
À Ouagadougou, il n’est pas rare d’observer des motocyclistes circulant avec leur casque accroché au rétroviseur ou fixé à l’arrière de leur engin, plutôt que porté sur la tête. Plus surprenant encore, parmi ces usagers figurent parfois des agents des forces de sécurité, pourtant appelés à incarner le respect des règles sur la voie publique. Comment expliquer ce paradoxe ?
Il est 8h20, ce lundi 22 juin 2026. Soudain, une conductrice en tenue de service surgit sur l’avenue Yennenga. Sur son rétroviseur pend un casque flambant neuf, attaché comme un simple accessoire de décoration. Quelques mètres plus loin, vers le rond-point des cinéastes, un autre motocycliste porte son casque… mais pas sur la tête. Il l’a fixé à l’arrière de sa moto, bien visible, comme pour prouver qu’il en possède un.
On ne cessera jamais de parler de l’importance du port du casque par les usagers de la route. On ne porte pas le casque pour éviter une contravention. C’est une mesure de protection, notamment contre les traumatismes crâniens, souvent responsables de graves handicaps ou de décès lors des accidents de circulation. Le casque aussi protège aussi de la poussière. Et ce n’est pas les Ouagavillois ayant pris un bain de poussière ce lundi, avant l’orage, qui diront le contraire.
Pourtant, dans les rues, certains usagers continuent de considérer le casque comme un objet décoratif plutôt qu’un équipement de survie. Le casque est parfois porté uniquement lorsqu’un contrôle est annoncé, puis rapidement accroché au rétroviseur ou placé derrière la selle dès que le « danger » semble éloigné.
Le paradoxe de ceux qui doivent montrer l’exemple
Plus préoccupant encore, certains éléments des forces de défense et de sécurité, qui devraient être parmi les premiers ambassadeurs du respect des règles, adoptent parfois ces comportements. Or, l’uniforme ne protège pas davantage qu’un casque correctement porté. L’autorité doit inspirer aussi par l’exemple.
Comment convaincre un citoyen de respecter une règle lorsqu’il voit ceux qui sont chargés de faire respecter la loi la contourner eux-mêmes ?
Accrocher son casque au rétroviseur ou à l’arrière de la moto est loin d’être un acte cool. En cas de chute, il ne protège ni la tête, ni le visage, ni la vie du conducteur. Un enfant, un animal qui traverse la route, un véhicule qui change brusquement de direction ou une erreur d’inattention peuvent suffire à provoquer une chute grave.
Sensibiliser, mais aussi appliquer les règles à tous
Il convient d’abord de saluer les efforts des agents de police qui, pendant plusieurs mois, ont mené des campagnes de sensibilisation sur les routes afin de rappeler aux usagers l’importance du respect des règles de circulation et du port des équipements de protection. Ces actions pédagogiques constituent une étape essentielle pour instaurer une véritable culture de la sécurité routière.
Cependant, la sensibilisation ne peut produire pleinement ses effets que si elle s’accompagne d’une application équitable des règles. Les contrôles routiers ne doivent pas se limiter aux seuls citoyens ordinaires. Ils doivent concerner l’ensemble des usagers, sans distinction de profession, de fonction ou de statut social. Le respect du code de la route doit être une exigence pour tous, y compris pour les membres des forces de défense et de sécurité, qui ont la responsabilité particulière de montrer l’exemple.
À ce titre, l’exemplarité doit devenir une véritable obligation professionnelle pour les agents en uniforme. Ceux qui sont chargés de faire respecter la loi doivent également être les premiers à l’appliquer. Le comportement d’un agent sur la voie publique contribue à renforcer ou à affaiblir la confiance des citoyens dans les institutions.
Pour garantir cette cohérence, les hiérarchies des forces de défense et de sécurité pourraient mettre en place des mécanismes de contrôle interne spécifiques. Des inspections inopinées, réalisées par les services compétents en matière de discipline, permettraient de vérifier le port effectif du casque.
En cas de manquements répétés, des sanctions disciplinaires proportionnées pourraient compléter les mesures prévues pour tous les usagers. Au-delà de l’amende classique, le non-respect volontaire des règles de sécurité pourrait être inscrit dans le suivi professionnel de l’agent concerné et pris en compte dans son évaluation, comme tout autre manquement aux obligations de discipline.
Enfin, les institutions gagneraient à adopter une communication publique positive sur cette question. Montrer des agents en patrouille portant correctement leurs casques, partager des témoignages de personnels ayant vécu les conséquences d’accidents ou valoriser les bonnes pratiques sur les plateformes institutionnelles seraient autant de moyens de promouvoir une culture de responsabilité.
La sécurité routière repose avant tout sur la cohérence entre les discours et les actes. En montrant l’exemple sur les routes, les forces de défense et de sécurité peuvent devenir de véritables acteurs du changement et encourager chaque citoyen à faire du casque non pas une contrainte, mais un réflexe de protection.
Quand un enfant voit un policier ou un gendarme rouler tête nue, quand un jeune conducteur observe un militaire ranger son casque comme un bagage encombrant, c’est toute la pédagogie du risque routier qui s’effondre. L’exemplarité n’est pas un supplément moral réservé aux discours officiels. C’est un outil de prévention, souvent plus efficace qu’une campagne d’affichage.
Pour les citoyens comme pour les forces de défense et de sécurité, le message doit rester le même : sur une moto, le casque doit être sur la tête, pas sur le rétroviseur. Car sur la route, l’exemple aussi circule.
Fredo Bassolé, un journaliste qui porte son casque sur la tête
Lefaso.net
P-S : Image d’illustration générée par l’IA
Source: LeFaso.net
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