La communication du chef de mission de l’Assistance technique du Programme d’appui à la concurrence et à la sécurité des produits de consommation (PACoSPro), Assoukou Raymond Krikpeu, a permis de mieux cerner les ambitions, les enjeux et la portée de cette initiative régionale. C’était à l’occasion du séminaire national d’information et de sensibilisation sur le droit et la politique de la concurrence, organisé du 24 au 26 février 2026, à Ouagadougou.

À travers une présentation structurée et pédagogique, il a mis en lumière les fondements du programme, ses objectifs stratégiques ainsi que les actions concrètes prévues pour renforcer durablement la régulation concurrentielle en Afrique de l’Ouest.

Des avancées teintées de défis persistants

D’entrée de jeu, Assoukou Raymond Krikpeu a rappelé que des progrès significatifs ont été enregistrés ces dernières années dans l’espace ouest-africain en matière de régulation économique. En effet, plusieurs pays se sont dotés de politiques, de réglementations et d’institutions dédiées à la concurrence. Des procédures ont été établies, et des autorités nationales ont vu le jour pour encadrer les pratiques de marché. Toutefois, ces acquis demeurent fragiles.

Parmi les défis majeurs, figurent l’absence d’une véritable culture de la concurrence, encore insuffisamment intégrée par les acteurs économiques et institutionnels. Dans certains États, les cadres juridiques et institutionnels restent inexistants, incomplets ou inadaptés aux réalités contemporaines du marché. À cela s’ajoutent une surveillance insuffisante des marchés, ainsi qu’un manque de ressources humaines, techniques et financières au sein des structures nationales chargées de faire appliquer les règles. Ces faiblesses, souligne l’expert, limitent l’efficacité des dispositifs existants et compromettent l’ambition d’un marché régional pleinement intégré et concurrentiel.

Un financement structurant au service d’une vision régionale

Le PACoSPro bénéficie d’un financement de 5 millions d’euros, soit plus de 3 milliards de francs CFA. Il est porté par la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et soutenu par l’Union européenne (UE). Ce soutien s’inscrit dans une dynamique plus large d’appui continental, estimée à 20 millions d’euros, soit environ 13,12 milliards de francs CFA. Ce financement global couvre également deux autres espaces régionaux ; d’abord, la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), et ensuite, le Marché commun pour l’Afrique orientale et australe (COMESA).

« Le PACoSPro prend aussi en compte la dimension continentale à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) », Assoukou Raymond Krikpeu, chef de mission de l’Assistance technique du PACoSPro

Cette articulation entre niveaux national, régional et continental traduit une vision cohérente, celle de faire de la concurrence un pilier central de l’intégration économique africaine.

Transformer l’environnement des affaires

Selon le chef de mission de l’Assistance technique, l’objectif global de ce programme est d’améliorer l’environnement des affaires, la compétitivité et la croissance des économies d’Afrique de l’Ouest en particulier, et d’Afrique subsaharienne en général.

De manière plus spécifique, le PACoSPro vise à renforcer les cadres réglementaires et politiques des autorités régionales et nationales chargées de la concurrence ; de développer des réglementations et politiques fondées sur les meilleures pratiques et normes internationales ; de coordonner et harmoniser ces instruments aux niveaux national, régional et continental.

L’ambition ne s’arrête pas à la production de textes. Le programme entend également renforcer les capacités d’application des règles de concurrence, tant au niveau des autorités administratives que des cours et tribunaux compétents. Un accent particulier est mis sur le renforcement des capacités d’enquête : conduite et mise en œuvre des investigations, recherche et évaluation des preuves, rédaction des rapports, communication des griefs et organisation des auditions. L’amélioration des compétences judiciaires constitue également un axe stratégique, afin de garantir une application effective et crédible des règles.

Au-delà des institutions, le programme vise à promouvoir le respect du droit de la concurrence par les secteurs public et privé, tout en mettant l’accent sur le bien-être des consommateurs. Il s’agit de favoriser une meilleure compréhension des enjeux concurrentiels par l’ensemble des acteurs du marché et d’encourager un dialogue constructif autour des avantages d’une concurrence saine et équitable.

Des actions concrètes pour ancrer la réforme

Pour atteindre ces objectifs, le PACoSPro prévoit une série d’actions structurantes. Parmi elles, figure une étude relative au document portant politique communautaire de la concurrence, ainsi que l’adoption de textes d’application destinés à renforcer la cohérence normative au sein de l’espace UEMOA. Des ateliers de formation spécialisés seront organisés sur les techniques d’enquête et d’instruction, afin de professionnaliser davantage les acteurs chargés de la mise en œuvre des règles concurrentielles.

Le programme prévoit également l’organisation de quatorze autres séminaires nationaux de sensibilisation et d’information à l’intention des autorités publiques, des entreprises, des organisations professionnelles, des acteurs de la société civile et des associations de consommateurs. L’objectif visé est de diffuser la culture de la concurrence au plus près des réalités nationales.

Selon le chef de mission de l’Assistance technique du PACoSPro, un Forum sur la concurrence en Afrique de l’Ouest viendra consolider les échanges entre experts, décideurs et praticiens, à l’échelle régionale

Enfin, l’introduction d’un module académique sur la concurrence dans les universités et instituts d’enseignement supérieur marque une volonté d’inscrire durablement cette thématique dans la formation des futures élites administratives, économiques et juridiques.

Une ambition de transformation durable

À travers sa communication, Assoukou Raymond Krikpeu a mis en évidence une conviction forte, celle que la concurrence ne se limite pas à un corpus juridique. Elle constitue un levier stratégique de transformation économique et sociale. Il insiste sur le fait qu’un marché concurrentiel favorise l’innovation, améliore la qualité des produits et services, protège les consommateurs et stimule l’investissement. Il contribue également à renforcer la transparence et la bonne gouvernance économique.

En somme, le PACoSPro apparaît comme un instrument structurant pour consolider les acquis, combler les insuffisances et préparer l’Afrique de l’Ouest à relever les défis d’un marché continental en pleine mutation. Par cette initiative, l’UEMOA et ses partenaires ambitionnent d’ancrer durablement la culture de la concurrence au cœur des politiques publiques et des pratiques économiques, au service d’une croissance plus inclusive et plus compétitive.

Hamed Nanéma

Lefaso.net

Source: LeFaso.net