Le Parquet du Tribunal de grande instance Ouaga I (TGI Ouaga I) a animé ce vendredi 28 novembre 2025 à Ouagadougou, une conférence de presse, pour donner la suite de ce qu’il convient d’appeler « dossier Tiegnan » 2 ou « dossier Yé Yaké Camille et autres ». L’information judiciaire close, des charges ont été retenues contre huit personnes, dont le jugement est annoncé du 12 au 22 décembre 2025. Au cours de cette conférence de presse, le procureur du Faso a dressé un bilan de l’année judiciaire 2024-2025 et présenté des perspectives pour 2025-2026.

En novembre-décembre 2024, l’opinion publique a suivi le procès ministère public contre Amidou Tiégnan, Philippe Bayoulou, Salifou Ouédraogo et Pétronille Tarpaga, dont le verdict a été rendu le 24 décembre 2024. Suite à un appel interjeté devant elle, la Cour d’appel de Ouagadougou a rendu un arrêt le 18 novembre 2025. Cette décision au second degré confirme leur culpabilité, avec cependant quelques modifications de certaines durées de peine et /ou des peines d’amende (voir détail dans le lien : https://lefaso.net/spip.php?article142395).

Par cette sortie, le Parquet du Tribunal de grande instance Ouaga I informe donc l’opinion publique nationale de l’état d’avancement du dossier relatif aux détournements de deniers publics au ministère de l’Action humanitaire et de la solidarité nationale, impliquant Yaké Camille Yé et quatorze autres. En clair, il s’agit de la suite de l’affaire dite « Amidou Tiégnan » dont les faits portent sur le compte « RENFORCEMENT PROT-SOC/MASSA » destiné à l’acquisition de vivres au profit des personnes déplacées internes et géré par les directeurs de la gestion financière successifs, dont Yaké Camille Yé.

L’enquête engagée sur la suite épingle huit personnes. Il s’agit de Camille Yaké Yé, Laure Zongo (ancienne ministre), Kouka Dimanche Yaméogo, Josito Mandel Billy Zongo, Payiwendé Billa Pasco, Lydie Bonkoungou, Issiaka Sangaré, Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo.

Selon le Parquet, tous sont agents ou anciens agents du ministère de l’Action humanitaire et de la solidarité nationale, à l’exception du dernier qui est un commerçant.

Selon le Procureur du Faso, Blaise Bazié, la justice est dans une lancée de rapprochement du justiciable et de la célérité de la gestion des dossiers.

Si l’on peut se souvenir que le principal accusé, Amidou Tiégnan, a, à la barre, cité des personnes comme faisant partie de l’affaire, le Procureur du Faso a, lui, tenu à préciser que les enquêtes ont été ouvertes, bien avant même la déclaration de M. Tiégnan. En clair, la justice n’a pas attendu la déclaration de l’accusé pour ouvrir une information judiciaire. Mieux, l’enquête a visé quinze personnes (comme sus-mentionnée), dont les huit qui sont appelées à la barre à partir du 12 au 22 décembre 2025. « Dès que nous avons reçu les procès-verbaux, nous avons scindé pour une raison simple : une partie pour l’instruction parce que nous n’avions pas suffisamment d’éléments. Il ne faut pas aller à l’audience dans le flou, au risque de se buter à des relaxes au bénéfice du doute. Nous avons donc scindé le dossier : pour les faits plus simples, clairs, nous les avons envoyés à l’audience en flagrant délit. C’est ce qui a été fait. Pour les faits dont nous n’avions pas tous les éléments à notre possession, il fallait évidemment investiguer, faire des recherches, interroger plusieurs personnes, faire des recoupements, etc. », a détaillé le procureur du Faso, ajoutant cependant que les déclarations faites par M. Tiégnan au jugement qui a été suivi avec intérêt par le juge d’instruction, ont sans doute permis de bétonner le dossier.

Il leur est reproché les infractions de détournement de deniers publics, complicité de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. « Les modes opératoires comprennent les dépenses fictives ou activités fictives, la surfacturation des dépenses de manutention, la dissipation à des fins personnelles du carburant destiné aux activités du ministère. Le juge d’instruction a procédé à plusieurs saisies de biens immeubles en guise de mesures conservatoires, afin de garantir le recouvrement des condamnations pécuniaires éventuelles. Par ordonnance en date du 17 novembre 2025, le juge d’instruction a procédé au renvoi de huit personnes devant la chambre de jugement spécialisée du Pôle économique et financier, ECOFI », a détaillé le procureur du Faso, Blaise Bazié.

