
Sous les abris de fortune d’un site d’accueil de Personnes déplacées internes (PDI) à Yagma, à la périphérie nord de Ouagadougou, la chaleur et la poussière se mêlent à l’enchevêtrement des affaires personnelles. Ici, où objets du quotidien et déchets cohabitent souvent dans un même espace, des volontaires nationaux s’emploient à instaurer un nouvel ordre. À travers la méthode 5S/Kaizen, ils ne distribuent ni nourriture ni matériels, mais des gestes simples et des conseils. Trier, ranger et nettoyer, des actions qui redonnent à ces familles un cadre de vie plus sain et les éloignent des maladies infectieuses.
Gants enfilés, sueurs sur le front, Roméo Sanwidi et sa binôme Rosalie Bagré, tous deux volontaires nationaux, s’affairent à ranger la maison d’accueil d’Aminata Bandé. Nous sommes sur un site d’accueil de PDI à Yagma, dans la périphérie nord de Ouagadougou. À l’intérieur de l’abri où Roméo et Rosalie sont, il y a des vivres, des vêtements, des objets personnels… bref un fourre-tout pour le ménage. Leur mission est d’apprendre aux PDI à bien disposer leurs objets afin d’optimiser l’espace, mais surtout d’assainir les lieux. Car dans le site d’accueil, il est courant qu’objets utilitaires et déchets soient mélangés, ce qui facilite la contraction de certaines maladies sanitaires. « Nous les aidons à organiser la maison et à ranger leurs affaires pour rendre l’espace plus propre. Nous le faisons ensemble pour ceux qui acceptent. Ceux qui refusent que l’on touche à leurs affaires ou que l’on rentre dans leur maison, on les assiste à distance », explique le volontaire Roméo Sanwidi.

La doyenne de cette famille où Roméo et Rosalie ont fait le nettoyage se nomme Aminata Bandé. Sa famille et elle se sont déplacées de Tougouri à environ 25 kilomètres au nord de Kaya avant d’être accueillies ici à Yagma il y a deux ans. Aminata se réjouit de l’intérêt des volontaires pour le bien-être de leur environnement. « Les conseils qu’ils nous ont donnés nous sont très utiles. Je pense que les bons conseils sont tout aussi importants que l’aide pour la nourriture, par exemple. En plus, les volontaires ont nettoyé avec nous et nous ont orientés pour classer nos affaires par catégorie », s’est exprimée Aminata après le passage des deux volontaires sous son toit. Enthousiasmée par les volontaires, elle a, avec sa belle-fille, donné un coup de balai dans tous les coins de la maison. « J’ai été surprise des ordures qui sont dans la maison », a-t-elle lancé avec un sourire gêné.

D’un autre côté, Josué Zabré et Mariam Simporé ont fini d’aménager l’abri d’une famille. Dans ce fatras d’objets ménagers, ils ont fait de leur mieux pour aérer la pièce et la débarrasser d’une vaisselle sale, vieille et rouillée. « Quand nous sommes venus, nous avons trouvé que le matériel n’était pas joli à voir. Maintenant, on a classé de manière successive. Il y a le matériel qu’ils ont dit qu’ils ne voulaient pas utiliser pour l’instant. Nous les avons placés au fond, mais les matériels qu’ils utilisent au quotidien, on les a mis tout près pour leur permettre de les utiliser », indique Josué aux côtés de Mariam. « Vous pouvez le constater au niveau des dortoirs aussi, le lit a été un peu nettoyé pour leur permettre de se reposer calmement. Il y avait des sachets entassés, des ordures et des objets qu’ils n’utilisaient pas », ajoute le volontaire. Mariam Simporé précise que tout le processus a été fait avec leur accord étant donné que c’est leur matériel.

Pour mieux faire comprendre l’impact de leur action, les volontaires prennent une image avant puis après qu’ils présentent aux PDI. Le but est que ces derniers acquièrent l’habitude du rangement par eux-mêmes pour éviter l’insalubrité qui peut être source de maladies. Abdoul Rasmané Bandé, qui représente les PDI sur ce site, accueille avec joie la présence des volontaires auprès d’eux. « C’est une action importante. Nous avons compris que chaque chose doit avoir sa place. Quand tu cherches quelque chose pendant longtemps sans le retrouver, ça signifie que tu es désordonné. Parfois des saletés sont déposées dans une maison et chacun les enjambe sans se soucier. Et il a fallu que des personnes extérieures viennent nous expliquer que ce n’est pas bon. Ce n’est pas exprès car nous ne savions pas cela avant », indique Abdoul Rasmané Bandé qui promet de travailler à ce que chaque famille essaie de maintenir la propreté des lieux.
L’approche 5S/Kaizen s’invite dans les abris des déplacés
En majorité dans les sites de déplacés internes, l’environnement sanitaire est peu reluisant. L’entassement des affaires, l’humidité, les déchets mal gérés créent un terrain propice aux maladies infectieuses. Ce constat a poussé certains acteurs à chercher des solutions qui dépassent la seule assistance matérielle. C’est dans ce contexte que le Projet de consolidation de la paix et de la stabilité, porté avec l’appui de la JICA, initialement centré sur le renforcement des ressources humaines locales dans le Sahel, s’est ouvert à une dimension plus intime : celle de l’espace domestique. L’idée est que si l’environnement immédiat change, même légèrement, les risques sanitaires reculent. Et avec eux, une partie de la vulnérabilité. Au cœur de cette volonté de transformation, une philosophie venue du Japon : le Kaizen. Littéralement, « amélioration continue ». Elle s’appuie sur la méthode des 5 S : trier, ranger, nettoyer, standardiser, maintenir. À Yagma, ces mots sont contextualisés par les volontaires nationaux. « Trier, c’est décider de ce qui est utile dans une vie déjà réduite à l’essentiel. Ranger, c’est recréer un ordre là où tout a été bouleversé. Nettoyer, c’est lutter contre l’insalubrité. Standardiser, c’est instaurer des habitudes. Maintenir, c’est résister à la fatigue qui pousse au laisser-aller », font-ils savoir.

Pour mieux convaincre ces PDI, ils prennent des photos, d’avant et d’après, afin qu’elles comprennent mieux le changement. Ils sont une quinzaine de jeunes volontaires du Programme national de volontariat au Burkina Faso (PNVB) à intervenir sur le site. Formés d’abord à travers un atelier théorique, ils l’appliquent maintenant dans des actions concrètes. « C’est une approche qui vise à assainir les conditions du milieu de vie et du milieu de travail. L’idée, c’est que les volontaires puissent continuer à la mettre en œuvre, au plus près des populations », explique Moustapha Delma, en charge de la formation au sein du PNVB. Martine Ilboudo Bouda, responsable régionale du programme de volontariat à Oubri, avait peur qu’au début les PDI ne comprennent pas l’approche. « Mais dans l’ensemble, ça va. Ils sont très résilients », se réjouit-elle.
Pour ces volontaires déployés sur le site d’accueil de Yagma, le vrai défi commence après leur départ car il faut que les PDI maintiennent cette habitude 5S/Kaizen pour un environnement plus sain.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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