Les services des douanes ont saisi 2 310 bâtons d’explosifs et 7 500 détonateurs au cours de deux opérations distinctes. Ces saisies ont été présentées à la presse par la Direction générale des douanes, ce mardi 27 octobre 2026, à Ouagadougou. Selon les explications fournies par les douaniers, les bâtons d’explosifs ont été découverts à la suite d’un accident impliquant un camion en transit transportant des boissons à destination de Ouagadougou. Le conducteur aurait tenté de dissimuler les produits avant d’être interpellé. La seconde opération a permis de saisir 7 500 détonateurs, conditionnés dans 75 boîtes de 100 unités chacune et transportés dans un car de transport en commun. Cette saisie fait suite à une filature qui a conduit à l’interpellation de deux personnes présentées comme impliquées dans l’affaire.

La route peut parfois réserver de mauvaises surprises. Soukaïlou Ouédraogo, chauffeur du camion transportant les explosifs, affirme avoir accepté d’acheminer une marchandise sans en connaître précisément la nature. Une décision qui l’a finalement conduit entre les mains des services de contrôle. Mais l’ignorance qu’il invoque ne suffit pas à dissiper toutes les interrogations. Selon ses explications, la marchandise lui aurait été confiée par une connaissance au Ghana, avec pour consigne de l’acheminer vers la frontière.

Soukaïlou Ouédraogo affirme avoir poursuivi son trajet avant de se retrouver dans une situation qu’il dit ne pas avoir maîtrisée. Il explique avoir paniqué lorsqu’il a découvert la nature des produits transportés. Pourtant, deux questions demeurent : pourquoi avoir franchi le poste douanier sans signaler la cargaison ? Et pourquoi avoir tenté de dissimuler les produits après le renversement du camion ? Interrogé sur ces points par le directeur général des douanes, Dr Yves Kafando, le conducteur évoque une commission qu’il avait acceptée. Il soutient que son interlocuteur ne lui avait pas donné toutes les informations sur le contenu du chargement.

« Il m’a juste dit que ce sont des produits que les orpailleurs utilisent dans les mines. Il ne m’a pas dit que c’était ça. Je pensais que c’était du cyanure. C’est lorsque le camion s’est renversé que j’ai su que c’était des dynamites. J’ai paniqué c’est la raison pour laquelle j’ai pris pour cacher », a-t-il laissé entendre.

Issa Sissao invite les contrebandiers à abandonner les trafics illicites

Confronté aux conséquences de cette affaire, Soukaïlou Ouédraogo dit regretter la situation dans laquelle il se trouve. Il appelle ses collègues et les autres acteurs du transport à ne pas suivre son exemple, au risque de se retrouver dans la même situation.

« A tous mes amis et collègues, mes patrons, ne faites pas comme moi car ce n’est pas une bonne affaire. Me voici aujourd’hui dans cette situation. Si je savais que ça allait être comme cela, je n’allais même pas commencer », a-t-il conclu.

Dans la seconde opération, consacrée à la saisie de 7 500 détonateurs, deux personnes, Issa Sissao et Sory, ont été interpellées. Face aux douaniers, Sissao affirme transporter régulièrement ce type de produits, qu’il dit dissimuler progressivement. Interrogé sur sa connaissance des dangers liés aux explosifs, il soutient que, dans son cas, les produits sont destinés aux sites miniers, où les orpailleurs les utiliseraient dans le cadre de leurs activités.

Toutefois, cette explication soulève des interrogations quant à la destination réelle de la cargaison. Les éléments présentés ne permettent pas, à eux seuls, d’établir que les détonateurs étaient effectivement destinés aux sites miniers évoqués par le mis en cause.

« Nous donnons ses produits aux orpailleurs. Le client est au Ghana. Nous achetons le colis avec lui et arrivé au Burkina nous prenons le colis pour vendre en Côte d’Ivoire », a-t-il dit.

Aperçu d’une boite de détonateurs

La réponse du présumé propriétaire ne convainc pas le directeur général des douanes. Ce dernier lui rappelle que le commerce vise la réalisation de bénéfices et non la perte. Il remet également en question la cohérence de l’itinéraire évoqué, qui relierait le Ghana au Burkina Faso, avant un acheminement des mêmes produits vers la Côte d’Ivoire pour leur commercialisation. Selon lui, ce circuit soulève des interrogations, notamment sur la logique commerciale consistant à acheminer des produits du Ghana vers le Burkina Faso avant de les réexpédier en Côte d’Ivoire pour les vendre.

De son côté, Issa Sissao lance également un appel aux personnes impliquées dans ces pratiques, les invitant à y mettre fin. « J’invite tous ceux qui sont impliqués dans le trafic illicite de produits explosifs à y mettre fin. Ce n’est pas une bonne chose, car le commerce de ces produits présente des dangers importants et peut avoir de graves conséquences. »

La saisie de ces produits est également l’occasion pour le directeur général des douanes de saluer la vigilance des agents sur le terrain. Dissimulés dans des cachettes aménagées, les bâtons d’explosifs et les détonateurs ont nécessité, selon lui, du professionnalisme et une attention particulière pour être découverts. Il met en garde les personnes qui persistent dans les pratiques de contrebande, malgré les appels à y mettre fin.

« ceux qui veulent tester le niveau de vigilance de nos agents le paieront à leurs dépens », prévient Dr Yves Kafando

« Ce sont des produits très nocifs, qui peuvent non seulement mettre en danger la vie des citoyens, mais également détruire l’environnement et mettre en péril les animaux », souligne-t-il. Tout en félicitant les agents pour leur engagement, il les exhorte à maintenir leur niveau de vigilance face aux stratégies de contournement des contrôles douaniers. Face à la persistance des pratiques de contrebande, Dr Yves Kafando annonce une volonté de renforcer la répression contre les contrevenants. Malgré les multiples appels à l’abandon de ces activités, certains importateurs et commerçants continuent de recourir à des stratégies de contournement des contrôles. Le responsable des douanes rappelle que des dispositions ont récemment été durcies par l’Assemblée législative du peuple afin de sanctionner davantage les pratiques susceptibles de mettre en danger la vie des citoyens.

« Nous avons passé le temps à appeler les faux importateurs et les contrebandiers à abandonner ces pratiques. Malheureusement, elles perdurent. Des dispositions ont donc été prises pour punir davantage les récalcitrants. J’invite ces derniers à y mettre fin, ceux qui pensent qu’ils peuvent utiliser des stratagèmes pour contourner le niveau de vigilance des agents le paieront à leurs dépens. Nos agents sont pleinement engagés et restent vigilants », prévient-il.

À travers ces deux opérations, les services des douanes réaffirment leur engagement dans la lutte contre la fraude et le trafic illicite. Ces saisies mettent en évidence l’importance des contrôles douaniers dans la détection et l’interception de marchandises susceptibles de présenter des risques pour la sécurité des populations.

Muriel Dominique Ouédraogo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net