Sur certaines lignes de transport, des compagnies continuent d’embarquer des passagers alors même que les cars affichent complet. Contraints de voyager debout sur plusieurs kilomètres, les usagers s’exposent à de nombreux risques. Récit d’un voyage ordinaire devenu révélateur d’une pratique préoccupante. Nous avons été témoins de cette situation sur une des routes nationales le 18 mai 2026.

Il est 11 heures. Comme à l’accoutumée, le car d’une compagnie de transport s’apprête à quitter sa gare pour rallier Ouagadougou. Avant l’embarquement, les bagages sont soigneusement rangés sous le regard attentif des voyageurs. Une fois cette étape terminée, les passagers prennent place après les appels nominatifs.

Mais déjà, un premier constat intrigue : une personne, faute de siège disponible, reste debout dans l’allée. Le car klaxonne, quitte la gare et prend cette route de 200 kilomètres pour une durée de 4 ou 5 heures.

À peine quelques kilomètres parcourus qu’un premier arrêt est marqué. Pourtant déjà plein à craquer, le car embarque de nouveaux passagers. Comme le premier voyageur resté sans siège, ils sont eux aussi contraints de voyager debout. Plus loin, un autre arrêt fait encore grimper le nombre de passagers debout, qui passe progressivement de trois à cinq personnes.

Dans ce véhicule non climatisé, la chaleur devient étouffante. Les plaintes des passagers fusent, mais les convoyeurs semblent peu préoccupés par la situation. Leur logique paraît simple : personne ne doit rester au bord de la route, quitte à transformer le car en véhicule surchargé, avec tous les risques que cela implique.

La scène devient encore plus préoccupante lorsqu’une femme âgée, visiblement septuagénaire, monte difficilement à bord. Une fois à l’intérieur, elle réalise qu’aucune place n’est disponible et demande à redescendre. C’est finalement une jeune fille qui, par compassion, lui cède son siège avant de poursuivre le voyage debout jusqu’à destination.

À l’approche de Ouagadougou, certains passagers descendent dans les grandes localités traversées. Mais malgré ces départs, les places ne se libèrent toujours pas totalement tant le surnombre est important. Épuisés, certains voyageurs finissent par s’asseoir sur les accoudoirs, plongeant les passagers assis dans un inconfort total. Apprentis chauffeurs et convoyeurs assistent à la scène sans réaction particulière.

Fort heureusement, le voyage s’achèvera sans incident majeur. Mais cette expérience soulève de nombreuses interrogations. Comment justifier qu’un car continue d’embarquer des passagers alors qu’il ne dispose plus de sièges disponibles ? Difficile de ne pas y voir une recherche effrénée du gain au détriment de la sécurité des usagers.

Les compagnies de transport portent une grande part de responsabilité dans cette situation. Elles ont la possibilité de refuser des passagers lorsque le nombre de places est atteint. Les voyageurs qui acceptent d’embarquer malgré ces conditions participent également, d’une certaine manière, à la banalisation de cette pratique dangereuse. La surcharge constitue une infraction et devrait être sanctionnée avec fermeté. Comme le dit l’adage latin, « dura lex, sed lex » : la loi est dure, mais c’est la loi.

Il convient toutefois de reconnaître que toutes les compagnies n’agissent pas de la sorte et que des efforts sont fournis par les forces de l’ordre. Un collègue raconte ainsi avoir assisté à une situation similaire dans laquelle elles (forces de l’ordre) ont exigé que tous les passagers debout descendent du véhicule avant d’autoriser le départ. Une attitude saluée ce jour-là par plusieurs usagers.

Cette situation doit interpeller les compagnies de transport sur leur responsabilité envers les passagers. Vouloir embarquer “tout le monde” ne saurait se faire au mépris des règles élémentaires de sécurité.

Serge Ika Ki

Lefaso.net

Source: LeFaso.net