
Face à la flambée des prix des engrais et aux perturbations des marchés internationaux, l’Afrique doit repenser sa dépendance aux intrants agricoles importés. Et si une partie de la solution se trouvait dans les ressources dont elle dispose déjà ? Longtemps associés à la production d’énergie propre, les biodigesteurs offrent également des perspectives prometteuses pour restaurer la fertilité des sols, soutenir les producteurs et renforcer la résilience des systèmes alimentaires.
Des crises internationales qui fragilisent l’agriculture africaine
Les récentes tensions autour du détroit d’Ormuz ont une nouvelle fois révélé la vulnérabilité des systèmes alimentaires africains face aux chocs extérieurs. Selon l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), le prix de l’urée, l’un des engrais azotés les plus utilisés en agriculture, a quasiment doublé en quelques semaines, tandis qu’environ 3,9 millions de tonnes d’exportations d’urée en provenance des pays du Golfe ont été suspendues. Pour les producteurs africains, ces perturbations se traduisent par un accès plus difficile aux engrais et une augmentation des coûts de production. La hausse des prix de l’énergie renchérit également le transport des intrants et des denrées alimentaires, accentuant les risques pour la sécurité alimentaire. Après la pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine, cette nouvelle crise rappelle une réalité : la forte dépendance aux engrais importés constitue une fragilité structurelle pour l’agriculture africaine.
Si les engrais minéraux demeurent indispensables à la productivité agricole, leur utilisation peut être complétée par des solutions locales. La valorisation des ressources organiques apparaît ainsi comme une piste stratégique pour diversifier les sources de fertilisation et réduire l’exposition des producteurs aux fluctuations des marchés internationaux.
Les biodigesteurs : de l’énergie propre aux engrais organiques
C’est précisément là que les biodigesteurs présentent un intérêt particulier. En transformant des matières organiques, notamment les déjections animales, ils produisent deux ressources utiles : le biogaz, une énergie renouvelable, et le digestat, un résidu riche en éléments nutritifs valorisable en agriculture. Utilisé directement ou transformé en compost enrichi en digestat, ce fertilisant organique contribue à améliorer la structure des sols, leur capacité de rétention d’eau et la disponibilité des nutriments pour les cultures.
Le biodigesteur ne produit donc pas seulement de l’énergie : il contribue également à nourrir les sols qui nourrissent les populations.

Au fil des années, SNV et ses partenaires ont travaillé à faire évoluer le biodigesteur d’une solution principalement destinée à la cuisson domestique vers une technologie productive, capable de contribuer à plusieurs dimensions du développement rural. Le biodigesteur, ce n’est pas seulement du gaz pour cuisiner. C’est aussi la possibilité, pour un éleveur, de valoriser les déjections animales ; pour un agriculteur, de disposer d’un fertilisant organique ; pour un entrepreneur, de développer une activité économique ; et pour un ménage, de réduire certaines dépenses tout en améliorant ses conditions de vie.
Cette double fonction présente un intérêt majeur pour les exploitations agricoles africaines. Elle permet de valoriser des ressources locales souvent sous-utilisées, de réduire certaines dépenses en engrais et en combustible et de renforcer la résilience des producteurs face aux aléas climatiques et économiques. Au-delà des exploitations, le développement du marché des biodigesteurs ouvre également des perspectives économiques pour les entreprises de construction, les artisans, les producteurs de compost et les prestataires de services agricoles.
Au Sahel, des solutions locales au service de la souveraineté alimentaire
Dans les pays sahéliens, le défi agricole ne se limite pas à l’accès aux engrais minéraux. L’appauvrissement des sols en matière organique constitue également un obstacle majeur à la productivité, particulièrement dans un contexte de sécheresses récurrentes et de variabilité climatique.
Même avec des engrais minéraux plus accessibles, de nombreux sols auraient besoin d’apports supplémentaires en matière organique pour mieux retenir l’eau et les nutriments.
Les expériences menées au Burkina Faso, au Mali et au Niger montrent l’intérêt des biodigesteurs dans cette dynamique. Leur développement, lorsqu’il s’appuie sur des organisations de producteurs, des mécanismes de financement et des entreprises locales, peut contribuer à améliorer durablement les systèmes de production agricole. Au Burkina Faso, cette approche fait particulièrement écho à la vision de souveraineté alimentaire, qui accorde une place importante à la valorisation des ressources et des savoir-faire locaux.
Dans cette dynamique, les biodigesteurs illustrent le potentiel des solutions endogènes : transformer des ressources organiques disponibles localement en énergie et en fertilisants, pour soutenir la production agricole et réduire progressivement la dépendance aux intrants importés. Une manière concrète de faire des ressources locales un levier de souveraineté alimentaire.
Forte de trois décennies d’expérience dans le développement du secteur, SNV a contribué à l’installation de plus d’un million de biodigesteurs en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Cette expérience souligne l’importance d’un marché structuré, reposant sur la qualité des installations, l’accès au financement, les services après-vente, la formation des utilisateurs et des politiques publiques favorables.
Faire des biodigesteurs un levier de résilience et de souveraineté alimentaire
Les biodigesteurs ne remplaceront pas totalement les engrais minéraux et ne résoudront pas, à eux seuls, les défis de la sécurité alimentaire en Afrique. Mais leur contribution mérite d’être davantage reconnue dans les politiques agricoles et les stratégies de développement des systèmes alimentaires. Pour les gouvernements, les partenaires techniques et financiers et les acteurs du développement, l’enjeu est désormais de soutenir leur déploiement à plus grande échelle et de mieux intégrer la valorisation du digestat dans les filières d’approvisionnement en intrants agricoles.
Car la souveraineté alimentaire ne se construit pas uniquement dans les champs, mais aussi dans notre capacité à valoriser les ressources dont nous disposons. En transformant les déchets organiques en énergie et en fertilisants, les biodigesteurs démontrent que certaines réponses aux défis agricoles africains peuvent aussi émerger de solutions développées à partir des ressources locales.
Références
• Vos, R. (2026). Iran war : From fertiliser to food crisis ? IFPRI. https://www.ifpri.org/blog/iran-war-from-fertiliser-to-food-crisis/
• SNV (2025). The positive impacts of biodigesters. https://admin.snv.org/assets/the-positive-impacts-of-biodigesters.pdf
• Van Berkum, S., Dengerink, J. et Ruben, R. (2018). The food systems approach : sustainable solutions for a sufficient supply of healthy food. Wageningen Economic Research. https://edepot.wur.nl/451505
Contact Presse : +226 25 40 92 63 ; sbacye@snv.org ; www.snv.org
Source: LeFaso.net


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