À l’occasion de la Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC, célébrée tous les 24 avril, Laurence Dabré, chargée de marketing, de développement commercial et de relation clientèle, partage son expérience dans un univers encore marqué par des inégalités de genre. À travers son parcours, cette professionnelle burkinabè met en lumière les opportunités du numérique, mais aussi les défis persistants auxquels les femmes sont confrontées dans le secteur des technologies de l’information et de la communication.

À 28 ans, son parcours, construit entre marketing traditionnel et digital, illustre à la fois les opportunités offertes par l’économie numérique et les défis auxquels font face les femmes dans cet écosystème. Elle évoque notamment des réalités professionnelles marquées par des stéréotypes et des formes de dévalorisation des femmes dans certains environnements de travail.

Chez Laurence Dabré, l’intérêt pour le commerce et le marketing trouve ses racines dans l’histoire familiale. « J’ai vu ma mère évoluer et s’épanouir dans ce domaine pendant plus de 20 ans », confie-t-elle. Une influence déterminante qui l’oriente très tôt vers les métiers du contact et de la vente.

Ses premiers pas professionnels, notamment au sein d’Orange Burkina Faso, constituent une étape charnière. Encore en début de parcours académique, elle découvre un univers exigeant, rythmé par la performance commerciale et la relation client. « Le dynamisme du métier, l’interaction avec les clients et même les perspectives de revenus m’ont convaincue d’en faire une carrière », explique-t-elle.

Cette immersion précoce façonne durablement sa vision du métier, où la compréhension des besoins du client devient un levier central de performance.

Formée en marketing et gestion commerciale, avec une base en comptabilité, Laurence Dabré entame sa carrière dans des fonctions classiques, avant de prendre conscience des transformations profondes du secteur.

En 2023, elle amorce un tournant stratégique en se formant aux outils du digital, notamment en community management et en création graphique. Une décision qu’elle considère aujourd’hui comme déterminante. « J’ai compris que le marketing traditionnel ne suffisait plus, ni pour évoluer professionnellement, ni pour générer des revenus », souligne-t-elle.

Engagée dans les métiers du digital, Laurence Dabré plaide pour une meilleure reconnaissance des compétences féminines dans le secteur des TIC

Cette montée en compétences lui permet d’élargir son champ d’action et d’accéder à de nouvelles opportunités, dans un marché où la maîtrise des outils numériques devient incontournable.

Dans un contexte professionnel qu’elle décrit comme parfois instable et marqué par des rapports de dépendance, Laurence Dabré fait le choix de diversifier ses sources de revenus. Elle combine ainsi emploi salarié et activités en freelance. « Être salariée tout en développant des activités indépendantes me permet de rester stable financièrement et de ne pas dépendre d’un seul employeur », explique-t-elle.

Un positionnement de plus en plus adopté par les jeunes professionnels du secteur, confrontés à la précarité de certains emplois.

Ce modèle hybride lui offre également une marge de manœuvre dans ses choix professionnels et renforce son autonomie.

Au-delà des compétences techniques, Laurence Dabré revendique une approche centrée sur la dimension humaine du marketing. Pour elle, la performance ne se limite pas à la vente, mais repose sur la compréhension fine des attentes des clients. « Je ne me contente pas de vendre, je cherche à comprendre les besoins et les émotions pour proposer des solutions adaptées et durables », affirme-t-elle.

Une méthode qui semble porter ses fruits, selon ses collaborateurs. Thomas Barro, CEO d’Open Biz Dev, avec qui elle a travaillé, souligne « son énergie, sa capacité d’apprentissage et son empathie, qui lui permettent de gérer des situations complexes ». Il évoque notamment sa proactivité : « À peine un prospect identifié, il était déjà intégré dans le CRM avec une stratégie d’approche détaillée », témoigne-t-il.

Le parcours de Laurence Dabré n’a pas été exempt de difficultés. Elle évoque des expériences marquées par des « sabotages », des environnements de travail toxiques et des remises en question constantes.

Ces obstacles ont contribué à renforcer sa résilience et à redéfinir ses priorités. Elle insiste notamment sur l’importance de la formation continue et de l’équilibre personnel. « Il faut se former en permanence, mais aussi veiller à ne pas mélanger vie personnelle et vie professionnelle », recommande-t-elle.

Dans les métiers du marketing et de la communication, Laurence Dabré reconnaît que les femmes disposent d’atouts, notamment en matière de relation client. Toutefois, elle dénonce des pratiques qui tendent à les réduire à leur apparence. « On nous utilise très souvent comme des “pots de fleur” ou des “atouts charme”. Nous sommes parfois déshumanisées, voire sexualisées. », regrette-t-elle. Face à ces réalités, elle prône une posture d’affirmation et de résistance. Pour elle, il est essentiel que les femmes imposent leurs compétences et refusent certains rôles qui leur sont assignés.

En parallèle de sa carrière, Laurence Dabré s’investit dans des causes sociales, notamment les droits des femmes et la santé mentale. Des engagements qu’elle considère comme indissociables de toute dynamique de développement.

« Une femme privée de ses droits ou une personne en souffrance mentale ne peut pas être épanouie ni contribuer pleinement à la société », estime-t-elle.

Ces convictions influencent sa manière de travailler et renforcent une approche qu’elle veut à la fois performante et humaine.

À moyen terme, Laurence Dabré ambitionne de créer et de diriger une entreprise à fort impact, capable de générer de l’emploi et de contribuer à la réduction des inégalités dans le monde du travail.

Elle se positionne également comme une source d’inspiration pour les jeunes filles souhaitant évoluer dans les TIC et le commerce. « Il ne faut pas se laisser intimider ni accepter des postes inférieurs à ses compétences », insiste-t-elle.

Son message est sans ambiguïté : croire en soi, se former continuellement et oser viser des postes de responsabilité.

Anita Mireille Zongo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net