Une mission conjointe composée de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du ministère en charge de l’agriculture et de l’eau, ainsi que de l’Ambassade de Belgique, a effectué une visite de terrain dans la région de Yaadga. Cette sortie du lundi 16 mars 2026, s’inscrit dans le cadre du suivi de la mise en œuvre du projet “GCP/BKF/068/BEL », dédié au renforcement de la sécurité alimentaire et de la résilience des populations face aux effets du changement climatique.

Après une première étape dans la région des Koulsé, la délégation s’est rendue dans le village de SongNaaba, dans la commune de Yako, province du Passoré, où elle a visité une ferme agroécologique d’une superficie d’un hectare. Aménagée en 2025 grâce à l’appui financier de la coopération belge, cette exploitation agricole bénéficie à environ soixante femmes, dont une trentaine de jeunes. Sur ce site, les productrices cultivent plusieurs spéculations maraîchères, notamment l’oignon, l’oseille, la tomate et le gombo.

« Grâce à l’appui de la FAO et de ses partenaires, nous parvenons aujourd’hui à subvenir à nos besoins ainsi qu’à ceux de nos familles », Philomaine Sawadogo, exploitante de la ferme agroécologique de SongNaaba

Selon les responsables du projet, une production d’environ 35 tonnes d’oignons est attendue dans les prochaines semaines, une performance qui devrait contribuer à renforcer les revenus des bénéficiaires et à améliorer l’approvisionnement des marchés locaux.

Présent lors de la visite, le ministre délégué chargé des ressources animales, Amadou Dicko, a salué les résultats enregistrés depuis le lancement de ce projet mis en œuvre par la FAO depuis 2023.

Le ministre délégué chargé des ressources animales, Amadou Dicko, lors de sa visite de la ferme agroécologique de SongNaaba et une exposition des échantillons des spéculations

Un bouli multiusage pour sécuriser les ressources en eau

La mission s’est également rendue dans la commune rurale de Bassi, dans la province du Zondoma, où un bouli multiusage d’une capacité de 30 000 m³ est en phase de finalisation. Destiné à améliorer la disponibilité de l’eau pour les activités agropastorales, l’ouvrage est accompagné de plusieurs infrastructures connexes, notamment un forage, un château d’eau, un bassin partiteur, un bassin piscicole et une borne fontaine.

Pour le représentant de la FAO au Burkina Faso, Ernest-Moïse Mushekuru, ce type d’infrastructure constitue une réponse concrète aux défis climatiques auxquels font face les communautés rurales.

Le bouli multiusage érigé dans le village de Saye, dans la commune rurale de Bassi pourra contenir 30 000 m3 d’eau

« Le bouli est un système qui permet de collecter les eaux qui vont bénéficier à la fois aux communautés d’agriculteurs et d’éleveurs pour leurs productions. Comme vous le savez, nous sommes dans un contexte où il y a la rareté des pluies en raison des changements climatiques. C’est pourquoi mobiliser aussi bien les eaux de surface que les eaux souterraines reste une grande priorité », a-t-il indiqué.

Selon le représentant de la FAO au Burkina Faso, la ferme communautaire en cours d’aménagement constitue un espace intégré de production au bénéfice des populations locales. Hommes et femmes y mèneront des activités de production maraîchère et vivrière, auxquelles s’ajouteront d’autres initiatives génératrices de revenus, notamment la pisciculture. Dans cette zone caractérisée par une forte présence de bétail, le bouli en cours de réalisation jouera également un rôle essentiel en permettant à des centaines de têtes de bétail de s’abreuver, contribuant ainsi à préserver la santé animale. Les acteurs s’attèlent actuellement à finaliser les dernières infrastructures prévues afin d’assurer une exploitation optimale des aménagements réalisés.

