En marge de la Journée internationale des jeunes filles dans les TIC, célébrée chaque année le 24 avril, focus sur Salimata Sawadogo, ingénieure en informatique et doctorante en intelligence artificielle. Engagée pour une technologie plus sécurisée et inclusive, elle défend une implication active de l’Afrique dans la conception des solutions numériques, avec une attention particulière portée aux enjeux de sécurité dès leur élaboration.

À la frontière entre innovation technologique et exigences de sécurité, Salimata Sawadogo construit un parcours qui épouse les enjeux les plus sensibles du numérique moderne. Ingénieure de conception en informatique, spécialisée en sécurité et cybersécurité, elle mène en parallèle une thèse en intelligence artificielle appliquée à la sécurité du génie logiciel. Un double engagement qui traduit une ambition claire, contribuer à bâtir un écosystème numérique à la fois performant, sécurisé et adapté aux réalités africaines.

Au quotidien, son travail s’inscrit dans une logique d’anticipation. « Il ne suffit pas de créer des systèmes qui fonctionnent, encore faut-il qu’ils soient sécurisés », explique-t-elle. Concrètement, elle intervient dès la phase de conception pour définir des architectures robustes, choisir les mécanismes de protection, d’authentification, de chiffrement, de gestion des accès et d’identification des vulnérabilités potentielles avant même leur exploitation.

Dans un contexte marqué par la digitalisation croissante des services, cette approche préventive s’impose comme un impératif. « Une solution non sécurisée peut exposer toute une population », alerte-t-elle, insistant sur la nécessité d’intégrer la sécurité dès l’origine des projets technologiques.

Mais c’est du côté de la recherche que son travail prend une dimension encore plus stratégique. Dans le cadre de sa thèse, Salimata Sawadogo s’intéresse aux comportements des modèles d’intelligence artificielle, notamment les modèles de langage capables de générer du code.

Son objectif, comprendre pourquoi ces outils, de plus en plus utilisés dans le développement logiciel, produisent parfois du code vulnérable. Elle analyse leurs comportements, les biais et les incohérences pouvant conduire à des failles de sécurité.

À travers ces travaux, elle s’inscrit dans une problématique globale, à l’heure où l’intelligence artificielle s’impose comme un levier majeur de transformation, mais aussi comme une source de nouveaux risques. Pour elle, l’enjeu est clair : encadrer ces technologies pour en faire des outils fiables et responsables.

Salimata Sawadogo, ingénieure en cybersécurité et doctorante en intelligence artificielle appelle les jeunes à oser les métiers du numérique, à l’occasion de la Journée des jeunes filles dans les TIC

Rien ne prédestinait pourtant Salimata Sawadogo à évoluer dans ce domaine. Comme beaucoup de jeunes, elle découvre progressivement les métiers du numérique. Le déclic intervient au cours de ses études, face à la réalité des failles informatiques.

« Je me suis rendu compte qu’une simple erreur pouvait compromettre la sécurité d’un système entier », se souvient-elle. Une prise de conscience déterminante qui l’oriente vers la cybersécurité, un domaine encore peu investi par les femmes.

Aujourd’hui, elle revendique trois traits qui définissent son parcours : curiosité, détermination et engagement.

Son quotidien est rythmé par des tâches variées, entre analyse de données issues de modèles d’IA, lecture d’articles scientifiques et échanges avec des collègues pour résoudre des problématiques complexes. Une routine exigeante, qui nécessite rigueur, discipline et persévérance.

« En recherche, la rigueur est plus importante que la rapidité », souligne-t-elle, évoquant un épisode marquant de son parcours, un article scientifique finalement non soumis à la dernière minute, en raison d’incohérences détectées dans les résultats. Une expérience frustrante, mais formatrice, qui renforce son exigence scientifique.

À l’inverse, l’acceptation de son premier article dans une conférence internationale au Canada, en mars 2025, reste l’une de ses plus grandes fiertés. « C’était une reconnaissance de mon travail et une preuve que je pouvais contribuer à la recherche à l’échelle internationale », confie-t-elle.

Comme de nombreuses femmes évoluant dans les TIC, Salimata Sawadogo a dû faire face à des défis liés à la sous-représentation féminine dans son domaine. « L’un des plus grands défis a été de trouver ma place dans un environnement encore largement dominé par les hommes », reconnaît-elle.

Des obstacles qu’elle a appris à transformer en moteur. Entre doutes, syndrome de l’imposteur et exigences techniques élevées, elle insiste sur l’importance de la persévérance. « Le doute fait partie du processus. L’essentiel est de ne pas abandonner », affirme-t-elle.

Au-delà de sa trajectoire personnelle, Salimata Sawadogo porte une vision plus large : contribuer au développement du numérique au Burkina Faso et en Afrique. Actuellement engagée au sein du ministère de la Transition digitale, elle souhaite participer à la conception de solutions technologiques adaptées aux réalités locales.

« L’Afrique ne doit pas seulement consommer les technologies développées ailleurs. Elle doit aussi participer à leur conception, en intégrant dès le départ les enjeux de sécurité », plaide-t-elle.

Son ambition s’étend également à la formation des jeunes. À travers sa carrière académique en construction, elle envisage de devenir enseignante-chercheure, avec pour objectif de transmettre ses connaissances et d’encadrer la nouvelle génération.

Dans les années à venir, elle se projette dans une carrière scientifique active, avec une présence accrue dans les conférences internationales et les projets de recherche à fort impact, notamment à l’intersection de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et de l’éthique.

« Je veux faire entendre ma voix et contribuer à faire avancer l’Afrique dans ces domaines », affirme-t-elle.

À l’occasion de la Journée internationale des jeunes filles dans les TIC, son message aux jeunes est sans détour : « Osez vous lancer, même si vous n’avez pas toutes les réponses au départ ».

Elle insiste sur l’importance de la curiosité, du travail et de la persévérance dans la construction d’un parcours. « Rien n’est impossible à quelqu’un qui croit en lui », conclut-elle.

À travers son engagement et son parcours, Salimata Sawadogo incarne cette génération de femmes africaines qui investissent les métiers du numérique, non seulement pour y faire carrière, mais pour en redéfinir les contours, avec exigence, responsabilité et ambition.

Anita Mireille Zongo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net