Portée par la direction de la vulgarisation et de la recherche-développement, l’action publique agricole s’appuie sur un ensemble de solutions concrètes pour améliorer les rendements et renforcer la résilience des producteurs. Semences améliorées, engrais spécifiques, techniques de gestion durable des sols et approches participatives structurent une dynamique visant à rapprocher les innovations des exploitations et à en favoriser l’adoption à grande échelle. Selon Daouda Zongo, directeur de la vulgarisation de la recherche-développement au ministère de l’Agriculture, l’enjeu est double pour atteindre les producteurs jusque dans les zones les plus reculées et favoriser l’adoption durable des innovations pour renforcer la productivité et la sécurité alimentaire.

Lefaso.net : Pouvez-vous nous présenter la direction de la vulgarisation et de la recherche-développement au sein du ministère de l’Agriculture ?

Daouda Zongo : La direction de la vulgarisation et de la recherche-développement est un des services de la direction générale de la production végétale. Cette direction de la vulgarisation a pour mission d’assurer le renforcement des capacités des acteurs de la vulgarisation et du conseil agricole, de promouvoir les bonnes pratiques agricoles et de la recherche-développement. Elle développe aussi des apports participatifs de vulgarisation et du conseil agricole, et également travaille avec les acteurs du développement pour la mise en œuvre des activités et des nouveaux apports.

Quelles sont les principales innovations agricoles issues de la recherche nationale que la direction promeut actuellement ?

Parmi les innovations, on peut citer d’abord les semences améliorées, qui contribuent à 40% au rendement. Donc, ces semences améliorées sur le mil, le riz, l’arachide. Il y a des variétés nouvelles que l’on est en train de promouvoir actuellement sur le terrain. Également, la recherche a mis au point aussi deux nouvelles formulations d’engrais qui sont spécifiques au maïs et au riz. Actuellement, nous sommes dans l’offensive agro-pastorale et halieutique, donc il faudra utiliser en tout cas des paquets technologiques pour qu’on puisse booster la production du riz et du maïs. Comme les innovations que nous sommes en train de promouvoir actuellement, j’ai parlé de l’essence améliorée.

Au-delà de ça, il y a également le système de rigidité intensive qui permet aux producteurs, quand ils repiquent à un brin, d’avoir beaucoup d’étal et de booster le rendement. Et également, c’est une technologie qui permet de faire face aussi aux aléas climatiques parce que l’on n’a pas besoin de beaucoup d’eau. En dehors de ça, il y a également la technique de bokashi, qui est une technique de compostage qui permet aux producteurs d’avoir du compost plus rapidement pour pouvoir le mettre dans le champ. Nous promouvons aussi le biochamps, qui est une nouvelle technologie qui permet d’améliorer la structure du sol et de retenir l’eau et les fertilisants pour la plante. L’année passée, nous avons acquis le polyter, puis mis à la disposition des producteurs. Dans ce contexte du changement climatique, le polyter, c’est un hydro rétenteur. Il permet de retenir le peu d’eau qui tombe pour les plantes. Ce sont autant de technologies que l’on promeut actuellement.

Avez-vous des approches spécifiques que vous utilisez pour vos activités sur le terrain ?

Actuellement, nous utilisons l’approche champs-école agro-pastorale, qui inclut la production végétale, la production animale et le pâturage. On peut dire que c’est une école sans murs, où les producteurs apprennent par des moyens d’expérimentation dans leur propre champ, et ils sont accompagnés par un facilitateur qui les guide à la recherche des solutions. Également, il y a l’approche conseil de gestion aux exploitations agricoles parce que qui dit production, parle de gestion de sa production, donc on accompagne également les producteurs à travers cette nouvelle approche. Il y a également l’approche d’animateurs endogènes, que l’on utilise sur le terrain actuellement, dans le souci de toucher en tout cas le plus grand nombre de producteurs par le conseil agricole. Il y a aussi l’approche SHEP que l’on promeut pour amener le producteur à la recherche du marché avant de le produire. C’est une approche qui est orientée vers le marché. Donc, ce sont ces approches que l’on utilise pour atteindre les producteurs et pour changer leur manière de faire.

« Pour la saison hivernale qui s’annonce, nous conseillons aux producteurs l’utilisation des semences de variétés améliorées », indique Daouda Zongo

Dans ce contexte de changement climatique, comment la recherche-développement arrive-t-elle à accompagner l’adaptation des pratiques agricoles ?

En tout cas, il y a plusieurs techniques qu’on utilise pour accompagner les producteurs. Déjà, par exemple, on peut parler des semences améliorées. Et qui dit semences améliorées parle des semences qui sont adaptées, qui ont des cycles courts, adaptés aux zones où il ne pleut pas assez. Il y a des semences, par exemple, dites résistantes ou tolérantes aux poches de sécheresse, que l’on conseille aux producteurs d’utiliser. Également, il y a des techniques de conservation des eaux et des sols, et de restauration également des sols avec lesquelles on accompagne les producteurs sur le terrain à mettre en œuvre. L’utilisation de la fumure organique permet de retenir aussi le peu d’eau qui tombe, dans les parcelles de terre. Il y a les aménagements avec des casiérages que l’on fait pour pouvoir conserver l’eau à la parcelle. Il y a ainsi une panoplie de techniques pour accompagner les producteurs pour pouvoir faire face aux changements climatiques actuellement.

Votre direction fait-elle face à des défis dans le cadre de la vulgarisation des technologies agricoles ?

Dans le cadre de la vulgarisation, nous rencontrons au moins deux défis majeurs à relever. Le premier défi, c’est de pouvoir atteindre le plus grand nombre de producteurs par le conseil agricole. Nous travaillons à ce que chaque producteur au Burkina puisse être atteint par le conseil agricole et qu’il puisse bénéficier des technologies qui sont développées. Le deuxième défi, c’est de parvenir à faire adopter les technologies que l’on vulgarise par le plus grand nombre de producteurs.

Quelle est la place qu’occupent les jeunes et les femmes dans vos programmes de vulgarisation et d’innovation agricole ?

Il faut dire que dans les programmes de vulgarisation et d’innovation, on ne fait pas de discrimination. Les femmes et les jeunes, en tout cas, occupent une part belle. La preuve en est que sur le terrain, quand on constitue des groupes pour faire passer les messages, également pour la mise en place par exemple des outils de vulgarisation, ce sont beaucoup les jeunes et les femmes qui sont les plus concernés.

Quelles sont vos priorités pour renforcer l’impact de la recherche et du développement sur la productivité, la sécurité alimentaire ?

Pour la saison hivernale qui s’annonce, nous conseillons aux producteurs l’utilisation des semences de variétés améliorées. Également nous travaillons à pouvoir distribuer les semences et les intrants à temps aux producteurs. Aussi, les accompagner également avec tous les paquets technologiques nécessaires pour une bonne production agricole.

Entretien réalisé par Farida Thiombiano

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Source: LeFaso.net