
En ce jourt où referment les portes de la phase officielle de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Aujourd’hui, nous mettons à l’honneur Mariam Congo, gestionnaire, actrice de la coopération numérique régionale et promotrice des données ouvertes, dont le parcours montre que la transformation digitale de l’Afrique se construit aussi par le dialogue, la coordination des acteurs et l’élaboration d’une vision commune.
À Ouagadougou, Dakar, Abidjan ou Lomé, les professionnels du numérique se retrouvent régulièrement autour des mêmes préoccupations. Comment développer des entreprises technologiques africaines plus compétitives ? Comment financer l’innovation ? Comment renforcer la souveraineté numérique ? Comment permettre aux pays de partager leurs expériences et de construire des solutions communes ? Et comment faire en sorte que les données produites par nos institutions deviennent de véritables ressources pour la recherche, l’économie et le développement ?
Ces questions ne se résolvent pas uniquement dans les laboratoires informatiques. Elles se discutent aussi dans les forums, les rencontres professionnelles, les négociations institutionnelles et les espaces de coopération. C’est dans cet univers que Mariam Congo a progressivement construit son engagement. Elle ne se présente pas comme une développeuse ou une ingénieure réseau. Son métier consiste plutôt à rapprocher des acteurs, coordonner des initiatives et contribuer à faire émerger des orientations collectives pour le numérique africain.
Une formation en gestion, une ambition tournée vers le développement
Le parcours académique de Mariam Congo commence dans les sciences économiques et la gestion. En 2022, elle obtient un Master 2 professionnel en sciences économiques et de gestion, spécialité transport et logistique, à l’Institut international de management de Ouagadougou. Elle poursuit ensuite sa formation à l’Université Senghor d’Alexandrie, en Égypte, où elle obtient, en mars 2024, un diplôme universitaire en recherche de financement et gestion des partenariats.
Ces formations dessinent déjà un profil orienté vers l’organisation et le développement des projets. Car une initiative, même pertinente, ne devient pas automatiquement une réalisation. Il faut identifier les partenaires. Construire un budget. Mobiliser des financements. Coordonner les intervenants. Et assurer la continuité du travail. Dans le numérique comme ailleurs, ces compétences sont essentielles.
2021 : Premiers pas dans l’univers du numérique et de la gouvernance de l’Internet
C’est entre 2021 et 2022 que Mariam CONGO amorce son parcours de spécialisation dans le domaine du numérique, en découvrant les enjeux de la gouvernance de l’Internet, du chiffrement et de la cybersécurité. En août 2021, elle participe à une formation de formateurs sur la gouvernance de l’Internet, organisée par l’ONG ITICC en collaboration avec Internet Society, à l’issue de laquelle elle obtient un certificat FFGI. Cette première expérience lui permet de mieux comprendre le fonctionnement de l’écosystème numérique, le rôle des différentes parties prenantes et l’importance de la coopération multipartite dans le développement d’un Internet ouvert, inclusif et accessible à tous.
En septembre 2022, elle franchit une nouvelle étape en intégrant la formation en référent digital de la Fabrique Simplon Burkina, dans le cadre du programme Tech4Sahel, dédié à la formation aux métiers du numérique dans trois pays du Sahel. À l’issue de ce parcours, elle obtient une certification qui lui permet d’acquérir les premières compétences pratiques en outils numériques, en communication digitale et en accompagnement des organisations dans leurs usages technologiques.
Ces premières expériences constituent le socle de son engagement progressif dans l’écosystème numérique et éveillent son intérêt pour les enjeux de transformation digitale, de gouvernance numérique et de développement technologique en Afrique.
Entre janvier 2022 et février 2023, Mariam Congo travaille chez DIGITALES SARL, à Ouagadougou, comme coordinatrice des actions et des initiatives. Elle y pilote des projets à impact social et numérique, contribue à l’élaboration de plans d’affaires pour des projets agricoles et sociaux et intervient dans la communication digitale d’ONG et de réseaux panafricains.
Cette expérience l’amène à considérer le numérique sous l’angle de ses applications concrètes. Une organisation peut utiliser les outils digitaux pour mieux communiquer. Un projet agricole peut bénéficier d’une meilleure structuration de ses activités. Une association peut toucher des partenaires au-delà de son territoire. Le numérique apparaît alors moins comme un secteur isolé que comme un instrument au service d’autres secteurs. Cette vision transversale deviendra l’une des caractéristiques de son parcours.
2023 : rejoindre le ROP-TIC et changer d’échelle
En février 2023, Mariam Congo devient secrétaire exécutive du Regroupement des Organisations Professionnelles des TIC des pays membres de l’UEMOA, le ROP-TIC, dont le siège est à Ouagadougou. Ses responsabilités comprennent la coordination de projets régionaux consacrés à la souveraineté numérique, à la gouvernance des TIC et à la transformation digitale. Elle participe également aux dialogues entre secteur public, secteur privé et institutions internationales, ainsi qu’à l’organisation de rencontres régionales de haut niveau.
