À 13 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd’hui, nous mettons à l’honneur Latifah Koura Diallo, ingénieure de conception en réseaux informatiques et télécommunications, consultante et formatrice en cybersécurité, dont le jeune parcours professionnel relie déjà plusieurs maillons essentiels de la transformation numérique du Burkina Faso : la fibre optique, les réseaux de l’administration publique, la maintenance des systèmes et la sensibilisation à la cybersécurité.

Il faut parfois descendre sur le terrain pour comprendre ce que signifie réellement « connecter » un pays. Avant qu’un utilisateur ne navigue sur Internet, il a fallu étudier un trajet, tirer une fibre, raccorder un bâtiment, configurer des équipements, tester la liaison et vérifier la qualité du service. Et une fois la connexion établie, un autre défi commence : la maintenir disponible et la protéger. Latifah Koura Diallo connaît ces différentes réalités.

Elle a commencé au plus près des équipements et des installations. Elle a raccordé des clients à la fibre optique. Puis elle a coordonné des équipes chargées de ces travaux. Elle intervient aujourd’hui sur le Réseau informatique national de l’administration, le RESINA, tout en développant une expertise en cybersécurité. En quelques années seulement, elle a ainsi parcouru une partie de la chaîne qui permet au numérique de fonctionner : installer, connecter, administrer, sécuriser et former.

Une vocation construite autour des réseaux

Latifah Koura Diallo choisit très tôt une formation technique. Après un baccalauréat série D, elle intègre l’ESTA à Ouagadougou. Elle y obtient successivement un diplôme de technicien supérieur en réseaux informatiques et télécommunications en 2019, une licence professionnelle en 2020, puis poursuit en master. En 2023, elle obtient son Master 2 en réseaux informatiques et télécommunications avec la mention Bien.

Cette continuité dans sa formation traduit déjà une orientation précise. Les réseaux informatiques constituent l’ossature invisible du monde numérique. Ils permettent aux ordinateurs, serveurs, téléphones et applications de communiquer. Dans une entreprise comme dans une administration, leur bon fonctionnement conditionne une grande partie des activités quotidiennes. Mais Latifah Diallo ne restera pas longtemps dans la seule théorie.

2019 : entrer dans les coulisses des réseaux

Alors qu’elle poursuit encore ses études, elle effectue à partir d’août 2019 un stage à la Direction générale des services informatiques, la DGSI. Sa première mission mentionnée dans son CV concerne la mise en place d’un réseau privé virtuel, plus connu sous le sigle VPN. Un VPN permet notamment d’établir une liaison sécurisée entre des utilisateurs ou des sites distants.

L’année suivante, toujours à la DGSI, elle travaille sur une problématique différente et particulièrement sensible : la mise en place d’un plan de reprise d’activité pour le centre de données du ministère chargé des Finances. Derrière cette expression technique se trouve une question très concrète : comment permettre à un système informatique essentiel de reprendre son fonctionnement après un incident majeur ? Une panne, une défaillance matérielle ou un autre événement critique ne doit pas entraîner l’arrêt prolongé des services. Pour une jeune professionnelle, ces premières expériences constituent une entrée directe dans deux enjeux majeurs du numérique : la continuité des services et la sécurité des réseaux.

Apprendre aussi par l’assistance aux utilisateurs

En février 2021, Latifah Diallo rejoint la Maison de l’entreprise du Burkina Faso dans le cadre d’un stage en sécurisation et maintenance informatique. Elle y intervient sur la sécurisation des documents, la gestion des incidents et des pannes ainsi que l’assistance aux utilisateurs. Cette dernière mission peut sembler ordinaire. Elle est pourtant essentielle.

Dans une organisation, la technologie ne fonctionne véritablement que lorsque les utilisateurs peuvent s’en servir. L’ingénieur doit donc parfois quitter le langage des protocoles et des équipements pour comprendre une difficulté exprimée simplement : « Je n’arrive pas à accéder à ce service », « mon ordinateur ne fonctionne plus », « je ne retrouve pas mon document ». Cette confrontation aux usages développe une compétence que les formations techniques n’enseignent pas toujours : savoir écouter, diagnostiquer et expliquer.

La fibre optique, les bottes sur le terrain

En avril 2021, une nouvelle étape commence. Latifah Diallo rejoint Premium Company SA comme technicienne fibre optique. Elle réalise des études et des installations FTTH, vérifie la conformité technique des raccordements, assure des opérations de maintenance chez les clients et produit les rapports d’installation.

