
Le Burkina Faso et le Royaume des Pays-Bas entendent poursuivre leur collaboration dans le domaine de la gestion intégrée des ressources en eau. Une nouvelle convention de partenariat couvrant la période 2027-2030 a été signée entre l’Agence nationale des bassins hydrographiques (ANABH) et les agences de l’eau néerlandaises, dans le cadre du programme Blue Deal.
L’eau est une ressource indispensable à la vie, mais sa disponibilité, sa qualité et sa gestion constituent des préoccupations grandissantes, particulièrement dans les pays sahéliens. Au Burkina Faso, où les pressions sur les ressources hydriques se conjuguent aux effets du changement climatique, la question de leur gestion durable demeure un enjeu majeur. C’est dans cette perspective que le pays a engagé, depuis le milieu des années 1990, un processus de Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE). Cet engagement s’est progressivement traduit par la formulation et la mise en œuvre du Plan d’action pour la gestion intégrée des ressources en eau (PAGIRE), puis du Programme national de gestion intégrée des ressources en eau (PN/GIRE). Ce dernier vise à « contribuer durablement à la satisfaction des besoins en eau douce des utilisateurs et des écosystèmes aquatiques ».
Pour concrétiser cette ambition, le Burkina Faso s’est doté de structures chargées de la gestion des ressources hydriques, notamment les agences de l’eau, organisées en fonction des bassins versants du territoire national. C’est dans ce cadre que s’est développée une coopération avec les Pays-Bas, à travers leurs autorités chargées de la gestion de l’eau.
Engagée depuis plusieurs années, cette collaboration entre les acteurs burkinabè et néerlandais a notamment pris forme à travers le programme Blue Deal, un partenariat international soutenu par le ministère néerlandais des Affaires étrangères, le ministère des Infrastructures et de la Gestion de l’eau ainsi que les autorités néerlandaises chargées de l’eau (Dutch Water Authorities, DWA). Le programme ambitionne de contribuer à l’accès de 20 millions de personnes dans le monde à une eau propre, suffisante et sûre à l’horizon 2030. Il regroupe 17 partenariats dans 14 pays, dont le Burkina Faso.
C’est dans la perspective de consolider cette dynamique que l’Agence nationale des bassins hydrographiques (ANABH) et les agences de l’eau des Pays-Bas ont procédé à la signature d’une nouvelle convention couvrant la période 2027-2030. Une étape qui marque la volonté des deux parties de ne pas interrompre une collaboration jugée fructueuse, mais de capitaliser sur les expériences acquises.

Une coopération qui change d’échelle avec la création de l’ANABH
Cette nouvelle convention intervient dans un contexte de réorganisation institutionnelle du secteur de l’eau au Burkina Faso. En effet, les autorités burkinabè ont procédé à la création de l’Agence nationale des bassins hydrographiques, qui regroupe les anciennes agences de l’eau. Une évolution qui nécessite également une adaptation des mécanismes de coopération avec les partenaires techniques. Pour Boukaré Sabo, directeur général de l’ANABH, la signature de cette convention constitue l’aboutissement d’un processus visant à assurer la continuité des acquis. « Le Burkina Faso et le Royaume des Pays-Bas sont en bonne collaboration dans le domaine de la gestion intégrée des ressources en eau. À travers les agences de l’eau, les Pays-Bas et les agences de l’eau du Burkina ont longtemps collaboré », rappelle-t-il.
Il souligne que la première phase du programme Blue Deal arrive à son terme en 2026. La nouvelle convention vient ainsi ouvrir une autre séquence de collaboration, cette fois entre l’ANABH et les agences néerlandaises.
D’une durée de trois ans, de 2027 à 2030 selon les indications communiquées lors de la signature, elle prévoit des programmes d’activités annuels autour de plusieurs axes. Il s’agit notamment de l’accompagnement institutionnel, du renforcement des capacités et du partage d’expériences entre les deux parties. L’ambition est également de renforcer la mobilisation des ressources en eau et d’améliorer l’implication des populations dans leur gestion.
Pour Boukaré Sabo, il ne s’agit donc pas uniquement de poursuivre des échanges entre institutions, mais de rendre les interventions plus efficaces sur le terrain. « L’objectif, c’est d’améliorer la gestion intégrée des ressources en eau, d’accroître la mobilisation des ressources en eau, de mieux impliquer la population dans la gestion des ressources en eau à travers les partages d’expérience, les suivis des ressources en eau, et ainsi de suite », explique-t-il. La nouvelle convention devra ainsi permettre à l’ANABH de bénéficier de l’expérience néerlandaise tout en consolidant les compétences nationales nécessaires à une meilleure gouvernance des ressources hydriques.
Du dragage des barrages au suivi de la qualité de l’eau
Au-delà des engagements institutionnels, les responsables du programme mettent en avant des réalisations techniques obtenues au cours des précédentes années de coopération. Pour Etienne Nacoulma, coordinateur du Blue Deal au Burkina Faso, le partenariat a permis d’intervenir sur plusieurs problématiques concrètes liées à la gestion de l’eau. Les activités ont notamment porté sur le renforcement des capacités en matière de dragage, c’est-à-dire le curage des sédiments accumulés dans les retenues d’eau.
Cette question revêt une importance particulière dans un pays où les barrages et autres retenues constituent des infrastructures essentielles pour la mobilisation de l’eau. L’accumulation de sédiments peut en effet réduire les capacités de stockage et compromettre les usages auxquels ces ouvrages sont destinés. « Nous avons pu réaliser des activités en lien avec le renforcement des capacités pour les techniques de dragage, qui est le curage des sédiments sur les retenues d’eau », indique le coordinateur.
Le partenariat a également accompagné le suivi de la qualité et de la quantité des eaux de surface et des eaux souterraines. Un volet essentiel pour disposer de données permettant de mieux apprécier l’état des ressources disponibles et d’orienter les décisions en matière de gestion. À cela s’ajoutent l’élaboration de plans de gestion de l’eau et de documents de planification, ainsi que la mise en œuvre de projets pilotes reposant sur des solutions basées sur la nature.

