Chaque année en hivernage, circuler sans encombres dans certains quartiers de Ouagadougou relève d’un parcours de combattant. Les populations subissent avec impuissance l’état désastreux des routes qui se dégradent considérablement. La mairie est souvent accusée, à tort ou à raison, d’inaction face à cette situation. Pour mieux comprendre les raisons de cet éternel calvaire des populations ainsi que les mesures prises pour y remédier, nous avons tendu notre micro au directeur des infrastructures et de la mobilité urbaine à la Direction générale des services techniques municipaux (DGSTM) de la commune de Ouagadougou, Ibrahim Toé. Interview.

Lefaso.net : Avec la saison des pluies, on constate que dans de nombreux quartiers de Ouagadougou, les voies se dégradent. Qu’est-ce qui peut expliquer cette situation ?

Ibrahim Toé : Il est vrai que c’est le constat que l’on peut faire. Sur la majorité des voies à Ouagadougou, les usagers ont du mal à circuler. Ce qu’il faut dire, c’est que la ville de Ouagadougou est caractérisée par un relief plat. Les pentes sont faibles et l’écoulement des eaux pluviales n’est pas rapide. On peut aussi remarquer une insuffisance de caniveaux pour drainer l’eau de pluie. Le premier ennemi de la voie, c’est l’eau. Quand une voie reste longtemps imbibée d’eau, elle se dégrade très vite. L’eau fait en sorte que le matériel n’est plus cohérent. En plus de cela, dès que la saison pluvieuse s’installe, il devient difficile d’entretenir les voies. Quand le sol est humide, il faut attendre que ça sèche.

En voulant forcer, on peut plus dégrader la voie et les choses se compliquent. C’est ce qui fait que le constat est ainsi. Il ne faut pas oublier que Ouagadougou, c’est 2 300 km de routes ; 1 800 km sont en terre. De ces 1 800 km, environ 500 ont été construits. Cela veut dire qu’on a apporté de la latérite pour aménager et compacter convenablement. Le reste n’a pas été aménagé, si bien que quand il pleut, ce n’est pas simple. Pour ce qui est des voies bitumées, elles sont vieillissantes. Avec le trafic et les intempéries, elles se dégradent et il faut aussi prévoir l’entretien à ce niveau. La commune s’y emploie. Elle fait des efforts pour entretenir la voie. Mais vu l’ampleur de la situation, quand la saison s’installe, les efforts ne sont pas visibles. Il est non seulement difficile de travailler, et les voies se dégradent de partout.

En matière d’entretien de la voirie, quelles sont les obligations de la commune et des mairies d’arrondissement ?

Selon la loi 065-2009/AN du 21 décembre 2009 portant code général des collectivités territoriales, le domaine de l’entretien routier a été transféré à la commune de Ouagadougou. Seulement, il y a plusieurs transferts qui sont faits sans que les ressources financières ne les accompagnent. Aussi, quand l’Etat a des ressources, c’est le ministère des Infrastructures qui réalise les travaux d’entretien dans la ville de Ouagadougou. La commune assure principalement l’entretien sur toute la voirie, à l’exception des routes nationales et de la circulaire qui sont dévolues à l’Etat central, à travers le ministère des Infrastructures.

Y a-t-il des mesures prises par la commune pour prévenir la dégradation des voies ?

Les dégradations de voies sont des phénomènes normaux. Quand la voie est aménagée et qu’il y a beaucoup de trafics, avec les intempéries, il y a forcément des dégradations. Pour prévenir ces dégradations, la commune a mis en place deux équipes d’entretien des routes. Une équipe d’entretien des routes en terre, une autre d’entretien des routes bitumées. Ces équipes sont équipées d’engins pour prendre en charge l’entretien des routes dans la commune de Ouagadougou. Compte tenu du fait que le réseau routier de Ouagadougou est très vaste, on a profondément du mal à atteindre notre vitesse de croisière. Toutefois, le processus de renforcement des engins et des équipements se poursuit. Aussi, l’ennemi de la route étant l’eau, la commune a pris des mesures pour réhabiliter les caniveaux qui ne fonctionnent pas, sans oublier de les curer afin que l’eau ne reste pas sur la chaussée.

Quelle appréciation faites-vous des riverains qui prennent personnellement l’initiative d’arranger les voies de leurs quartiers ?