FTTH signifie Fiber To The Home : la fibre jusqu’au domicile. Derrière cet acronyme se trouve l’une des infrastructures qui permettent aux utilisateurs d’accéder à des connexions Internet à haut débit. Pour Latifah Diallo, le réseau cesse alors d’être seulement un schéma étudié en classe ou une configuration réalisée sur un ordinateur. Il devient une infrastructure physique. Il faut aller sur les sites. Étudier les installations. Raccorder les clients. Contrôler les travaux. Résoudre les difficultés rencontrées sur le terrain. Cette période lui donne une connaissance pratique du dernier kilomètre, cette partie du réseau qui permet de relier l’infrastructure de l’opérateur à l’utilisateur final.

De technicienne à coordinatrice

À peine plus d’un an après son arrivée chez Premium Company, Latifah Diallo change de responsabilité. En juillet 2022, elle devient coordinatrice B2C. Elle ne réalise plus seulement les travaux : elle doit désormais les organiser. Elle coordonne les équipes de terrain et pilote les techniciens intervenant sur les activités B2C et B2B, c’est-à-dire les raccordements destinés respectivement aux particuliers et aux entreprises. Elle planifie la prise en charge des clients FTTH, contrôle la qualité des travaux, vérifie les installations et intervient dans le processus permettant leur facturation.

Son CV indique qu’elle possède une expérience du management d’équipes de plus de trente personnes. Cette évolution est importante. Une bonne technicienne doit savoir résoudre un problème. Une coordinatrice doit aussi s’assurer que plusieurs dizaines de personnes travaillent dans la même direction, que les interventions sont planifiées et que la qualité reste constante. Latifah Diallo passe ainsi assez rapidement de l’exécution technique au pilotage opérationnel.

Du réseau des clients au réseau de l’État

En janvier 2024, elle rejoint le ministère de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques comme ingénieure réseaux, systèmes, maintenance informatique et télécommunications. Le changement d’échelle est significatif. Ses missions comprennent l’administration des systèmes, l’assistance aux utilisateurs, la proposition d’architectures d’interconnexion et surtout la maintenance du Réseau informatique national de l’administration, le RESINA.

Le RESINA constitue une infrastructure permettant de relier les structures de l’administration publique. Pour une ingénieure réseaux, intervenir sur un tel environnement implique une responsabilité différente de celle du raccordement d’un particulier. Il faut penser interconnexion, disponibilité et continuité des communications entre des structures qui utilisent quotidiennement les services numériques pour leurs activités. Après avoir travaillé au bout du réseau, auprès des clients raccordés à la fibre, Latifah Diallo se retrouve ainsi au cœur d’une infrastructure publique nationale.

2026 : poursuivre la mission à l’ANPTIC

En juillet 2026, Latifah Diallo rejoint l’Agence nationale de promotion des technologies de l’information et de la communication, l’ANPTIC, comme ingénieure systèmes, réseaux et maintenance informatique, avec également une activité de formation. Elle poursuit son travail autour du RESINA. Ses responsabilités portent sur l’étude et le raccordement des bâtiments administratifs, la maintenance du réseau et l’élaboration des propositions techniques et financières pour les nouveaux sites à connecter.

Son expérience de la fibre optique prend ici une autre dimension. Quelques années auparavant, elle raccordait des particuliers et des entreprises. Désormais, elle contribue à étudier le raccordement des bâtiments publics à une infrastructure nationale. La technologie reste celle des réseaux. Mais l’échelle, les utilisateurs et les responsabilités ont changé.

Connecter ne suffit plus : il faut protéger

Parallèlement aux réseaux et aux télécommunications, Latifah Diallo développe une seconde spécialisation : la cybersécurité. Depuis octobre 2025, elle intervient comme consultante en cybersécurité chez Ascendia Consulting. Son CV la présente également comme formatrice dans ce domaine.

Cette évolution paraît presque naturelle. Plus un pays connecte ses administrations, ses entreprises et ses citoyens, plus la question de la sécurité devient importante. Un réseau performant mais vulnérable peut exposer les données et les services qu’il transporte. La cybersécurité cherche précisément à réduire ces risques en protégeant les systèmes, les réseaux et les utilisateurs. Latifah Diallo complète ainsi progressivement son expérience des infrastructures par une compétence liée à leur protection. Son CV mentionne notamment une certification en sensibilisation à la cybersécurité, une certification Zabbix User 7.0, liée à la supervision des systèmes, ainsi qu’une certification Microsoft consacrée aux compétences en intelligence artificielle.

Faire de la cybersécurité une culture

L’intérêt de Latifah Diallo pour la cybersécurité ne se limite pas à ses missions professionnelles. Elle est responsable de la formation au sein de Cyber 221 et coordinatrice d’activités chez WiCyS. Cette dimension de son parcours mérite d’être soulignée. Car la cybersécurité n’est pas uniquement l’affaire des ingénieurs. Un utilisateur qui choisit un mot de passe trop simple, ouvre une pièce jointe frauduleuse ou communique ses identifiants peut involontairement fragiliser tout un système. La sensibilisation devient donc une première ligne de défense.