Ces différentes interventions témoignent de la diversité des domaines couverts par le programme. Elles concernent aussi bien les compétences techniques que la planification, le suivi des ressources et la recherche de solutions adaptées aux réalités locales. Le Blue Deal a par ailleurs facilité des échanges entre le Burkina Faso et d’autres pays de la sous-région, notamment le Mali et le Ghana, autour de la gestion transfrontalière des ressources en eau.
Pour Etienne Nacoulma, la prochaine phase ne doit pas être comprise comme un nouveau départ, mais comme une occasion de consolider les acquis et d’en garantir la durabilité.
« Nous n’allons pas réinventer. Il s’agit de pouvoir consolider les acquis et de pouvoir, en tout cas, assurer qu’il y aura une durabilité », insiste-t-il. Cette orientation traduit une préoccupation importante : faire en sorte que les connaissances et les compétences développées au cours du partenariat puissent continuer à produire des résultats, au-delà de l’accompagnement des partenaires néerlandais.
Le changement climatique au cœur des préoccupations
La gestion des ressources en eau ne peut aujourd’hui être envisagée sans prendre en compte les bouleversements climatiques. Entre les variations de températures, les épisodes de sécheresse, les fortes pluies et les difficultés de conservation de la ressource, les pays doivent adapter leurs pratiques et leurs infrastructures. C’est l’un des aspects sur lesquels insiste Geert Jan Tink Brink, président de l’agence de l’eau Hunze en Aas et responsable du programme Blue Deal.
Évoquant les années de collaboration avec les acteurs burkinabè, il estime que le partenariat repose sur un échange de connaissances et de pratiques permettant de répondre aux difficultés rencontrées par les organisations chargées de la gestion de l’eau. « Nous les aidons avec les connaissances des Pays-Bas. Les défis ici sont très grands. Tout le monde sait que vous êtes des gens très professionnels qui savent ce qu’ils veulent, et nous les aidons avec les difficultés qu’ils ont sur l’eau », souligne-t-il.

Il cite notamment les problèmes liés à la qualité de l’eau, à la gestion des barrages et à l’entretien des retenues. Le dragage figure parmi les techniques sur lesquelles les partenaires partagent leurs expériences. Il évoque également les aménagements et les dispositifs permettant de préserver la qualité de l’eau et de mieux gérer les infrastructures hydrauliques.
Pour lui, le Blue Deal ne se limite pas à une assistance technique. Il repose également sur des valeurs de coopération, d’engagement et de solidarité entre les peuples. « Je pense que le Blue Deal, c’est l’implication, l’amitié, l’espoir. C’est atteindre les objectifs que vous voulez atteindre. L’eau est l’un des objets les plus précieux du monde », affirme-t-il.
Le responsable néerlandais rappelle que l’eau est indispensable à toute forme de vie et que sa protection dépasse les frontières nationales. Il établit également un parallèle entre les réalités climatiques des Pays-Bas et celles du Burkina Faso, où les températures peuvent être particulièrement élevées. Cette différence de contexte renforce, selon lui, la nécessité de partager les expériences et de développer des réponses adaptées aux réalités de chaque territoire.
Quatre axes pour renforcer la résilience du secteur
Du côté néerlandais, Ewoud de Jong Posthumus, gestionnaire du partenariat, précise les principaux domaines d’intervention autour desquels s’articule la coopération. Il évoque notamment l’amélioration de la gouvernance des ressources en eau, le suivi de leur quantité et de leur qualité, le développement des infrastructures hydrauliques ainsi que l’adaptation au changement climatique et l’inclusion sociale. Sur le volet du suivi, il s’agit de renforcer les capacités des acteurs à disposer d’informations fiables sur les ressources disponibles. Cette connaissance constitue un préalable à toute politique de gestion efficace.
L’amélioration des infrastructures représente un autre chantier important. Le gestionnaire du partenariat évoque notamment les digues, les stations de pompage et les équipements nécessaires à une meilleure maîtrise de l’eau.

La formation occupe également une place centrale dans cette approche. Les partenaires entendent accompagner le renforcement des compétences des professionnels, notamment des hydrologues, et contribuer à la formation de formateurs capables de transmettre durablement les connaissances acquises.
Enfin, l’adaptation climatique et l’inclusion sociale doivent permettre de mieux intégrer les enjeux environnementaux et humains dans les politiques de gestion de l’eau. « Nous travaillons avec des solutions naturelles pour bien gérer l’eau, mais nous accordons aussi du respect à la nature », explique Ewoud de Jong Posthumus. Cette approche souligne l’importance de ne pas dissocier la gestion des ressources hydriques de la préservation des écosystèmes. Elle invite également à considérer les besoins des populations dans les décisions relatives à l’accès et à l’utilisation de l’eau.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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