
Dans le cadre de la deuxième édition de Le Faso Digital, la foire virtuelle des solutions digitales, le Dr Marc Zongo a présenté, le vendredi 23 octobre 2026, une proposition de modèle de maturité baptisée « Faso IA Souveraine ». Cette approche vise à aider les administrations publiques burkinabè à évaluer, encadrer et améliorer progressivement leurs usages de l’Intelligence artificielle (IA).
Comment utiliser l’intelligence artificielle dans l’administration publique tout en gardant la maîtrise des données, des décisions et des pratiques professionnelles ? C’est à cette préoccupation que répond la réflexion développée par le Dr Marc Zongo, enseignant-chercheur à l’université de Hearst, au Canada, lors d’une conférence organisée en ligne dans le cadre de la deuxième édition de Le Faso Digital.
Intitulée « Évaluer pour mieux gouverner : proposition de “Faso IA Souveraine” comme modèle de maturité pour une intelligence artificielle souveraine dans l’administration publique burkinabè », sa communication a porté sur les moyens de passer d’une utilisation dispersée des outils d’IA à des pratiques mieux maîtrisées et adaptées aux réalités locales.
Pour le conférencier, la souveraineté en matière d’intelligence artificielle ne se limite pas à la possession d’infrastructures ou au développement de technologies nationales. Elle repose également sur la capacité des organisations à encadrer l’utilisation des outils disponibles, y compris ceux conçus à l’étranger.
Dans cette perspective, le modèle « Faso IA Souveraine » se veut un cadre d’analyse permettant aux administrations et aux organisations d’évaluer leur niveau de maturité dans l’utilisation de l’IA, de repérer les insuffisances et de définir des actions d’amélioration. L’objectif est notamment de rendre visibles les usages réels, de mieux protéger les données confiées aux outils et de clarifier les responsabilités liées à leur utilisation.

Dr Marc Zongo a relevé que, dans une même administration, les agents peuvent recourir individuellement à différents outils d’intelligence artificielle, sans nécessairement disposer de règles communes. Cette situation peut compliquer la maîtrise des données, la traçabilité des pratiques et le contrôle des résultats produits.
Pour y remédier, il préconise une démarche progressive fondée sur cinq axes d’analyse : la visibilité des usages, les techniques et les processus employés, les connaissances et la capacité critique des utilisateurs, l’appropriation des outils par les agents, ainsi que les institutions et les règles qui encadrent leur utilisation.
Le modèle distingue également quatre niveaux de maturité, allant d’une adoption non-encadrée des outils à une utilisation adaptée au contexte de l’organisation, puis à une maîtrise gouvernée. Cette progression doit permettre à chaque structure de déterminer sa situation, de fixer des objectifs réalistes et de suivre les améliorations réalisées.

Concrètement, la démarche proposée comprend plusieurs étapes : cartographier les usages de l’IA, établir un diagnostic, mesurer les écarts entre les pratiques existantes et le niveau recherché, adapter les outils, les compétences, les règles et la gestion des données, puis assurer un suivi périodique. Le processus n’est pas nécessairement linéaire et peut être réajusté en fonction des difficultés rencontrées.
La protection des données au cœur des préoccupations
Au cours des échanges avec les participants, plusieurs préoccupations ont été soulevées, notamment la protection des données à caractère personnel, la fiabilité des outils d’IA et les risques liés à leur utilisation dans les services publics.
La question de l’utilisation des versions gratuites ou payantes des outils d’intelligence artificielle a notamment été posée. Le consultant Valerio Coulibaly s’est interrogé sur les risques d’exposition des données lorsque des administrations utilisent des solutions accessibles au public pour traiter des informations sensibles, notamment dans le cadre de l’analyse des offres de marchés publics.
Les discussions ont également porté sur la nécessité de mieux encadrer les usages et de renforcer les précautions prises par les organisations. Le modérateur, Brice Nikiema, ingénieur en informatique chez Hydro-Québec, a notamment évoqué l’intérêt de protéger les informations sensibles, entre autres par le chiffrement ou la dissimulation de certaines données personnelles lorsque leur utilisation n’est pas nécessaire.

Pour sa part, le Dr Marc Zongo a rappelé l’importance de la législation burkinabè relative à la protection des données à caractère personnel. Il a toutefois souligné que la question de la souveraineté dans l’usage de l’IA ne saurait se réduire à l’existence de textes juridiques. Elle suppose aussi des mécanismes internes de gouvernance, des compétences adaptées et une capacité à suivre les pratiques effectives.
Les participants ont par ailleurs évoqué la possibilité de soumettre certaines solutions numériques à des mécanismes de validation ou de certification, notamment lorsqu’elles interviennent dans des domaines sensibles. La nécessité de préciser les modalités de contrôle et d’audit des outils déployés a également été soulevée.
Un modèle qui reste à éprouver sur le terrain
Le secteur des médias a également été évoqué au cours des échanges. Le Dr Cyriaque Paré a rappelé que l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les rédactions suscite des réflexions sur l’élaboration de règles communes. Il a notamment fait état d’initiatives visant à mieux encadrer ces pratiques et à encourager les médias à se doter de chartes adaptées.

En réponse, le Dr Marc Zongo a précisé ne pas disposer, à ce stade, de cas concrets d’implémentation de l’IA dans des rédactions nord-américaines qu’il pourrait présenter comme références. Il a cependant indiqué s’intéresser à cette question dans le cadre d’un projet de recherche qui pourrait, à terme, permettre une comparaison entre les pratiques des médias du Nord et celles du Sud global.
Le conférencier a également reconnu les limites de sa proposition « Faso IA Souveraine ». Le modèle, présenté comme un cadre de réflexion, n’a pas encore été éprouvé sur le terrain. Sa validation nécessitera des expérimentations dans plusieurs organisations, afin de vérifier sa pertinence, de construire une grille d’autodiagnostic opérationnelle et d’évaluer la possibilité de l’adapter à d’autres secteurs ou contextes africains.
Au terme de sa présentation, le Dr Marc Zongo a défendu une conception de la souveraineté numérique qui associe maîtrise des usages, protection des données, développement des compétences et encadrement institutionnel. Pour lui, l’enjeu est de traduire les ambitions nationales en actions concrètes au sein des administrations, afin de faire de l’intelligence artificielle un outil maîtrisé au service de la modernisation de l’action publique.
Anita Mireille Zongo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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