La production animale est un domaine qui intéresse de plus en plus d’entrepreneurs au Burkina Faso. Au Centre de recherches environnementales, agricoles et de formation (CREAF), les chercheurs du département de la production animale développent des technologies à partir des résultats de leurs recherches. Dans l’entretien qui suit avec Dr Bancé Ouédraogo, chercheur et chef de département production animale au CREAF, nous avons fait le tour de quelques découvertes dans la recherche animale.

Lefaso.net : Que fait votre département pour améliorer la production animale au Burkina Faso ?

Dr Bancé Ouédraogo : Au niveau de la recherche pour la production animale, nous avons plusieurs espèces sur lesquelles nous travaillons. Il y a les petits et les grands ruminants sur lesquelles nous mettons un accent pour améliorer la productivité de viande et de lait. Nous avons aussi trois principales missions. Il y a d’abord l’amélioration de l’alimentation parce qu’un élevage est rentable que si l’aliment est de qualité et coûte moins cher. Vous voyez un peu dans les fermes, les gens produisent mais parfois ça ne leur rapporte pas grand-chose parce qu’ils investissent dans des aliments qui coûtent cher sans forcément être de qualité.

Un autre aspect important que nous prenons en compte, c’est la santé animale. Certains ont commencé l’élevage avec par exemple 100 pintadeaux et se sont retrouvé avec moins de la moitié en un temps record. Il faut donc mettre au point des remèdes et des préventifs qui soient le plus naturel possible pour permettre aux éleveurs d’avoir moins de mortalité possible.

Qu’est-ce qui a été mis au point par les chercheurs pour l’alimentation et la santé animale ?

Au niveau de mon département par exemple, nous avons découvert deux doses qui peuvent permettre de réduire la mortalité des poussins et des pintadeaux et ça c’est très important pour la population. Également en termes d’alimentation, nous utilisons les ingrédients locaux. Nous avons recueilli des feuilles de moringa que nous avons séchées et incorporées dans l’aliment de la volaille. On peut l’incorporer également dans l’aliment des ruminants.

C’est une plante gratuite et vous avez une ration complète qui permet à votre animal de se développer sans problème. Donc, il y a des rations à base de moringa mais aussi à base de termites et d’asticots qui sont des vers de mouches. Il y a de nombreuses plantes qui pourraient contribuer à l’alimentation saine des animaux mais qui sont méconnus. Nous avons trouvé par exemple une plante aquatique comme l’Azolla Pinnata qui se retrouve surtout dans la région de Koudougou mais qui est négligée.

Nous en avons prélevé un échantillon qui a été analysé au laboratoire et l’on s’est rendu compte qu’elle était très protéique. Elle contient aussi des substances qui permettent de lutter contre les vers intestinaux donc elle est à la fois utile pour l’alimentation et la santé. Ces ingrédients sont localement disponibles et peuvent être aussi développés par les éleveurs pour leurs volailles ou bétails pour mieux rentabiliser leurs activités.

Quels sont les défis de la production animale pour les chercheurs ?

C’est l’amélioration génétique. Aujourd’hui, vous remarquez que les poulets particulièrement et les autres espèces qui viennent d’ailleurs ont un mélange de genre. Cela devient ce que l’on appelle les croisements d’absorption et du coup, nous perdons l’originalité de la race locale. Pourtant en ce qui concerne le poulet, en termes de races locales au Burkina Faso, nous en avons repéré 4 types.

Nous nous sommes donnés pour mission de faire de telle sorte que ces races soient améliorées pour les conserver à long terme. Sinon, à un moment donné, nous n’aurons plus de race locale. Les poulets que vous voyez partout, ils sont certes bien gros et dodus mais la qualité et le goût n’y sont pas. Donc notre objectif est de faire en sorte que l’on puisse conserver nos races animales locales grâce à la recherche.

Qu’est-ce qui est fait pour mettre les éleveurs au parfum de vos résultats de recherche ?

Mon équipe et moi avons formé des éleveurs l’an passé sur la fabrication des asticots et leur utilisation dans les rations. Il en était de même pour les feuilles de moringa. Nous sommes sollicités pour intervenir auprès des producteurs pour les former à l’utilisation des ingrédients locaux que les gens adoptent de plus en plus. Nous produisons assez de fiches techniques que nous mettons à la disposition du public. Ces fiches techniques que mes collègues et moi produisons sont disponibles sur internet. Nous y donnons des indications nécessaires à la production de certains ingrédients qui interviennent dans l’alimentation ou la santé des animaux.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Pour faire avancer la recherche, nous souhaitons être accompagnés. Nous nous travaillons beaucoup mais l’accompagnement est assez faible. La recherche ne se fait pas avec le salaire, mais la recherche demande du matériel, de l’argent et du soutien. Tout ce que j’ai énuméré plus haut nécessite aussi bien des déplacements un peu partout et un gros travail au laboratoire jour et nuit. Si nous bénéficions d’un accompagnement conséquent, nous pourrons faire encore plus et participer à l’auto-suffisance alimentaire du pays, surtout dans ce contexte d’insécurité.

Farida Thiombiano

Lefaso.net

Source: LeFaso.net