A la suite de Léonce Koné, c’est maître Hermann Magloire Yaméogo qui s’est présenté, dans l’après-midi de ce vendredi 19 octobre 2018, à la barre. Tout comme son prédécesseur, il est poursuivi pour deux faits. Il s’agit de la complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et des coups et blessures volontaires sur 42 personnes. L’accusé a répondu au juge Seydou Ouédraogo, après la lecture des charges qui pèsent contre lui, qu’il ne reconnaissait pas les faits. Ainsi, il a été invité à s’expliquer.

Avant tout propos, Me Hermann Yaméogo a estimé qu’on aurait gagné en passant par une justice transitionnelle. Véritable opposé aux tribunaux militaires, l’accusé a tout de même tenu à féliciter le président du tribunal pour la qualité de la gestion de la police de l’audience. Pour ce qui le concerne, il a estimé que pour entrer en politique, il faut s’attendre à vivre avec la haine, l’injustice de la justice, la prison et même la mort. Tous ces maux, il les a vécus, et a même frôlé de peu la mort. Mais tout cela ne l’a pas empêché de continuer son combat pour la démocratie. Après l’insurrection qui a été violente, il était avec d’autres politiciens afin de mettre en place une coalition pour participer aux élections qui étaient annoncées.

Il était donc convenu de trouver des financements. C’est ainsi que Emile Kaboré, Léonce Koné, lui et d’autres personnes se sont mis à la tâche. Des relations sont nouées à l’étranger dont la Côte d’Ivoire. C’est dans ce laps de temps qu’est survenu le coup d’Etat. Le 16 septembre 2015, dans l’après-midi, il apprend l’arrestation des autorités de la Transition.

Le 17, il appelle le colonel-major Keré qui lui dit que c’est un coup d’Etat. Il est rejoint par Emile Kaboré, Léonce Koné et d’autres personnes, pour une rencontre avec le général Diendéré au palais de Kosyam. Sur place, le chef de la junte laisse entendre qu’ils ont été obligés d’intervenir à cause des problèmes avec le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et l’exclusion de certaines personnes des élections.

Le 18 septembre 2015, il participe à la rencontre avec les chefs d’Etat de la CEDEAO. Hermann Yaméogo a-t-il été signataire de la déclaration de soutien au régime putschiste ? C’est une question du parquet. L’accusé répond qu’il est solidaire de ce qui est écrit. C’était une manière, selon lui, de monter la barre haut. Le parquet a voulu aussi savoir si l’avocat était aussi favorable aux coups d’Etat. Il répondra que la Constitution burkinabè elle-même prévoit les coups de force avec le droit à la désobéissance civile, la résistance à l’oppression.

A un moment, le parquet a voulu faire appel aux expertises téléphoniques. L’accusé rétorquera tout simplement qu’il n’entend donner aucune réponse aux questions liées à cela. En plus, le parquet a bien voulu connaître les noms des « amis » qui ont envoyé l’argent de la Côte d’Ivoire. Hermann Yaméogo a rétorqué qu’il ne les connaissait pas.

C’est dans ce dialogue que le président a suspendu l’audience. Mais bien avant de donner rendez-vous à Me Yaméogo pour le lundi 22 octobre 2018, le tribunal a statué sur la demande de mise en liberté provisoire de Minata Guelwaré. Il l’a jugée recevable dans la forme mais l’a rejetée, parce que « mal fondée au fond ».

Dimitri OUEDRAOGO

Lefaso.net

Source: LeFaso.net