Il y a beaucoup de riverains et d’associations qui nous approchent pour contribuer à aménager les voies de leurs quartiers. A ce sujet, nous essayons de voir ce qu’on peut faire. On essaie quelques fois de leur trouver de la terre et eux les engins, et vice-versa. Pour ceux qui prennent cette initiative, on leur recommande toujours de nous en parler avant, pour que l’investissement soit durable. Si on les laisse faire à leur manière, ils peuvent utiliser une terre de mauvaise qualité. Cela va empirer l’état des voies et l’investissement aura été inutile.

Faut-il nécessairement que les populations manifestent le désir d’arranger leurs voies pour que la mairie s’investisse ?

Je rappelle à ce sujet qu’on a qu’une brigade pour toute la ville de Ouagadougou qui compte douze arrondissements. Nous fonctionnons sur la base d’un programme. Il y a des voies qui sont programmées pour être entretenues. Seulement, le rythme n’est pas celui voulu par les populations. Voilà pourquoi nous accompagnons les initiatives privées, pour soulager un tant soit peu les populations.

La dissolution des conseils municipaux a-t-elle un impact sur l’entretien des voies ?

La dissolution des conseils municipaux a eu un impact sur l’entretien des voies, car les matériaux que nous commandons pour l’entretien des routes ont eu un retard, compte tenu des événements qui sont survenues en début d’année. Cela ne nous a pas permis de réaliser certains travaux. En matière d’entretien, les travaux se font avant la saison pluvieuse. Sinon, la situation devient de plus en plus compliquée et on a du mal à travailler.

Quelles sont les difficultés qui entravent la bonne exécution de l’entretien des voies ?

Sur ce point, il faut citer d’abord l’insuffisance des ressources financières allouées à l’entretien des voies. Les dégradations sont plus constatées pendant l’hivernage et les interventions à cette période sont lentes et souvent inefficaces. Aussi, les remblais latéritiques sont rares. C’est une terre de qualité qu’on utilise pour les routes. On va de plus en plus loin pour la chercher. Les conditions d’exploitation de ces carrières-là sont aussi compliquées. Il y a aussi la circulation des poids lourds qui accélère le processus de dégradation de la voie. Pour les véhicules et les engins à deux roues, l’effet n’est pas assez significatif. C’est surtout les camions et les gros porteurs qui posent problème.

L’action de l’homme a-t-elle un impact sur l’entretien des routes ?

L’action de l’homme a un gros impact sur l’entretien des voies. Par exemple, dans les quartiers, les gens déversent les eaux usées sur la voie. Si vous remarquez bien à ce niveau, il y a des petits trous qui se forment. Au fur et à mesure qu’ils continuent de jeter l’eau, les trous s’agrandissent et la voie se dégrade beaucoup plus. C’est une pratique générale qu’on constate. Les gens voient et savent que ce n’est pas bien, mais ils continuent quand même.

Tous les ans, à la même période, le problème de la dégradation des voies se pose. Songez-vous à trouver une solution plus pérenne ?

La solution pérenne serait de construire des caniveaux. Il faut mettre l’accent sur le drainage des eaux de pluie pour éviter que l’eau ne stagne. Tant qu’on ne le fera pas, on aura toujours des difficultés à entretenir les voies. Présentement, la commune est en train de finaliser une stratégie d’entretien de la voirie. Des recommandations seront faites et un plan d’action sera dévoilé suivi d’une évaluation des ressources financières qu’il faut pour venir à bout de ce phénomène. A l’issue de cette stratégie, des plaidoyers seront faits afin d’obtenir des financements pour l’entretien de la voirie.

Quel est votre mot de fin ?

Nous comprenons la souffrance des populations qui doivent rouler sur des voies pas très carrossables. Il y a de l’eau qui empêche de passer à certains endroits. Nous sommes conscients de la situation et on essaie de faire tout ce qui est possible pour entretenir les voies. La ville est très grande et on ne peut pas être partout à la fois. Nous demandons la compréhension de la population. Nous l’invitons aussi à mettre la main à la pâte en participant au curage des caniveaux et à éviter de déverser les eaux usées sur la voie. Nous encourageons aussi les initiatives personnelles. Toutes ces mesures peuvent nous permettre de venir à bout de ce phénomène.

Propos recueillis par Erwan Compaoré

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Source: LeFaso.net