qui nous gouvernent sont convaincus qu’il faut aller à la réconciliation nationale. Ils ont peur d’y aller tout simplement parce qu’ils vont perdre des postions, des avantages. Ça, c’est un calcul sur le court terme. Sur le long terme, il vaut mieux pour eux d’aller maintenant pour sauver les meubles, parce qu’ils risquent de tout perdre et ils vont tout perdre », a détaillé Dr Ablassé Ouédraogo, faisant néanmoins foi en l’existence au Burkina d’hommes et de femmes raisonnables, patriotes.
Le livre « Procès du coup d’État de 2015 : La plaidoirie qui ACQUITTE le général Gilbert Diendéré devant le Tribunal de l’Histoire » est disponible dans les rayons des librairies Jeunesse d’Afrique et Mercury à un prix de 10 000 FCFA.
OHL
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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