Engagée depuis ses travaux universitaires (maîtrise, DEA et thèse) sur des thématiques liées à la femme, à l’enfant et à la société en général, Dr Pauline Sawadogo/Ouédraogo est docteure en sciences du langage et professeure de français. Elle s’est récemment lancée dans l’écriture avec la publication de son premier ouvrage intitulé « Les délires de la théorie du genre ». Dans ce livre, elle propose une lecture critique de la théorie du genre, concept au cœur de débats contemporains, mêlant analyse scientifique, réflexion sociétale et prise de position assumée. Dans cet entretien, l’auteure revient sur les motivations de son œuvre, ses principales thèses et les réactions qu’elle suscite.

Lefaso.net : Présentez-vous à nos lecteurs.

Dr Pauline Sawadogo/Ouédraogo : Je suis docteure en sciences du langage et professeure de français. Mes travaux portent essentiellement sur des sujets en lien avec la femme, l’enfant et, plus largement, la société.

Vous avez publié en 2024 votre ouvrage Les délires de la théorie du genre. De quoi traite réellement cette œuvre ?

Les délires de la théorie du genre est né d’une réflexion que je mûrissais depuis longtemps autour de la question du genre, un thème que j’ai toujours abordé dans mes recherches universitaires. Dans mon mémoire de maîtrise, j’ai travaillé sur la condition féminine. Mon mémoire de DEA (Diplôme d’études approfondies) portait sur la célébration du 8-Mars, et ma thèse abordait à la fois le 8-Mars et le 11-Décembre. Au fil de ces recherches, j’ai constaté que nous étions tous engagés dans une responsabilité collective concernant la question du genre. J’ai longtemps sensibilisé à l’égalité entre l’homme et la femme, sans me douter qu’il existait des aspects sous-jacents qu’il fallait éclairer. C’est ce constat qui m’a conduite à écrire cet ouvrage consacré à la théorie du genre. Nous avons tenté de montrer qu’il existe aujourd’hui une vision mondiale qui prône une égalité totale entre l’homme et la femme, alors que, selon nous, cette égalité ne peut pas être absolue. L’égalité doit se situer au niveau des droits et dans certains domaines précis, et là-dessus, nous sommes d’accord. En revanche, vouloir placer l’homme et la femme sur un pied d’égalité en tout et en tous points relève, à nos yeux, d’un délire.


Ce que j’appelle également un délire trouve ses racines dans les travaux du docteur John Money, sexologue, qui a développé l’idée selon laquelle le monde serait meilleur s’il était peuplé uniquement de femmes, les hommes devant être castrés. Toutefois, à travers l’évolution de ses recherches, ses expérimentations et les résultats obtenus, il est finalement arrivé à la conclusion que cette vision ne pouvait pas fonctionner. Même s’il ne l’a jamais reconnu publiquement, il l’aurait admis en interne avant sa mort.

Ce sont ensuite ses disciples qui ont poursuivi ces réflexions sur l’égalité entre les sexes, ce qui a contribué, selon moi, à la vision actuelle de l’homosexualité. C’est l’ensemble de ces éléments que je développe dans mon ouvrage, d’où le titre Les délires de la théorie du genre.

Dans le contexte actuel du Burkina Faso, la question de l’homosexualité suscite de nombreux débats. Quel message votre œuvre souhaite-t-elle faire passer ?

À travers cet ouvrage, j’invite chacun à se référer à nos valeurs, notamment celles qui concernent la place de l’homme et de la femme dans la société. Ces valeurs doivent être préservées et améliorées. J’appelle également chacun à éviter de s’inscrire dans une posture homosexuelle au regard de la question du genre.


Plus d’un an après la parution de l’ouvrage, quels retours avez-vous reçus ?

J’ai le sentiment que l’œuvre aborde un sujet que certaines personnes préfèrent éviter, notamment parce que des financements sont en jeu. Lorsque j’échange avec certaines personnalités, elles adhèrent pourtant au fond du propos, mais reconnaissent que le sujet reste tabou et que peu osent en parler ouvertement.

Beaucoup admettent que nous devons continuer à valoriser la relation homme-femme et que le mariage est une union entre un homme et une femme. D’autres, en revanche, me considèrent comme extrémiste, notamment sur les questions de l’homosexualité et de la prostitution. Certains vont jusqu’à dire qu’il s’agirait d’un manque d’amour envers ces personnes.

Toutefois, plusieurs finissent par comprendre qu’il ne s’agit pas de haine, mais bien de sensibilisation. Pour ceux qui sont déjà concernés, il existe des structures spécialisées pour leur prise en charge. De notre côté, en tant que chercheurs, notre rôle est d’alerter, d’informer et de montrer qu’il existe un danger. J’estime qu’il y a un « poison » dissimulé dans certains financements, et cela m’est apparu clairement lorsque j’ai constaté que, dans certains extraits d’actes de naissance, les mentions « masculin » et « féminin » n’apparaissent plus, contrairement à ce que nous connaissions chez nous.


Les points de vue sont certes divers, mais je pense que nous avons une direction claire : celle de la morale. Cette morale est africaine et peut aussi être qualifiée d’humanitaire, car dans d’autres pays et sur d’autres continents, des voix s’élèvent également contre la pratique homosexuelle. Nos autorités s’inscrivent d’ailleurs dans cette même dynamique.

Je crois donc que l’ouvrage arrive à point nommé et qu’il peut servir de boussole pour la sensibilisation des populations. Ceux qui ne partagent pas mon point de vue ne sont pas nécessairement homosexuels ; ils sont souvent simplement sensibles à la situation de ces personnes et souhaitent qu’on leur laisse la liberté de vivre.

Un dernier mot ?

J’invite chacun à lire cet ouvrage et à le faire lire autour de lui. Le volume n’est pas important et il peut être parcouru rapidement, ce qui permet de se faire une idée claire de son contenu. Ce contenu, je le crois sincèrement, peut être bénéfique pour nous-mêmes et pour nos enfants.

J’appelle également à accepter qu’il existe un ordre dans toute chose, que ce soit au sein du foyer ou dans la société en général. Il ne s’agit pas d’une question de domination du plus fort, mais d’un ordre divin. Et l’on ne peut pas dire que Dieu ne soit pas un Dieu d’ordre.

Interview réalisée par Yvette Zongo et Auguste Paré

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