Former, expliquer et développer les bons réflexes participe autant à la sécurité numérique que certains outils techniques. En devenant formatrice, Latifah Diallo ajoute ainsi une nouvelle fonction à son parcours : après avoir construit et maintenu des réseaux, elle contribue à faire comprendre comment mieux les utiliser et les protéger.

Une jeune femme dans les métiers de l’infrastructure

Le parcours de Latifah Diallo possède également une portée symbolique. Les réseaux, les télécommunications et la cybersécurité sont des métiers techniques dans lesquels la présence et la visibilité des femmes restent un enjeu. Son CV ne présente pourtant pas son parcours sous l’angle de l’exception. Il raconte surtout une succession de responsabilités acquises par la pratique : stagiaire, technicienne fibre optique, coordinatrice, ingénieure réseaux, consultante puis formatrice.

Cette progression peut avoir une valeur particulière pour les jeunes filles qui hésitent encore à s’orienter vers les sciences et les technologies. Car une vocation se construit aussi à partir de modèles que l’on peut observer. Voir une femme superviser des techniciens sur un chantier fibre, administrer des réseaux ou parler de cybersécurité permet de rendre ces métiers plus familiers et plus accessibles.

AfricaFeminaSphère : regarder au-delà de la technologie

Il existe enfin une autre facette de Latifah Diallo. Elle est fondatrice d’AfricaFeminaSphère, une association qui œuvre dans les domaines de la santé mentale, du leadership et de l’autonomisation. Cette initiative élargit le portrait. L’ingénieure qui travaille sur les infrastructures numériques s’intéresse aussi à des questions humaines et sociales. Son CV mentionne d’ailleurs la création de contenus numériques consacrés à la cybersécurité mais aussi à la santé mentale.

En 2026, elle est également ambassadrice de la paix dans le cadre de Tec4Peace, une initiative mentionnée dans son CV en lien avec le PNUD. Ces engagements dessinent un profil qui ne souhaite pas enfermer la technologie dans une logique exclusivement technique. Le numérique touche des personnes. Et les personnes ont besoin, au-delà de la connectivité, de compétences, de sécurité, de confiance et d’espaces leur permettant de se développer.

Une progression rapide, mais encore une histoire en construction

Le parcours de Latifah Koura Diallo présente une particularité par rapport à plusieurs figures déjà rencontrées dans cette série. Il ne s’agit pas d’une carrière de vingt ou trente ans dont on pourrait déjà dresser le bilan. C’est une trajectoire en construction. Son premier stage documenté remonte à 2019. Sept ans plus tard, elle travaille sur le réseau informatique de l’administration, conseille en cybersécurité et transmet ses connaissances à d’autres.

Cette jeunesse professionnelle invite précisément à regarder son parcours autrement. Elle appartient à une génération qui entre dans le numérique burkinabè à un moment où les enjeux ont profondément changé. Il ne s’agit plus seulement de donner accès à Internet. Il faut désormais étendre la fibre, moderniser les services publics, protéger les infrastructures, renforcer la cybersécurité et intégrer de nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle.

La prochaine étape de son histoire reste à écrire. Mais les premières pages racontent déjà une progression cohérente : comprendre les réseaux, apprendre sur le terrain, prendre des responsabilités, protéger les systèmes et partager les compétences acquises.

Pourquoi fait-elle partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce que Latifah Koura Diallo représente une nouvelle génération d’ingénieures burkinabè qui construit sa carrière au cœur des infrastructures indispensables à la transformation numérique.

Parce qu’elle a commencé au plus près du terrain, en étudiant et en réalisant des raccordements en fibre optique, avant de coordonner les équipes chargées de leur déploiement.

Parce qu’elle a rapidement évolué vers le management opérationnel, avec une expérience revendiquée dans la gestion d’équipes de plus de trente personnes.

Parce qu’elle complète son expertise des réseaux par la cybersécurité, domaine dans lequel elle intervient comme consultante et formatrice.

Parce qu’avec AfricaFeminaSphère, elle associe son parcours professionnel à des préoccupations liées au leadership, à l’autonomisation et à la santé mentale.

Et parce que sa trajectoire montre aux jeunes filles intéressées par les sciences et les technologies qu’il est possible de passer du chantier fibre à l’ingénierie des réseaux publics, puis de prendre sa place dans l’univers de la cybersécurité. Avec Latifah Koura Diallo, une nouvelle génération du Burkina numérique prend le relais : une génération qui ne veut plus seulement connecter les utilisateurs, mais aussi protéger les réseaux, transmettre les compétences et donner à davantage de femmes l’envie d’entrer dans les métiers de la technologie.

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Source: LeFaso.net