
Dans certains services de l’administration publique burkinabè, les pauses-café et déjeuners servis lors des ateliers attirent parfois des agents et visiteurs qui ne figurent pas parmi les participants. Dénonçant une pratique devenue, selon elle, trop courante, l’auteure de cette tribune y voit à la fois un gaspillage de ressources publiques et le symptôme d’un recul des valeurs de retenue, d’intégrité et de respect des règles. Elle appelle à une prise de conscience collective pour restaurer la dignité et l’exemplarité au sein de l’administration.
Sous le couvert de la camaraderie ou de la simple opportunité, une pratique insidieuse s’est installée dans certains de nos départements ministériels et structures publiques : la ruée vers les pauses-café et déjeuners par des personnes non participantes aux ateliers.
Décryptage d’une dérive comportementale qui interroge nos valeurs et la rationalisation des ressources de l’État.
De nos jours, il est devenu banal d’assister à un spectacle pour le moins troublant lors des séminaires, ateliers ou rencontres de travail au sein de notre administration publique. Qu’il s’agisse de la pause-café du matin ou du déjeuner, l’on voit s’allonger dans les rangs des visages totalement étrangers aux travaux : cadres, agents d’autres services, stagiaires, vigiles et sympathisants de passage. Sans être enregistrés sur la liste des participants, certains se servent copieusement, comme s’il s’agissait d’un droit acquis.
Typologie d’un « parasitage » assumé
En observant de près cette faune d’opportunistes d’un genre nouveau, on distingue principalement trois figures :
• Le « pistonné » par la camaraderie : Invité par un collègue qui prend part aux travaux. Ce dernier, incapable de céder sa propre ration, n’hésite pas à sacrifier la part d’un autre participant au profit de son ami.
• Le « squatter » d’opportunité : Constatant de loin la tenue d’un atelier, il s’infiltre en rang serré, se sert généreusement (faisant souvent du rab) et s’éclipse sans un mot, le torse bombé, avec la démarche de celui qui a réussi un « coup ».
• Le « gastronome » averti : Il s’informe à l’avance du menu du jour auprès des traiteurs ou des organisateurs et ne se présente qu’à l’heure exacte du dressage de la table pour se mettre à l’aise.
Baisse des revenus ou démission morale ?
Face à de tels comportements, une question fondamentale se pose : qu’est-ce qui explique ou justifie cette quête d’un repas gratuit ? Est-ce la faiblesse des revenus ou plutôt l’affaissement de nos valeurs morales et éducatives ?
Disons-le sans détour : c’est avant tout une crise de nos valeurs.
L’éducation traditionnelle que nous avons reçue nous enseignait l’abstention stricte face à toute boisson ou nourriture qui ne nous était pas destinée. Devant un repas, la retenue et la patience étaient de rigueur. On nous apprenait même que, parfois, savoir refuser poliment une invitation à manger était une marque d’élévation d’esprit et de maîtrise de soi, indispensable pour forger une personnalité digne et respectée.
Des conséquences budgétaires et relationnelles
Cette pratique informelle n’est pas sans conséquences :
1. Sur les deniers publics : Anticipant ces présences intempestives pour éviter les pénuries, les organisateurs se voient contraints de commander plus de plats que le nombre réel de participants inscrits. Une dérive financière inacceptable alors même que le contexte national exige une rationalisation rigoureuse des ressources de l’État.
2. Sur le respect et le climat de travail : S’inviter à une table où l’on n’est pas convié expose à un manque de respect latent. Mais dans notre contexte social, comment faire remarquer à un collègue qu’il n’a pas sa place au buffet sans paraître discourtois ? Pire encore, ceux qui osent émettre des critiques légitimes face à ce manquement se voient souvent répondre par des boutades ou de la raillerie.
Retrouver la dignité de l’Homme intègre
À qui la faute et comment y remédier ?
À l’heure où la Révolution progressiste et populaire nous rappelle quotidiennement notre devoir d’intégrité, d’exemplarité et de respect des lois et des coutumes, cette question ne doit plus être occultée.
Il est temps que l’autorité administrative s’en saisisse. Les responsables de structures, de concert avec les partenaires sociaux et les syndicats, doivent sensibiliser les travailleurs au respect des règles élémentaires de bienséance. Renoncer à ces petites facilités comportementales, c’est rehausser l’image de marque de l’agent public et honorer la dignité du Burkinabè.
Le Burkinabè d’antan était celui-là même qui était capable de priver sa propre famille pour offrir son unique plat à l’étranger de passage. Ne substituons pas cette noble hospitalité par un opportunisme mesquin.
Pour la dignité de notre administration et le respect de nos valeurs : Chacun à sa place, chaque chose en son temps !
Vive le Burkina intègre !
Par une citoyenne préoccupée !
Source: LeFaso.net
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