À la faveur de la publication des résultats du CEP et du BEPC 2025, Bemahoun Honko Roger Judicaël, statisticien-économiste et chercheur principal à IPERSO, invite à une lecture plus nuancée des performances scolaires. Dans cette tribune, il explique pourquoi les taux de réussite, aussi encourageants soient-ils, ne suffisent pas à eux seuls à mesurer l’efficacité du système éducatif et plaide pour une analyse intégrant les effectifs, la rétention scolaire et les réalités contextuelles.

Les résultats des examens scolaires du CEP (95.23% ) et du BEPC (54.06%) sont connus depuis quelques jours. Le compteur national affiche les taux globaux de succès, suscitant de légitimes vagues de félicitations envers les élèves, les enseignants et les parents d’élèves, etc., qui ont rendu ces performances possibles. Cependant, l’arbre du succès global ne doit pas cacher la forêt des disparités.

Dans l’analyse de ces résultats, on observe un recours quasi systématique à des classements fondés sur des chiffres relatifs, notamment les pourcentages de réussite. Est-ce une tentative humaine de tirer la couverture à soi ou simplement une insuffisance dans l’interprétation des données ? Sans prétendre apporter une réponse définitive à cette question, le présent article propose quelques précautions analytiques permettant de replacer les chiffres dans leur véritable contexte.

100 % n’est pas égal à 100 %

On lit ici et là que tel établissement ou telle région a obtenu un taux de réussite exceptionnel de 100 %. Ce que l’on oublie souvent de préciser, c’est la base de comparaison : l’effectif de départ.

Cette omission peut sembler anodine, mais elle influence fortement l’interprétation de la performance. En bonne méthodologie statistique, on ne peut pas accorder la même portée à un taux de 100 % obtenu avec 15 candidats et à un taux de 100 % obtenu avec 150 candidats.

Dans les deux cas, le résultat est remarquable. Toutefois, le second présente une robustesse statistique supérieure, car maintenir un sans-faute lorsque le nombre de candidats augmente devient mécaniquement plus difficile. La variabilité des résultats est généralement plus forte lorsque les effectifs sont réduits.

Comparer des pourcentages sans tenir compte des effectifs absolus peut ainsi conduire à des conclusions hâtives. Pour apprécier correctement une performance, il est nécessaire d’examiner simultanément les taux de réussite et les effectifs concernés.

La variable invisible : le potentiel d’élèves en âge scolaire

Plus fondamental encore que la question des effectifs d’examen se pose celle des enfants qui n’arrivent jamais jusqu’à l’examen.

Dans les débats sur les résultats scolaires, une variable essentielle demeure largement absente : le nombre d’enfants en âge théorique de fréquenter la classe concernée.

Pour construire un système éducatif performant et véritablement inclusif, on ne peut ignorer le phénomène de la déperdition scolaire. Ces “enfants” qui quittent le circuit éducatif pour un motif pour un autre. Un exemple illustratif est le cas des absents à l’examen. Et donc, un taux de réussite de 90 % dans une commune où une forte proportion des élèves abandonne l’école avant la classe d’examen ne traduit pas nécessairement une réussite collective. Il peut également révéler un système qui sélectionne progressivement ses élèves avant même l’épreuve finale.

Analyser les résultats des examens sans s’interroger sur le taux de rétention des cohortes revient à évaluer uniquement les performances des « survivants » du système scolaire.

Se comparer à soi-même plutôt qu’aux autres

L’objectif d’une évaluation constructive ne devrait pas être uniquement de savoir qui est premier ou dernier dans un classement.

La véritable question est plutôt la suivante : un établissement ou une région a-t-il progressé par rapport à sa propre situation de départ et atteint les objectifs qu’il s’était fixés ?

Ainsi, un établissement qui visait un taux de réussite de 75 % et qui atteint finalement 80 % réalise une performance tout à fait honorable, même si d’autres structures affichent des taux supérieurs.

À l’inverse, comparer mécaniquement des établissements évoluant dans des contextes socio-économiques, géographiques et démographiques très différents présente peu d’intérêt analytique. Comme le dit l’expression populaire, cela revient parfois à « se chatouiller pour rire ».

Vers de nouveaux indicateurs de performance

Les taux de réussite constituent des indicateurs utiles, mais ils ne sauraient à eux seuls résumer la performance d’un système éducatif.

Pour enrichir le débat, il pourrait être pertinent de réfléchir à des indicateurs complémentaires intégrant non seulement les admis à l’examen, mais également la capacité du système éducatif à maintenir les enfants dans le parcours scolaire jusqu’au terme du cycle concerné.

À titre illustratif, on pourrait envisager un indicateur mesurant la proportion d’élèves admis rapportée à l’ensemble des enfants appartenant à la cohorte d’âge théorique de la classe d’examen considérée.

Un tel indicateur ne remplacerait pas les taux de réussite classiques. Il constituerait plutôt un outil complémentaire permettant d’apprécier l’efficacité globale du système éducatif en matière d’accès, de maintien et de réussite scolaire.

Conclusion

Les résultats aux examens constituent un motif légitime de satisfaction lorsqu’ils progressent. Ils témoignent des efforts conjugués des élèves, des enseignants, des parents et des autorités éducatives.

Toutefois, une culture rigoureuse de l’évaluation exige de dépasser les classements fondés uniquement sur les pourcentages de réussite. Les effectifs concernés, les parcours scolaires et la capacité du système à conduire les enfants jusqu’à l’examen méritent également d’être pris en compte.

En matière d’éducation comme en statistique, les chiffres ont besoin de contexte pour révéler toute leur signification. C’est pourquoi, dans certains cas, 100 % n’est effectivement pas égal à 100 %.

BEMAHOUN Honko Roger Judicaël

Statisticien économiste

Licence de Mathématiques pures, Université de Ouagadougou (2007)

Master en Économie Publique et Statistique Appliquée, African School of Economics (2011)

Chercheur principal à IPERSO

honkoroger@outlook.com

Source: LeFaso.net