Hormis ces dernières mises en cause, l’enquête a concerné Zoul-Koffi Konaté (non-lieu), l’ancienne ministre Hélène Marie Laurence Marchall (non-lieu), l’ancienne ministre Nandy Somé (non-lieu), Issa Sagnon (non-lieu), Soumaïla Zorom (non-lieu), Daouda Tiendrébéogo (non-lieu), Patricia Fatimata Traoré/Sarr (non-lieu).

Pour ce procès, le procureur a fait savoir qu’il pourrait être retransmis en direct, si l’État consent des moyens comme il l’a fait dans la première partie de l’affaire et que les autres acteurs également consentent à cela. « Pour moi, un procès est pédagogique. Je crois qu’une autorité de ce pays a dit que le procès a permis à l’administration des finances (ministère de l’Economie et des finances) de revoir certains textes et recadrer certaines procédures », a-t-il témoigné.

… 63 immeubles et 18 véhicules confisqués

Au cours de cette conférence de presse, le procureur du Faso a dressé un bilan de l’année judiciaire 2024-2025, d’où il précise d’entrée de jeu que le Parquet du Pôle économique et financier du TGI Ouaga I s’était fixé pour objectif principal de redynamiser le pôle. Ainsi, a-t-il déroulé, en accord avec le président du Tribunal et le greffier en chef, plusieurs sessions de jugement ont été organisées entre octobre 2024 et juillet 2025.

Au cours de la période, ce sont donc 80 dossiers qui ont été effectivement jugés, impliquant 229 prévenus (personnes physiques et morales) ; 176 condamnations ; 70 relaxes.

On note également des condamnations pécuniaires au profit de l’État, répartis entre les amendes fermes, 15 065 755 665 FCFA ; les dommages et intérêts, 2 802 809 657 FCFA ; 63 immeubles et 18 véhicules confisqués ainsi que 243 000 000 FCFA en espèces confisqués.

Le Procureur du Faso, Blaise Bazié, encadré des substituts du Procureur Laure Souga (à droite) et Serge Idrissa Tapsoba (à gauche).

Deux dossiers se sont, par ailleurs, soldés par des accords transactionnels avec pour l’État pour un montant total de 15 006 000 000 FCFA, dont 5 000 000 000 FCFA en investissements.

« Ces différentes condamnations pécuniaires démontrent l’engagement résolu de notre juridiction dans la préservation des deniers publics », a rassuré le procureur du Faso, Blaise Bazié, ajoutant donc que pour l’année judiciaire 2025-2026, le Parquet du Pôle ECOFI entend poursuivre et intensifier son action.

Ainsi prévoit-il renforcer la célérité dans le traitement des dossiers par l’organisation de sessions régulières et programmées ; réduire les délais de jugement ; améliorer le suivi des dossiers en cours et lutter de façon accrue contre la délinquance économique et financière.

Le Parquet du Pôle ECOFI entend également optimiser le recouvrement des condamnations pécuniaires avec un renforcement des mesures conservatoires, un suivi rigoureux de l’exécution des décisions de justice.

Le Procureur du Faso indique qu’en dépit des défis liés notamment à la modicité des moyens matériels et humains, la complexité croissante des infractions économiques et financières et la nécessité d’une formation continue des acteurs de la chaîne pénale, le Pôle judiciaire économique et financier est « activement dans la lutte contre » la délinquance économique et financière.

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« Avec les moyens dont nous disposons, nous entendons intensifier la répression dans le strict respect des textes et des principes fondamentaux de notre droit. La justice burkinabè est débout, vigilante et déterminée à protéger les deniers publics et à sanctionner tous ceux qui se rendraient coupables de malversations, quel que soit leur rang ou leur fonction », a lancé le procureur, réitérant ses remerciements à tous les acteurs de la chaîne pénale qui ont, malgré les moyens modiques, œuvré pour la bonne tenue des sessions.

O.L

Lefaso.net

Source: LeFaso.net