Réunis à Accra, au Ghana, dans le cadre du Symposium sur les affaires religieuses de l’Afrique de l’Ouest (WARAS), des responsables religieux militaires de dix pays africains et des États-Unis explorent de nouvelles voies de coopération. L’aumônier colonel Kevin Forrester et le sergent-major Herinah Asaah, tous deux responsables des affaires religieuses au sein du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), ont insisté sur le rôle stratégique de la dimension spirituelle dans la résilience des forces armées, l’éthique militaire et la stabilité régionale. C’était lors d’un point de presse en ligne, organisé le 15 juillet 2026.

Le Ghana a accueilli la première édition du West Africa Religious Affairs Symposium (WARAS) du 14 au 16 juillet 2026. Une rencontre qui a réuni des responsables religieux issus de plusieurs armées ouest-africaines et leurs homologues américains. Cette initiative est présentée comme une plateforme de dialogue, d’échange d’expériences et de construction d’une coopération durable autour du soutien spirituel aux militaires.

Le colonel Kevin Forrester, aumônier du commandement de l’AFRICOM, explique que cette rencontre intervient dans un contexte marqué par des environnements sécuritaires de plus en plus complexes. Selon lui, les forces partenaires sont confrontées à des défis qui nécessitent une approche globale, intégrant aussi bien les capacités opérationnelles que les dimensions humaines, morales et spirituelles.

« La vraie victoire ici, c’est que nous fassions cela ensemble », souligne-t-il, évoquant le caractère inédit de cette rencontre autour d’un objectif commun. Celui de renforcer le bien-être spirituel des militaires et développer des mécanismes de coopération entre les services d’aumônerie.

La religion, un facteur stratégique de cohésion

Pour l’aumônier colonel Forrester, la place de la religion dans les sociétés africaines constitue une donnée essentielle à prendre en compte. « À travers l’Afrique, il n’y a pas un seul pays où la religion n’est pas un facteur important influençant les gens et la culture », affirme-t-il.

Dans cette perspective, les aumôniers militaires occupent une position particulière. Ils interviennent à l’intersection de la foi, de la culture et des réalités opérationnelles. Leur mission ne consiste pas seulement à accompagner les militaires dans leur pratique religieuse, mais aussi à contribuer à la construction d’un environnement fondé sur l’éthique, la confiance et la dignité humaine.

Le responsable religieux insiste toutefois sur le fait que le symposium ne vise pas à imposer un modèle extérieur. « Nous ne sommes pas là pour imposer le modèle américain. Nous sommes ici parce que nous respectons profondément la nature diversifiée et pluraliste de ces nations », précise-t-il. Pour lui, la diversité religieuse peut devenir une force. La collaboration entre un imam, un prêtre catholique et des responsables protestants autour du bien-être des soldats, illustre selon lui, le pluralisme en action.

Le colonel Kevin Forrester, aumônier du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM)

L’innovation pour rapprocher les aumôniers des troupes

Le sergent-major Herinah Asaah met en avant l’évolution du métier d’aumônier militaire face aux nouvelles réalités des armées contemporaines. À ses yeux, le soutien religieux ne peut plus rester limité aux espaces traditionnels.« L’aumônerie évolue rapidement d’un rôle traditionnel, réactif et lié au bureau, à une présence active et mobile dans les espaces physiques et numériques », explique-t-il.

Cette transformation répond aux nouveaux défis auxquels sont confrontés les jeunes militaires, notamment la pression psychologique, les déploiements prolongés, l’influence des réseaux sociaux ou encore la désinformation numérique. Pour répondre à ces enjeux, les responsables religieux cherchent à aller vers les militaires, à comprendre leur environnement et à identifier les difficultés avant qu’elles ne deviennent des crises. « Le meilleur ministère se produit quand vous vous présentez », insiste le sergent-major Asaah, rappelant que la présence humaine demeure au cœur de l’accompagnement spirituel.

