
Circuler dans la ville de Ouagadougou est devenu plus qu’un calvaire ! C’est à croire que les innombrables campagnes de sensibilisation ne servent qu’à orner les écrans de nos téléviseurs. Il n’y a qu’à observer le trafic la nuit, lorsque l’électricité s’estompe, pour se convaincre que certains Burkinabè semblent pressés de mourir.
Dernièrement, la ville de Ouagadougou semble être devenue le théâtre d’une opération « Kou Taaaba ». L’électricité a décidé de faire des siennes et en circulation, tout est « yangmé » comme dans une salle de jeu de gamins de six ans. Malgré la présence du policier, du Volontaire adjoint de sécurité (VADS), du dos d’âne pour ralentir les plus téméraires, certains trouvent le malin plaisir de créer le danger, comme sous l’emprise d’esprits démoniaques.
Quand on répète aux usagers que la route tue, que la vitesse est meurtrière, que le problème n’est pas que l’on ait défendu de se suicider, mais qu’il faut éviter d’emporter avec soi ceux qui abandonnent leurs familles les matins en espérant les retrouver le soir, c’est à croire que certains réfléchissent avec leurs pieds. Ils se foutent éperdument des règles établies par la société pour réguler la circulation comme de l’an quarante.
Le comble, c’est lorsque tombe la nuit, que les feux tricolores cessent de fonctionner, et que la ville s’apparente à une boîte de nuit. Personne ne veut entendre raison dans ce cas de figure. On circule au hasard comme un Samo subitement excédé par sa calebasse de dolo, et on s’étonne après des conséquences dramatiques de ces actes. Que doit-on faire finalement ?
Pas plus tard que la semaine dernière, c’est aux abords de la route d’un quartier populaire de la ville de Ouagadougou qu’un quidam avait garé pour acheter des fruits. C’était son dernier souvenir avant de se retrouver à l’hôpital, d’où il retrouvera ses esprits un peu plus de deux heures après. Alors qu’il se faisait déjà tard et que la ville était sombre, quelqu’un a longtemps mûri l’idée de rouler sans phare, histoire de lui rappeler que la route appartenait à son papa.
Prince Zoetaba a chanté : « Wogdoug lebgua tieknik » (Ouagadougou est devenue technique). Mais à y voir de près, on pourrait pousser le bouchon plus loin, en disant que c’est déjà un miracle de quitter chez soi le matin et de rentrer sain et sauf le soir. Vitesse excessive, tolérance zéro, malgré les conditions qui ne s’y prêtent pas, doit-on rappeler que chaque fois que le courant se sauve, l’on doit redoubler de vigilance comme un escargot sur une autoroute ?
« Il faut bien que l’on meure de quelque chose », dit-on souvent. Mais voir le danger et foncer vers lui en mode « laisse guidon », comme le diraient les buveurs de Kimapouss au quartier, relève d’une absurdité inédite ! L’État ne peut pas mettre derrière chaque citoyen un policier pour le guider en circulation. Que chacun se fasse une raison car à l’allure où vont les choses, c’est à croire que la mort a bipé certaines personnes, mais qu’ils ont décidé de répondre à l’appel de manière groupée. Prudence !
Erwan Compaoré
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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