
À 59 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui ont contribué à construire le Burkina numérique. Aujourd’hui, cap sur Bobo-Dioulasso et sur le parcours de Lassina Bamba, ingénieur système, formateur et entrepreneur social, qui consacre depuis près de trois décennies une grande partie de son énergie à transmettre les compétences numériques.
L’histoire du numérique ne s’écrit pas seulement avec ceux qui conçoivent les infrastructures, développent les applications ou dirigent les grandes institutions. Elle s’écrit aussi dans les salles de formation. Avec ces premiers fonctionnaires qu’il a fallu familiariser avec l’ordinateur. Ces secrétaires auxquelles il fallait apprendre de nouvelles méthodes de travail. Ces étudiants qui découvraient la programmation. Ces commerçants auxquels Internet ouvrait de nouveaux marchés. Et ces milliers de jeunes qu’il fallait convaincre que le numérique pouvait aussi devenir pour eux une compétence, un métier ou une opportunité. Lassina Bamba appartient à cette catégorie de bâtisseurs : ceux qui construisent d’abord en transmettant.
Dakar, le point de départ d’une aventure informatique
Le parcours de Lassina Bamba dans le numérique commence dans les années 1990. Il se forme à Dakar, où il obtient un diplôme d’analyste-programmeur en 1994 puis celui d’ingénieur système IT en 1996. Il complétera quelques années plus tard cette formation technique par un certificat en management des ressources humaines.
Son travail de fin d’études l’amène déjà à confronter l’informatique à un environnement professionnel particulièrement exigeant : l’ASECNA à Dakar. Entre septembre 1995 et juin 1996, il y développe une application de gestion des stocks de matériel aéronautique et travaille à l’optimisation de l’environnement système. Mais à son retour au Burkina Faso, une autre vocation va rapidement prendre une place centrale : la formation.
Former les premiers utilisateurs de l’outil informatique
En janvier 1997, Lassina Bamba devient formateur externe au Centre national de traitement de l’information (CENATRIN). Nous sommes à une époque où l’ordinateur est encore loin d’être un outil banal dans les administrations et les entreprises burkinabè. L’enjeu n’est pas seulement de disposer de machines : il faut apprendre à les utiliser. Pendant près de quatre ans, Lassina Bamba anime régulièrement des séminaires de bureautique destinés notamment aux agents de l’État et aux professionnels du secteur privé. Son CV estime à environ 950 le nombre de personnes formées au Burkina Faso, auxquelles s’ajoutent plus de cinquante cadres guinéens venus spécialement se former dans le pays.
Dans le même temps, il enseigne au Centre d’études en informatique de gestion. Bureautique, systèmes d’exploitation DOS et Windows, architecture des ordinateurs, Pascal, BIOS, installation et dépannage des PC, réseaux locaux : il dispense plus de 600 heures de cours. Il enseigne également l’analyse Merise et l’architecture des ordinateurs à l’ESTIF. Une génération de professionnels commence alors à se familiariser avec ces nouveaux outils qui transformeront progressivement les métiers.
EPAT Afrique : faire de Bobo-Dioulasso un territoire de compétences
En janvier 2000, Lassina Bamba franchit une nouvelle étape en prenant la direction du cabinet EPAT Afrique. Pendant une décennie, il en fait un outil de formation, de conseil et d’accompagnement informatique particulièrement actif à Bobo-Dioulasso et dans les régions environnantes. Selon son CV, plus de 1 700 personnes y sont formées à la bureautique, au multimédia et aux outils de management. L’activité dépasse même les frontières du Burkina Faso pour toucher des villes comme Sikasso au Mali et Korhogo en Côte d’Ivoire.
EPAT Afrique met également en place une école destinée aux jeunes dans les domaines de la maintenance informatique et du développement web. Ce choix est important. À une époque où une grande partie des opportunités liées aux TIC se concentre dans les capitales, développer des compétences numériques à Bobo-Dioulasso participe aussi à une forme de décentralisation de l’économie numérique.
Mettre l’informatique au service des organisations
Former ne suffit cependant pas. Encore faut-il montrer comment les technologies peuvent transformer concrètement le fonctionnement d’une organisation. Lassina Bamba accompagne ainsi des structures aux profils très différents : SONABHY, SN-CITEC, SN-SOSUCO, INERA, Sitarail, établissements de formation des enseignants, hôpitaux ou encore entreprises agricoles.
Il forme notamment des décideurs de la SONABHY à l’utilisation de l’ordinateur comme outil de gestion et de communication, accompagne des secrétaires de la SN-SOSUCO dans la maîtrise de leur poste et intervient auprès de la Filature du Sahel sur les systèmes internes d’entreprise et la culture organisationnelle. Son approche se situe ainsi à la rencontre de l’informatique et du management. L’ordinateur n’est pas envisagé comme une fin en soi. Il devient un outil pour mieux organiser l’information, améliorer le fonctionnement des équipes et faciliter la prise de décision.
Quand Internet rencontre le commerce agricole
L’un des chapitres les plus intéressants de son parcours concerne le monde agricole. À travers le projet MISTOWA, soutenu par l’USAID, Lassina Bamba contribue à former des opérateurs du commerce agricole au Burkina Faso, au Mali et au Togo à l’exploitation de l’information commerciale. Il participe également à une étude préalable pour la création d’un portail ouest-africain consacré au commerce agricole et à la mise en place des Points d’information sur le commerce agricole (PICA). À Accra, il forme les chargés d’information du Réseau des Chambres d’Agriculture de l’Afrique de l’Ouest à l’exploitation de l’information commerciale agricole intrarégionale.