« Financée par le gouvernement belge, cette initiative s’inscrit dans la phase finale du projet, dont l’achèvement est prévu pour juin 2027 », Ernest-Moïse Mushekuru, représentant de la FAO au Burkina Faso (à droite)

Améliorer la sécurité alimentaire et préserver les écosystèmes

Le conseiller technique du ministre délégué chargé des ressources animales, Jean-Marie Batiébo, a affirmé que les aménagements observés s’inscrivent pleinement dans la vision du gouvernement visant à intensifier les productions agricoles et pastorales afin d’atteindre la souveraineté alimentaire. Il a rappelé que plusieurs plaines ont déjà été aménagées pour garantir une meilleure maîtrise de l’eau, citant notamment l’exemple de Dourou, dans la province du Passoré, où l’expérience permet désormais de produire au-delà de la seule saison des pluies.

Pour lui, le modèle de la FAO en cours de développement dans la zone constitue une innovation majeure. Malgré l’absence de barrage à proximité, toutes les stratégies sont mobilisées pour capter et valoriser les eaux de surface et les eaux souterraines. Cette approche permet non seulement d’assurer l’abreuvement du bétail dans une zone où l’eau se fait rare à certaines périodes, mais aussi de soutenir des activités de production maraîchère tout au long de l’année.

Le conseiller technique du ministre délégué chargé des ressources animales, Jean-Marie Batiébo a salué un dispositif qui ouvre de nouvelles perspectives économiques pour les communautés locales

Ce qui leur permettra d’effectuer deux à trois cycles de récolte par an grâce à la disponibilité de l’eau. Selon lui, cette dynamique correspond parfaitement à la politique gouvernementale en matière de développement rural et de résilience des populations. Il a par ailleurs exprimé la reconnaissance du gouvernement envers la FAO, partenaire de longue date, ainsi qu’à la Coopération belge qui finance ce projet innovant dans des zones dépourvues de grandes retenues d’eau. Souhaitant voir ce modèle reproduit dans d’autres localités du pays, il s’est dit confiant quant à la capacité des bénéficiaires à assurer la pérennité des infrastructures, saluant leur organisation communautaire et leur engagement déjà perceptible dans la recherche de solutions aux défis de leur village.

Pour sa part, l’attaché de coopération à l’Ambassade de Belgique, Olivier Savadogo, a exprimé sa satisfaction quant aux résultats enregistrés. Mandaté par l’ambassadeur de Belgique, il a indiqué que cette mission de suivi a débuté depuis vendredi dernier dans la commune de Korsimoro relevant de la région des Koulsé. La délégation a pu constater dans cette localité, précise-t-il, plusieurs réalisations similaires à celles observées dans la région de Yaadga, notamment des infrastructures hydrauliques destinées à soutenir les activités agricoles et pastorales.

Selon l’attaché de coopération à l’Ambassade de Belgique, Olivier Savadogo, après trois années de mise en œuvre, les résultats du projet sont concrets et encourageants

Les boulis multiusages visités jouent un rôle essentiel dans la gestion des ressources en eau, tout en contribuant au renforcement de la cohésion sociale au sein des communautés bénéficiaires. Financée à environ 5,1 millions d’euros, soit près de 3,345 milliards de francs CFA, l’initiative illustre l’engagement de la Coopération belge aux côtés des autorités burkinabè et de leurs partenaires pour soutenir la résilience des populations rurales et améliorer durablement leurs moyens de subsistance.

Un bilan marqué par des réalisations significatives

Après trois années de mise en œuvre (2023-2025), le projet porté par la FAO avec l’appui de la Coopération belge affiche des résultats significatifs en matière de cohésion sociale et de mobilisation communautaire. Au total, 60 clubs dénommés “Dimitra » ont été mis en place et accompagnés dans 20 villages, regroupant 1 800 membres dont 1 080 femmes. Ces espaces d’échanges ont favorisé le dialogue communautaire, la solidarité et le vivre-ensemble.

Dans cette dynamique, 96 leaders de clubs dont 70 hommes et 26 femmes ont été formés sur la prévention et la gestion des conflits afin de renforcer les mécanismes locaux de médiation. Les clubs ont également été dotés de 30 smartphones, facilitant les échanges interclubs et le partage d’expériences. Grâce à cette organisation, plusieurs initiatives endogènes ont vu le jour, notamment la construction de logements pour les écoles et centres de santé, la plantation d’arbres, la réalisation d’ouvrages de franchissement, le curage de boulis ou encore des campagnes de sensibilisation contre les grossesses précoces en milieu scolaire. Les membres des clubs Dimitra ont même contribué à la réhabilitation d’un bouli, illustrant leur engagement dans le développement local.

