
Le football est le sport le plus populaire au monde et, en période de mondial, personne ne veut le snober et paraître ne rien avoir à voir avec, surtout les politiciens qui sont des amoureux des spots lumineux, toujours prêts à dire quelque chose pour être sous les projecteurs. En ce moment les journalistes aiment bien les amener sur le terrain du football. Malheureusement ils n’ont pas l’élégance de Michael Olise avec ses passes qui font marquer des buts. On a repéré deux politiciens qui parlent de football ces temps-ci pour vous.
Luiz Inácio Lula da Silva
Le premier de la liste est le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva qui s’est moqué de la star de l’équipe nationale de son pays, Neymar en disant de lui : « Neymar ? Il ne joue même pas ! C’est le premier joueur au monde appelé (en équipe nationale) pour faire du télétravail », a raillé le président du Brésil depuis 2023, après un premier passage au pouvoir entre 2003 et 2011. On apprécie à ces mots la place qu’a Neymar da Silva Santos Júnior dans le cœur du président. Ce qu’il feint d’ignorer, c’est que le joueur est blessé et est en récupération et pourrait jouer le prochain match de son pays. Le président Lula avait essayé d’influencer l’entraîneur Carlo Ancelotti en lui disant de sélectionner les joueurs selon leurs talents et non leur popularité.
Ce qui était une attaque, sans le nommer, de Neymar Jr., qui est le plus populaire des joueurs brésiliens sur les réseaux sociaux avec 100 millions d’abonnés sur Instagram et 99 millions sur Facebook. Beaucoup de gens n’aiment pas Neymar pour sa vie privée. Et le président brésilien en fait partie pour des raisons politiques, parce que Neymar avait fait campagne pour Jair Bolsonaro lors des élections présidentielles que ce dernier a perdu. Le citoyen Neymar a le droit de voter pour qui il veut et cela n’est pas rédhibitoire pour jouer au football. Dans ces beaux jours Neymar a des dribbles dans son sac et des buts qui peuvent être utiles au Brésil et régaler les fans du football du monde entier, Monsieur le président.
Ousmane Sonko
D’un président, passons à un autre. Celui-là est président de l’Assemblée nationale du Sénégal et compte les jours pour s’emparer du fauteuil de son ami qu’il a fait élire comme président parce qu’il ne pouvait pas se présenter à la présidentielle. Vous avez reconnu Ousmane Sonko qui a fait tomber Macky Sall et qui s’entretenait avec la presse française (RFI et France 24) avant le match France-Sénégal et à qui on a demandé son pronostic pour le match à venir. Après avoir porté son choix sur le Sénégal, il a pensé bien faire en faisant, comme il dit, un commentaire politique, en annonçant que, quel que soit le gagnant, c’est l’Afrique qui gagne. Il fait référence aux origines africaines de certains joueurs de l’équipe française à qui il retire leur nationalité française et leur choix conscient de jouer pour la France.
Ce faisant, il s’aligne derrière les politiciens français d’extrême droite qui ne reconnaissent pas le droit à ces joueurs nés en France, formés en France, d’être des Français. Ils prétendent, comme Éric Zemmour, que l’équipe de France ne représente pas la France. Ce que Sonko a dit aussi par son propos. C’est curieux, les conceptions politiques des dirigeants qui ignorent tout du football et de cette coupe du monde où les joueurs binationaux sont dans plusieurs équipes nationales : la France, l’Allemagne, les Etats unis, le Canada, etc. Dans l’équipe du Sénégal, il y a une dizaine de joueurs nés en France. Idem pour le Maroc qui a fait jouer onze joueurs non nés au Maroc pour son premier match. Ce qui est positif dans cette histoire de binationaux que les vues étriquées ne voient pas, c’est que le fait que le règlement donne cette possibilité aux footballeurs de jouer pour un autre pays que celui de leur naissance donne à cette Coupe du monde un éclat qu’elle n’aurait pas eu.
Des talents qui n’allaient pas pouvoir s’exprimer face à la concurrence rebondissent ailleurs et challengent admirablement des pays supposés plus forts. La France a placé 99 joueurs, soit 8 % des athlètes. Les Pays Bas comptent 67 joueurs nés sur son sol, l’Allemagne 50, l’Angleterre 49.
Sans les binationaux, Curaçao, cette petite nation de 160 000 habitants, ne se serait pas qualifiée pour le mondial. Sa sélection compte 25 joueurs, sur 26, nés aux Pays-Bas. Reprocher à la France d’avoir des joueurs d’origine africaine est vraiment un combat d’arrière-garde. Pour un politicien qui le fait, il ne devrait pas non plus faire appel à sa diaspora pour rester avec ses locaux. Laissons à chaque joueur le loisir d’utiliser ses talents pour se construire là où on a besoin de lui. Cela nous permet d’avoir de si bons matchs et rend les footballeurs meilleurs car le mondial est le rêve de chacun d’eux.
Sana Guy
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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