
Lors du séminaire destiné aux journalistes économiques de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), les 21 et 22 juillet 2026 à Dakar, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a levé le voile sur deux phénomènes : le faux monnayage et la prétendue affaire des billets noirs qui alimentent régulièrement fantasmes, rumeurs et escroqueries. À travers les explications de ses experts, l’institution a permis de mieux comprendre les mécanismes qui se cachent derrière ces mises en scène souvent spectaculaires.
Avant de s’intéresser au phénomène des billets noirs, les experts de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ont commencé par préciser ce que recouvre la notion de faux monnayage. Celui-ci désigne, selon eux, l’ensemble des infractions consistant à fabriquer, falsifier, détenir ou mettre en circulation de la fausse monnaie, avec l’intention de la faire passer pour authentique. La distinction est fondamentale, expliquent les spécialistes de la BCEAO. Une monnaie véritable est celle qui a été émise par l’institution légalement habilitée à le faire, en l’occurrence la BCEAO pour les États membres de l’UMOA. À l’inverse, tout billet fabriqué ou falsifié en dehors du circuit officiel constitue de la fausse monnaie.
Les experts de la Banque centrale invitent également à faire preuve de prudence face à certaines annonces spectaculaires faisant état de saisies de plusieurs milliards de francs CFA. Selon eux, rien qu’un ou deux milliards de francs CFA en billets authentiques, par exemple, représentent déjà un volume et un poids considérables. L’idée qu’une personne puisse simplement transporter une telle somme dans une simple valise devrait donc, à elle seule, susciter quelques interrogations.
Quand le papier devient « fortune »
C’est dans cet univers de mystère et de mise en scène qu’intervient le phénomène des billets noirs. Mais avant d’aller plus loin, les spécialistes de la BCEAO signalent que les devises les plus concernées par le phénomène sont le dollar et l’euro. Selon les explications fournies, cette forme d’escroquerie repose sur un scénario soigneusement préparé. Les escrocs utilisent des feuilles de papier découpées au format de véritables billets, auxquelles ils associent quelques vrais billets de banque. Ils présentent ensuite le procédé à leur victime comme une opération capable de transformer ces papiers noirs en véritables billets. Toute la supercherie repose sur cette démonstration destinée à donner de la crédibilité à l’opération.
Les spécialistes de la Banque centrale signalent que le décor lui-même participe à l’illusion. Les lieux choisis, les prétendus employés, le matériel présenté comme sophistiqué, les produits chimiques et les gestes savamment répétés. Tout est pensé pour donner au scénario les apparences d’un laboratoire clandestin ou d’un atelier spécialisé. « La victime assiste alors à une démonstration soigneusement orchestrée. Les billets authentiques, préalablement noircis, sont lavés sous ses yeux. Après séchage et diverses manipulations, ils réapparaissent comme des billets parfaitement valides. Pour la victime, la démonstration semble convaincante. Pourtant, le piège est déjà presque refermé.
Le rôle central des vrais billets
Pour les spécialistes de la BCEAO, toute la perversité de l’astuce réside dans ce que la victime voit effectivement fonctionner. La démonstration est réelle, mais l’interprétation qu’elle en fait est fausse. Les quelques billets utilisés au départ sont authentiques. Le procédé spectaculaire ne sert donc nullement à fabriquer de l’argent ; il sert plutôt à convaincre la victime que les escrocs disposent d’un savoir-faire ou d’une technique secrète permettant de produire de l’argent en quantité.
La promesse devient alors particulièrement séduisante. Les escrocs font croire à leur cible qu’en remettant quelques millions de francs CFA, elle pourrait récupérer plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de millions. Dans leur discours, précisent les experts de la BCEAO, le produit chimique présenté comme indispensable à l’opération est parfois associé au mercure ou à d’autres substances mystérieuses. Mais derrière ce vocabulaire pseudo-technique, se cache surtout une mécanique destinée à entretenir le mystère et à rendre crédible ce qui, en réalité, ne l’est pas.
L’argent disparaît, le « marabout » aussi
Selon les spécialistes de la BCEAO, le scénario connaît généralement une seconde phase, celle de la disparition. Après avoir remis, par exemple, cinq ou dix millions de francs CFA, la victime est invitée à revenir quelques semaines plus tard pour récupérer la somme qui lui a été promise. Mais à son retour, elle constate malheureusement que les vendeurs d’illusion ont disparu. Et avec eux, l’argent de la victime.
La victime peut hésiter à porter plainte tant l’escroquerie a fonctionné comme un coup de maître. Puisqu’elle a accepté de plein gré une opération illégale ou clandestine. Elle peut alors craindre de devoir expliquer aux enquêteurs pourquoi elle a remis plusieurs millions de francs CFA à des individus qui lui promettaient de multiplier son argent. C’est précisément cette zone de honte, de peur et parfois de culpabilité qui contribue à protéger les escrocs et à compliquer le signalement de ce type d’arnaque.
Ces « milliards » qui n’en sont pas
Le phénomène des « billets noirs » appelle donc à davantage de vigilance. Une importante quantité de papiers noirs, soigneusement découpés aux dimensions de billets de banque, peut produire un effet visuel impressionnant. Entassée dans une valise ou disposée en liasses, elle peut donner l’apparence d’une fortune considérable. Mais cette apparence ne lui confère aucune valeur monétaire. Les spécialistes de la BCEAO rappellent ainsi qu’une quantité importante de supports ressemblant à des billets peut être assimilée, dans le langage courant ou médiatique, à une importante somme d’argent. Or, un papier ne devient pas un billet de banque simplement parce qu’il en adopte le format ou l’apparence.
Dans un contexte où les trafics de faux billets peuvent se mêler à d’autres formes de criminalité, la vigilance ne concerne donc pas uniquement les banques, les douanes ou les forces de sécurité. Elle interpelle également le grand public. Les experts de la BCEAO interpellent sur le fait que la promesse de transformer quelques millions de francs CFA en dizaines ou en centaines de millions devrait davantage être considérée comme un signal d’alerte que comme une opportunité. Ainsi, derrière le mystère des prétendus « billets noirs », ce ne sont finalement pas des fortunes qui se créent, mais bien souvent l’argent des victimes qui disparaît.
Hamed Nanéma
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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