« L’initiative de la FAO en notre faveur est salutaire et nous allons nous organiser pour assurer un bon usage des ouvrages mis à notre disposition », Oumar Zallé, habitant du village de Saye dans la commune de Bassi

Le projet a également permis de renforcer les capacités économiques et organisationnelles des producteurs. Une étude diagnostique des bas-fonds et des ouvrages de mobilisation des ressources en eau a été réalisée afin d’orienter les investissements. Parallèlement, 20 CEAP/AVEC (groupements d’épargne et de crédit communautaires) ont été mis en place. Ces structures ont réussi à auto-mobiliser près de 16,7 millions de francs CFA, destinés à financer des activités génératrices de revenus au profit de leurs membres.

Dans le même temps, 600 agropasteurs membres des CEAP ont bénéficié de formations sur des pratiques agrosylvopastorales résilientes face au changement climatique. Le projet a en outre soutenu la dynamisation de trois fermes agroécologiques, grâce à des appuis en intrants, en formations et en suivi technique, tout en accompagnant la création de deux nouvelles fermes agroécologiques.

« Le château d’eau présenté à la mission de suivi du projet “GCP/BKF/068/BEL » mesure 10 mètres de hauteur », Issa Kindo, expert génie rural à FAO Burkina

Sur le plan productif, les résultats enregistrés témoignent d’un impact tangible sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des ménages. Les producteurs bénéficiaires ont enregistré une production de 2 350 tonnes de riz paddy au profit de 1 350 ménages, tandis que 1 321 tonnes de niébé ont été produites par 2 010 ménages. À cela s’ajoutent 652 tonnes de niébé fourrager pour 1 075 ménages et 920 tonnes de maralfalfa destinées à l’alimentation animale pour 660 ménages. Par ailleurs, 112 hectares de cultures maraîchères ont été aménagés et exploités par les communautés, contribuant à diversifier les sources de revenus et à améliorer la nutrition des populations rurales.

Enfin, des avancées notables ont été réalisées dans la gestion durable de l’eau et la protection de l’environnement. Une étude a été conduite pour la réalisation de neuf boulis et la réhabilitation d’un autre, tandis que six boulis et leurs ouvrages connexes sont actuellement en cours de réalisation. Le projet a également permis la réalisation de cinq nouveaux forages et la réhabilitation de cinq anciens forages, améliorant l’accès à l’eau pour les activités agricoles et pastorales. Dans le domaine environnemental, les agents communaux de l’environnement ont été formés à la protection de la biodiversité, tandis que les communautés ont été sensibilisées à la préservation des écosystèmes autour des sites des boulis.

« Le périmètre irrigué est alimenté par le bouli grâce à des motos pompes. L’eau du bouli devrait être disponible même pendant la période sèche », Daouda Adamou, chargé du contrôle des travaux

Un bosquet de deux hectares a par ailleurs été mis en place au profit de 120 membres. Pour les années à venir, plusieurs perspectives sont envisagées, notamment la réhabilitation de quatre boulis supplémentaires en 2026, la création du bosquet de Soundogo, la fourniture d’intrants de production agricole, halieutique et sylvicole, la mise en valeur des six complexes de boulis et le renforcement continu des capacités des acteurs locaux.

Mis en œuvre dans les régions de Yaadga, des Koulsé et du Liptako, le projet « GCP/BKF/068/BEL » d’une durée de 60 mois pour une cible de 16 350 ménages, vise à améliorer la sécurité alimentaire des populations tout en renforçant leur capacité d’adaptation aux effets du changement climatique. À travers la promotion de pratiques agroécologiques et la réalisation d’infrastructures de mobilisation de l’eau, l’initiative entend également contribuer à la préservation de la biodiversité et des écosystèmes, tout en soutenant les moyens de subsistance des communautés rurales.

Hamed Nanéma

Lefaso.net

Source: LeFaso.net