
Notre pays face à la crise sécuritaire a eu des solutions erratiques, toutes aussi vaines les unes que les autres. Du tout militaire, on est passé à l’intervention des supplétifs comme les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) avec un bref passage par une négociation non assumée où l’on proposait d’accueillir les membres des groupes armés qui déposeraient les armes.
L’apport de la population à la résolution de la crise en dehors de l’armée n’était pas le plus souvent envisagé. Le MPSR2 vient de faire un appel massif à des volontaires qui, s’ils sont tous enrôlés, seraient plus nombreux que les militaires eux-mêmes dans la défense du territoire. La nouveauté bien plus que dans le nombre est dans le financement de ces volontaires car, il est fait appel en plus du budget de l’armée qui est en augmentation depuis le début de la crise, à un effort de guerre de la part des travailleurs du public et du privé et au concours d’autres fonds de l’Etat.
Le 9 décembre 2022, le président de la transition a rencontré les partenaires sociaux pour leur présenter les modalités de financement des volontaires pour la défense de la patrie. Découvrons ce qu’il en est et quelles sont les dispositions et les améliorations à apporter à l’annonce des modalités faite par le ministre des finances ?
On peut le dire, l’armée vient de le reconnaître, elle n’y arrivera pas seule. Nous devons tous mettre la main à la pâte pour la reconquête du territoire et bouter hors du Burkina, les groupes terroristes. Le MPSR2 veut recruter 50 000 volontaires qui seront payés à 60 000 FCFA par mois, soit trois milliards pour la brigade par mois et 36 milliards l’année. En plus de ce salaire, il leur faut des armes, des munitions et des moyens de déplacement et du carburant pour une estimation générale de l’ensemble des coûts à 106 milliards de francs CFA, selon le ministre des finances. Le financement sera assuré par 1% de prélèvement sur le salaire net des travailleurs du public et du privé et des membres de l’Assemblée législative de transition.
Le plan de financement pas totalement au point
Le ministre a dit en plus « des prélèvements sur les taxes sur certains produits de grande consommation, exceptés les produits de première nécessité. Les produits concernés sont, entre autres, la boisson, le tabac, la connexion internet, les produits de cosmétique et la parfumerie… », mais il faut comprendre une augmentation des taxes sur la boisson, le tabac, la connexion internet et les produits de la cosmétique et la parfumerie. Le taux de cette augmentation n’est pas encore donné. A l’examen de ce dispositif de financement, si les travailleurs participent, il faudrait aussi pour la justice sociale que les patrons aussi participent et que le 1% soit aussi prélevé sur les bénéfices des entreprises.
Pour ne pas frapper dans le noir sur la question de l’internet, il serait intéressant de voir avec les impôts ceux qui utilisent l’internet comme outil de travail pour déterminer comment ils pourraient avoir certains avantages sur la question. Le plan de financement ne semble pas encore prêt car le ministre a parlé en plus de la contribution par des prélèvements dans d’autres caisses comme celle de la LONAB, le fonds minier… Il serait bon que tout cela soit clarifié rapidement et que l’ensemble du dispositif du financement soit limpide et mis sur table puisque la volonté de transparence est affichée.
Les fêtards participeront à l’effort de guerre en faisant la fête
Il est clair que cette annonce est une bonne chose car elle va dans le bon sens, celui affiché par le chef de l’Etat que nous voulons gagner par nous-même cette guerre. Par nos militaires et nos VDP et par nos sacrifices à tous, même ceux qui ne vont pas au front. C’est vraiment comme cela que l’on veut voir les dirigeants.
Proposer des solutions au peuple, le mobiliser pour qu’il y adhère et les mettre en œuvre ensemble. Car avec cet effort de guerre que la presse a demandé, tout le monde participe à la guerre, même ceux qui font la fête, M. le président, puisqu’ils paieront plus cher leurs addictions à l’alcool, au tabac. On ne se fait pas des ennemis par des discours moralisateurs, on s’attaque au portefeuille, qui est le nerf de la guerre, dit-on. Cette façon de faire avec la participation populaire à l’effort de guerre, complexifie notre réponse à la crise sécuritaire qui n’est plus seulement basée sur l’armée mais sur l’ensemble de la population.
Fabriquer au Burkina les tenues de nos forces de défense et de sécurité
Il reste un domaine non exploré que nous cherchons à faire comprendre à nos dirigeants : c’est de lier cette lutte contre le terrorisme à la conquête de l’indépendance économique. Prenons un exemple, le Conseil des ministres du mercredi 30 novembre 2022 a passé des marchés pour des équipements, essentiellement des tenues vestimentaires pour les forces de défense et de sécurité, dont le montant total des acquisitions s’élève à trois milliards cinq cent soixante-dix-huit millions sept cent trois mille six cent cinquante-sept (3 578 703 657) F CFA TTC. Qu’est ce qui nous empêche d’avancer sur la question de la filière coton en faisant de sorte que ces devises restent au Burkina ? Il est puéril de porter un Faso dan fani comme Sankara il y a 37 ans et répéter des phrases du héros et ne rien faire pour que les tenues des VDP et des soldats du Burkina ne soient pas achetées à l’étranger. Nous avons des Burkinabè qui pourraient le faire, le gouvernement de transition devrait se battre pour mettre en place ce tissu industriel avec les Burkinabè pour que le pays soit autonome et donne du travail à ces jeunes pour qu’ils ne soient pas des proies faciles pour les groupes terroristes. La lutte contre le terrorisme doit être liée à l’économie.
Le budget de l’armée est plus important que cette centaine de milliards de francs
Si la transition obtient l’engagement des travailleurs et des patrons, il aura réalisé un pan du mur de la cohésion sociale. Il devra accepter aussi la contribution de toutes les intelligences dans la recherche des solutions parce que ce sont des filles et des fils du pays et c’est pour eux qu’on veut le libérer. Il ne sert à rien d’en faire des ennemis, les partisans de la haine de soi ne nous font pas avancer. Cette guerre demande beaucoup d’efforts dans la lutte contre la corruption. Il ne faut pas que le pouvoir se dise que l’affaire est gagnée avec l’adhésion à l’effort de guerre, car le budget alloué à l’armée est bien plus important que cette centaine de milliards. L’effort de transparence et de redevabilité s’imposera là aussi. Et il faudrait juger les scandales de détournement qu’il y a dans l’armée, publier les rapports et juger les responsables des différents drames comme Inata.
Jean Monnet dit que « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise ». Aussi, c’est le moment de le faire, se battre pour l’indépendance, combattre tous les impérialismes d’ouest en est, et lutter contre la corruption.
Sana Guy
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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