Le changement d’échelle est considérable. Il ne s’agit plus seulement d’accompagner un projet ou une organisation. Il faut désormais travailler avec des acteurs appartenant à plusieurs pays, évoluant dans des environnements institutionnels et économiques différents. Les entreprises ont leurs attentes. Les administrations ont leurs priorités. Les partenaires financiers ont leurs exigences. Et les professionnels du numérique souhaitent disposer d’un environnement favorable à leur développement. Le rôle de coordination consiste à faire avancer ces préoccupations vers des objectifs communs.
Le SIPEN UEMOA : un espace où les écosystèmes se rencontrent
De Dakar à Ouagadougou, en passant par Abidjan et Lomé, Mariam CONGO prend part, de 2023 à 2026, à l’organisation des différentes éditions du Salon international des professionnels de l’économie numérique de l’UEMOA (SIPEN UEMOA). En sa qualité de Secrétaire exécutive du Réseau des organisations professionnelles des technologies de l’information et de la communication de l’UEMOA (ROP-TIC UEMOA), elle accompagne les pays hôtes dans la préparation et la coordination de cet événement régional, en représentant le réseau auprès des acteurs nationaux impliqués dans l’organisation.
À chaque édition, elle apporte son appui au pays organisateur en assurant le relais du ROP-TIC UEMOA et en contribuant à la coordination des activités, à la concertation avec les parties prenantes et à la mobilisation des acteurs de l’écosystème numérique. Cette implication successive à Dakar, Abidjan, Lomé et Ouagadougou lui permet de participer à une dynamique de coopération régionale fondée sur le partage d’expériences, la mutualisation des compétences et le renforcement des liens entre les organisations professionnelles du numérique de l’espace UEMOA.
Au fil de ces éditions, Mariam CONGO consolide son expérience en matière de gestion de projets, de coordination événementielle et de relations institutionnelles dans un environnement multisectoriel et sous-régional. Son rôle consiste notamment à faciliter les interactions entre le ROP-TIC UEMOA, les équipes locales d’organisation et les différentes parties prenantes, afin de contribuer à la cohérence des initiatives portées dans le cadre du salon.
Chercher des financements pour les ambitions numériques
En juin 2023, Mariam Congo participe à Lomé à une session de travail entre le ROP-TIC et la Banque ouest-africaine de développement, la BOAD. Selon son CV, ces échanges ont abouti à la signature d’un accord-cadre de coopération relatif à la mise en place d’un fonds régional TIC, dont la mise en œuvre était encore en cours au moment de la rédaction du document.
L’enjeu est fondamental. Les ambitions numériques nécessitent des ressources. Une startup peut disposer d’une solution prometteuse et manquer de financement pour changer d’échelle. Une entreprise peut vouloir investir dans une infrastructure sans pouvoir mobiliser seule les moyens nécessaires. Un écosystème peut multiplier les initiatives sans parvenir à les soutenir durablement. La coopération entre organisations professionnelles et institutions de financement devient alors un levier potentiel de développement. Cette mission rejoint directement la formation de Mariam Congo en recherche de financement et gestion des partenariats.
Les données ouvertes : une autre manière de penser le développement
À partir de 2025, un autre sujet prend une importance particulière dans son parcours : l’Open Data, ou les données ouvertes. En avril de cette année-là, elle suit une formation consacrée à la science ouverte pour le développement. Elle est ensuite distinguée comme « Championne de l’Open Data 2025 » par la Communauté d’Afrique francophone des données ouvertes, CAFDO/Open Burkina, selon son CV.
Mais de quoi parle-t-on exactement ? Les données ouvertes sont des informations mises à disposition dans des conditions permettant leur consultation, leur réutilisation et leur partage, sous réserve notamment des règles de protection applicables. Elles peuvent concerner l’éducation, l’agriculture, l’économie, la recherche ou les services publics. Leur intérêt ne se limite pas à la transparence.
Des données accessibles et fiables peuvent aider un chercheur à analyser un phénomène, un entrepreneur à concevoir un service ou une institution à mieux comprendre une situation. Encore faut-il qu’elles existent, soient correctement organisées et puissent être réutilisées. C’est sur cet enjeu que Mariam Congo choisit d’approfondir sa réflexion.
2026 : un livre blanc pour penser les données à l’échelle de l’UEMOA
En 2026, Mariam Congo franchit une nouvelle étape en publiant un ouvrage intitulé : « Livre blanc pour une stratégie sous-régionale des données ouvertes dans l’UEMOA : Rendre la recherche accessible ». Publié aux éditions Plum’Afrik, au Burkina Faso, l’ouvrage est identifié dans son CV par un ISBN et un dépôt légal daté du 11 mai 2026.
Le titre est révélateur de son approche. Il ne s’agit pas seulement de promouvoir les données ouvertes dans un pays. L’ambition affichée est sous-régionale. Elle invite à réfléchir à la manière dont plusieurs États pourraient mieux organiser l’accès aux données et leur utilisation, notamment pour la recherche. Ce document marque une évolution : Mariam Congo passe de la participation aux discussions sur la gouvernance numérique à la production d’une contribution écrite consacrée à l’un de ses enjeux structurants.