Nous sommes au milieu des années 2000. Bien avant l’explosion actuelle des plateformes d’agritech, la question est déjà posée : comment utiliser les technologies et l’information en ligne pour permettre aux acteurs agricoles de mieux connaître les marchés et de prendre de meilleures décisions économiques ? Le numérique quitte alors les bureaux pour rejoindre les chaînes de valeur agricoles.
« Le net sur les ondes »
Une autre initiative résume assez bien sa volonté de vulgarisation. À Radio Bobo, Lassina Bamba anime une émission intitulée « Le net sur les ondes ». Le nom peut aujourd’hui faire sourire tant Internet est devenu omniprésent. Mais il raconte une époque où le réseau mondial restait encore mystérieux pour une grande partie de la population. Parler d’Internet à la radio, c’était alors contribuer à expliquer ses usages à des personnes qui, pour beaucoup, n’avaient peut-être jamais encore navigué sur le Web. Cette initiative révèle une constante de son parcours : rendre la technologie compréhensible avant de vouloir la rendre indispensable.
L’enseignant qui multiplie les relais
Lassina Bamba poursuit parallèlement son engagement dans l’enseignement supérieur. Entre 2002 et 2005, il enseigne à l’Institut supérieur d’informatique de gestion, notamment les NTIC et la programmation web. Il encadre des mémoires, préside des jurys de BTS et intervient également dans des formations en bureautique et sciences de l’organisation.
À partir de 2006, il enseigne également à l’IN2SAT et prend en charge le Passeport de Compétences Informatique Européen (PCIE) dans les différentes filières. Au fil des années, la transmission devient donc le fil rouge reliant ses différentes activités : formation professionnelle, enseignement supérieur, accompagnement des entreprises et sensibilisation du grand public.
KAMALPHA : le numérique comme outil d’engagement social
Mais le parcours de Lassina Bamba ne se limite pas à l’entreprise et à l’enseignement. Son CV le présente d’abord comme « formateur et entrepreneur social », profondément attaché au don de soi pour la communauté. Cette dimension prend notamment corps avec KAMALPHA, organisation dont il devient coordonnateur en 2015 puis président à partir de 2016.
À travers cette structure, il poursuit ses activités de formation auprès de la jeunesse. Lors des éditions 2016, 2017, 2020 et 2021 de la Semaine du numérique, KAMALPHA forme, selon son CV, plus de 2 000 jeunes. Derrière ce chiffre, il y a une philosophie : donner aux jeunes des compétences susceptibles d’élargir leurs possibilités professionnelles et leur capacité à entreprendre. Chez Lassina Bamba, le numérique devient ainsi un outil d’inclusion et d’autonomisation.
Du numérique à l’entrepreneuriat social
Son parcours possède enfin une particularité qui le distingue de nombreux profils de cette série : il ne considère pas la technologie comme un univers isolé du reste de l’économie. Promoteur d’un support économique et social local, La Boussole de Bobo, destiné à faire connaître les potentialités de la région, il développe également depuis 2016 une ferme agropastorale à Nasso, dans la zone de Bobo-Dioulasso.
Cette diversification est cohérente avec la manière dont son CV définit ses compétences : management, coaching, ressources humaines, systèmes d’information et promotion de projets économiques à forte valeur ajoutée sociale. Le numérique n’est donc qu’un outil parmi d’autres au service d’une ambition plus large : faire émerger des compétences et créer de la valeur dans les communautés.
Une autre histoire du Burkina numérique
Le parcours de Lassina Bamba raconte finalement une facette parfois moins visible de la transformation digitale. Il y a les grandes infrastructures, les politiques publiques, les startups et les innovations de rupture. Mais avant qu’une société puisse pleinement tirer parti de ces technologies, il faut des utilisateurs capables de les comprendre et de s’en servir. Depuis la fin des années 1990, Lassina Bamba a précisément travaillé à cet endroit : entre la machine et l’utilisateur, entre la technologie et son appropriation. Du fonctionnaire qui découvrait la bureautique au jeune qui se forme aujourd’hui aux métiers du numérique, son parcours couvre près de trois décennies de démocratisation progressive des compétences informatiques au Burkina Faso.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce qu’il appartient à cette génération de formateurs qui, dès la fin des années 1990, a accompagné les premiers pas de milliers de Burkinabè dans l’utilisation professionnelle de l’informatique.
Parce qu’il a fait de Bobo-Dioulasso et de l’Ouest du Burkina un terrain important de son engagement, contribuant à diffuser les compétences numériques au-delà de la capitale.
Parce qu’à travers le CENATRIN, EPAT Afrique, les établissements d’enseignement supérieur puis KAMALPHA, il a consacré une grande partie de son parcours à transmettre ce qu’il avait appris.
Parce qu’il a très tôt contribué à rapprocher Internet de secteurs concrets comme le commerce agricole, le management des entreprises, l’éducation et l’information locale.
Et parce que son itinéraire rappelle une vérité essentielle : la fracture numérique ne se réduit pas en distribuant seulement des machines ou en déployant des réseaux. Elle se réduit aussi en donnant aux femmes et aux hommes les connaissances, la confiance et les compétences nécessaires pour transformer la technologie en opportunité.
Source: LeFaso.net
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