La question de la distance et des contraintes géographiques a également occupé une place importante dans les échanges. Le colonel Forrester reconnaît que l’immensité des territoires africains et les infrastructures parfois limitées constituent un défi majeur pour assurer un accompagnement permanent des militaires. Mais il voit aussi dans ces contraintes une source d’innovation. Certains partenaires africains développent des outils numériques permettant de maintenir le contact avec les unités éloignées, notamment à travers des applications d’aumônerie ou des plateformes sécurisées favorisant des échanges confidentiels.

« Nos partenaires nous démontrent qu’il est possible d’accompagner les militaires, même à distance. Surtout lorsque les circonstances rendent leur accès difficile au moment où ils ont le plus besoin de soutien », reconnaît-il. Cette capacité d’adaptation montre selon lui, que les armées africaines ne sont pas seulement des bénéficiaires d’expériences étrangères, mais aussi des acteurs capables d’apporter des solutions nouvelles.

L’éthique militaire au cœur des opérations

Au-delà de l’accompagnement religieux, les intervenants insistent sur la préparation globale des militaires avant les opérations. Pour le sergent-major Asaah, la résilience se construit en amont des missions. Les aumôniers et spécialistes des affaires religieuses doivent comprendre les réalités culturelles et spirituelles des zones de déploiement afin de mieux accompagner les soldats. Cette préparation passe par la formation des militaires et de leurs familles, mais aussi par le développement d’outils d’adaptation émotionnelle et spirituelle.

« Nous devons doter nos membres du service d’outils d’adaptation cognitifs, émotionnels et spirituels avant leur déploiement », explique-t-il. L’objectif est également de lutter contre la stigmatisation liée à la recherche d’aide. Les responsables religieux encouragent les militaires à solliciter un accompagnement dès l’apparition des premières difficultés.

Interrogé sur la place de l’éthique et du leadership moral dans les opérations multinationales, le colonel Forrester rappelle que les aumôniers ont une double responsabilité. Ils conseillent d’abord les commandants sur les questions morales, éthiques et spirituelles liées aux troupes. Ils les accompagnent également dans la compréhension des sensibilités religieuses et culturelles susceptibles d’influencer les opérations.

« Nous devons connaître les sensibilités religieuses locales afin d’éviter que nos opérations ou leur planification ne heurtent, même involontairement, une communauté religieuse », explique-t-il. Pour lui, cette mission contribue à bâtir des forces armées plus professionnelles, respectueuses des communautés et mieux préparées aux environnements complexes.

Construire une communauté d’aumôniers au service de la paix

Au-delà des échanges techniques, WARAS apparaît aussi comme un espace de solidarité entre professionnels de la foi confrontés aux mêmes défis. Le colonel Forrester souligne que certaines aumôneries africaines sont encore jeunes et disposent de moyens limités. La rencontre leur permet donc de créer des réseaux de soutien au-delà des frontières. « Si je trouve un ami dans un autre pays quand je ne peux pas en trouver un près de moi dans mon propre pays, c’est extrêmement précieux », confie-t-il.

Par cette dynamique, les participants espèrent renforcer une communauté régionale d’aumôniers capables d’accompagner les militaires tout en contribuant à la lutte contre l’extrémisme et à la promotion de la paix. En guise de conclusion, le colonel Forrester rappelle que les aumôniers jouent un rôle essentiel dans la disponibilité des forces, mais qu’ils ont eux-mêmes besoin de soutien. « Cette semaine, il s’agit de renforcer nos partenariats et de prendre soin des soignants », résume-t-il.

À Accra, le message porté par WARAS dans un contexte sécuritaire marqué par de nombreux défis, est que la foi, lorsqu’elle est mise au service du dialogue et du respect mutuel, peut devenir un puissant levier de résilience et de stabilité en Afrique de l’Ouest.

Hamed Nanéma

Lefaso.net

Source: LeFaso.net