Faire une place aux femmes dans les discussions technologiques
L’engagement de Mariam Congo concerne également la place des femmes dans les transformations numériques. En avril 2025, elle intervient comme panéliste à l’International Women’s Day organisé par Women Techmakers Ouaga. Le thème de la rencontre porte sur l’intelligence artificielle générative et l’esprit critique, avec une réflexion sur les possibilités offertes aux femmes dans la technologie.
Cette participation éclaire une autre dimension de son parcours. La place des femmes dans le numérique ne se résume pas à leur accès aux formations techniques. Elle concerne aussi leur présence dans les espaces de décision, les organisations professionnelles, les conférences et les discussions sur les politiques publiques. Les femmes doivent pouvoir participer non seulement à l’utilisation des technologies, mais également aux débats qui orientent leur développement. Mariam Congo contribue à cette présence par son activité professionnelle et ses interventions publiques.
Du Burkina Faso aux espaces de dialogue internationaux
Son CV témoigne également d’un intérêt plus large pour les enjeux de gouvernance, de paix et de développement. Elle participe notamment aux éditions 2023 et 2025 du Lomé Peace and Security Forum, au Togo. En mai 2025, elle prend part virtuellement au Sommet de la jeunesse de la Banque mondiale, consacré à l’innovation portée par les jeunes pour une planète vivable.
Ces expériences dépassent le seul secteur des TIC. Elles correspondent toutefois à la manière dont elle définit elle-même son ambition professionnelle : contribuer à une gouvernance plus inclusive, à la coopération régionale et au développement durable. Le numérique apparaît ainsi comme l’un des instruments d’un projet de développement plus large.
De Ouagadougou à Stavropol : élargir la réflexion économique
En 2026, Mariam CONGO franchit une nouvelle étape en entamant un cycle doctoral en économie à l’Université d’État agraire de Stavropol, en Fédération de Russie, avec une spécialisation en économie régionale et sectorielle.
Ses travaux de recherche portent sur la modélisation économétrique et la prévision du développement du secteur agricole au Burkina Faso face aux chocs climatiques et sécuritaires, à l’aide des technologies numériques. Cette recherche vise à analyser les dynamiques économiques du secteur agricole, à évaluer les effets des chocs climatiques et sécuritaires sur son évolution et à explorer les apports des outils numériques dans l’amélioration des capacités de prévision et d’aide à la décision.
À travers cette démarche, Mariam CONGO entend contribuer à la production de connaissances scientifiques susceptibles d’éclairer les politiques agricoles et de renforcer les capacités d’anticipation des risques, dans une perspective de développement agricole durable au Burkina Faso.
Une autre manière de construire le Burkina numérique
Le parcours de Mariam Congo rappelle une réalité parfois oubliée. L’économie numérique ne se construit pas uniquement grâce aux développeurs, aux ingénieurs et aux entrepreneurs technologiques. Elle a également besoin de personnes capables d’organiser les échanges entre ces acteurs. De mobiliser des partenaires. De coordonner des initiatives. De porter des sujets dans les espaces de dialogue. Et de transformer des préoccupations partagées en propositions de coopération.
C’est cette fonction d’interface que Mariam Congo exerce à travers le ROP-TIC et ses engagements autour de la souveraineté numérique et des données ouvertes. Elle appartient à une génération de professionnels pour laquelle les frontières entre numérique, économie, politiques publiques et coopération régionale deviennent de moins en moins étanches.
Pourquoi fait-elle partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce que Mariam Congo contribue à une dimension essentielle de la transformation numérique : la coopération entre les acteurs qui construisent les écosystèmes technologiques.
Parce qu’à travers ses responsabilités de secrétaire exécutive du ROP-TIC, elle participe à la coordination d’initiatives régionales sur la souveraineté numérique, la gouvernance des TIC et la transformation digitale.
Parce qu’elle a contribué à l’organisation de plusieurs éditions du SIPEN, de Dakar à Ouagadougou, en passant par Abidjan et Lomé, favorisant ainsi les rencontres entre professionnels du numérique ouest-africain.
Parce qu’elle s’intéresse aux mécanismes de financement et aux partenariats susceptibles de soutenir les ambitions numériques de la région.
Parce que son engagement en faveur des données ouvertes, reconnu par une distinction en 2025, s’est prolongé par la publication, en 2026, d’un livre blanc consacré à une stratégie sous-régionale dans l’espace UEMOA.
Parce qu’elle participe également aux discussions sur la place des femmes dans les technologies et sur les liens entre innovation, gouvernance et développement.
Et parce que son parcours rappelle que la souveraineté numérique africaine ne peut pas se résumer à une somme d’initiatives nationales isolées. Elle suppose aussi des réseaux de coopération, des connaissances partagées et des espaces où les pays peuvent réfléchir ensemble à leurs priorités.
Avec Mariam Congo, le Burkina numérique ouvre ses frontières. Il rappelle que construire l’avenir digital de l’Afrique, c’est aussi apprendre à dialoguer, à partager les données et à transformer les ambitions nationales en projets collectifs.
Source: LeFaso.net
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