
L’avènement du coup d’Etat du capitaine Ibrahim Traoré le 30 septembre 2022 a fait place à d’énormes mouvements de protestation contre la présence de l’armée française sur le territoire burkinabè. Dans la même lancée, des actes de vandalisme ont été effectués sur les institutions françaises parmi lesquels on peut citer les Instituts français de Ouagadougou et de Bobo. Ce mercredi 12 octobre 2022, la presse a effectué une visite sur le site de Ouagadougou pour constater les dégâts.
Il était 14h35 lorsque nous arrivions sur les lieux. Côté est et ouest, des parapets avaient été érigés pour empêcher les usagers d’emprunter le tronçon. Seuls pouvaient passer ceux qui étaient invités à constater les dégâts suite au violent passage des manifestants sur les lieux le 1er octobre 2022. Attendaient là les forces de l’ordre et quelques journalistes qui affûtaient déjà leurs armes pour récolter quelques images. Mais déjà, pouvait-on constater un visage de l’institut complètement méconnaissable.

- Une vue de la bibliothèque saccagée par les manifestants
Sur le sol, gisaient les feuilles mortes des arbres, les plaques de l’institut et des pierres brisées. Sur le bâtiment, des fissures sont bien visibles sur les deux portes d’entrée-sortie et un énorme trou au milieu de la fenêtre indique la violence des coups qui se sont abattus sur elle pour la défoncer. Ce constat laissait déjà un bref aperçu des dégâts importants qui ont été fait.

Pendant que les uns et les autres s’impatientent de découvrir l’intérieur, Thierry Bambara, régisseur général de l’Institut français, s’approche des journalistes et leur fait signe qu’ils pouvaient avoir accès à l’institut. Il est 15h. Après être passé au service de contrôle, un a un, chacun se dirige vers l’entrée.

- Thierry Bambara précise qu’aucun bilan ne peut être établi pour l’instant
Une fois dedans, il faut d’abord quelques secondes pour se faire à l’idée qu’on n’est pas sur un champ de bataille tant le chaos est total. Rien n’est à sa place. Tout est désordonné. Aucune pièce n’a été épargnée. La guérite, l’administration, les médiathèques adulte et enfant, le centre de langue, les grands et petit Méliès, Campus France qui contenait les dossiers des étudiants, la salle d’exposition, la cafeteria, etc., rien n’a échappé au courroux des manifestants. Le sol est entièrement recouvert des détritus des fenêtres qui ont toutes volées en éclats. Les portes ont été violemment saccagées. Les ordinateurs et les imprimantes ont soit été emportés, soit été détruits. Les frigos ont été vidés de leurs contenus. Les livres sur les étagères ont été renversés. Dans certaines pièces, tout a été consumé par les flammes. Les meubles ont été calcinés. Il n’y reste que de gros tas de cendre et la méphitique odeur de brûlis qui visiblement n’est pas prête de s’estomper.

- La salle d’étude vidée de ses ordinateurs
Le directeur général de l’Institut lui a carrément refusé de s’exprimer. Interrogé sur l’évaluation des dégâts, le régisseur confie ceci : « Pour l’instant, on ne peut rien dire. Il faut d’abord établir un bilan pour déterminer ce qui reste et ce qui a été détruit. Ce que je sais, c’est qu’à mon niveau, des consoles ont été brûlées, les instruments de l’artiste Papa ont aussi été brûlés. Il avait un concert prévu ici le vendredi. »

- Les hommes de presse venus constater les dégâts sur le site de l’Institut français
Sur le visage des artistes présents sur les lieux, on pouvait lire la déception. « J’avais mon festival ici en début décembre. L’Institut français me donnait le local et la sonorisation. En tant que nouveau festival, il n’y avait pas de grands partenaires. Avec ce qui s’est passé, pour l’instant, on réfléchit à une autre alternative mais franchement, on ne sait plus comment gérer », se désole l’artiste musicien Kantala.
Les responsables de l’Institut n’ont donné aucune garantie que les lieux seront rouverts. Meme si c’est le cas, au vu de l’ampleur des dégâts, c’est parti pour un bon moment d’attente.
Erwan Compaoré
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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