Le Maroc, après la Côte d’Ivoire, aura réussi aussi sa CAN, pas avec le même enthousiasme du public et « l’enjaillement » ivoirien, mais avec le retour au stade des Marocains au fur et à mesure que leur équipe montait en puissance. Ce ne sera pas la meilleure CAN pour les amateurs du beau jeu, ceux qui aiment quand les petits poucets renversent la table et donnent une leçon de vie dans notre monde où les plus forts se permettent tout. Le Maroc a réussi à organiser une compétition dans six villes, et à améliorer les infrastructures pour relier ces villes par la route, le train ou l’avion. Les CAN sont l’occasion où les pays africains ferment les yeux sur l’éducation et la santé pour construire des stades. L’effort financier est si important que la prochaine CAN en 2027 sera organisée conjointement par trois pays : le Kenya, la Tanzanie, et l’Ouganda.

Le tournoi final a été marqué par des critiques sur l’arbitrage et des plaintes déposées. Il est un fait que personne ne veut voir : le pays organisateur sortir dès le début, ce serait un fiasco économique et la fête de la fraternité du continent serait gâchée. Mais il y a au football, comme dans tous les jeux, des perdants qui n’assument pas leur défaite et l’imputent aux arbitres. Les arbitres ne voient pas toutes les fautes et interprètent aussi subjectivement les règles du jeu. Cette part de subjectivité est aussi nécessaire. Il faut reconnaître la main de Dieu, comme dit Diego Maradona quand il met un but de la main que l’arbitre n’a pas vu et sanctionné.

C’est cela aussi le football. Les deux finalistes sont les meilleures équipes au plan de la qualité des joueurs et de la créativité tactique face à leur adversaire. Ce travail du Sénégal en quête d’une seconde étoile et qui fera sa troisième finale en quatre éditions et du Maroc qui attend une deuxième étoile depuis 50 ans et est la première équipe africaine dans le carré d’as d’une Coupe du monde a pour nom la formation. Voyons comment on devient finaliste ?

Beaucoup de pays mènent des campagnes africaines sans stratégie de formation des jeunes footballeurs, des entraîneurs, des arbitres et autres managers du football. Les pays africains sont nombreux à ignorer que le football est un jeu, le plus populaire au monde, et un business. Et pour qu’il génère de l’argent, il faut qu’il soit ancré dans la société avec des centres de formation, des clubs, des supporters qui vont au stade, paient leurs billets et autres gadgets de merchandising.

Un football qui n’a de supporters que pour l’équipe nationale est désincarné, marche sur sa tête et ne part nulle part. Ces pays qui agissent ainsi ne se demandent pas pourquoi l’Espagne, qui n’est pas la première économie européenne, possède des clubs qui rivalisent avec le pays qui nous a donné le football. Pour eux, l’objectif est de se qualifier pour la CAN et de croire qu’on gagnera par la chance, la magie, les marabouts…

Maroc et Sénégal, deux finalistes qui ont opté pour la formation

Les deux finalistes du tournoi sont les pays qui ont construit une stratégie de développement du football par la formation et n’ont pas couru vers des résultats vite obtenus par des « sorciers blancs », des managers recrutés dans l’urgence qui ne connaissent pas leur football. C’est par un travail patient, persévérant, soutenu que le Sénégal a obtenu sa seconde médaille CAN en 2022 avec Alioune Cissé qui est resté entraîneur de l’équipe nationale A du Sénégal pendant 7 ans après avoir été recruté par la Fédération sénégalaise de football pour être l’adjoint en 2012 de l’entraîneur de l’équipe olympique. C’est lui qui qualifie son pays pour sa deuxième participation à une coupe du monde, celle de Russie en 2018. L’entraîneur actuel du Maroc est là depuis 2022, à la tête de l’équipe nationale marocaine qu’il a connue en 2013 comme adjoint. Après des passages en clubs au Maroc et au Qatar avec le succès à la clé, il détient le record de l’entraîneur qui a qualifié un pays africain en demi-finale d’une Coupe du monde.

Le Maroc a aussi pensé son action dans le football avec une stratégie pour arriver en tête des nations africaines et dans les meilleures du monde. Le pays et son roi ont créé une académie Mohammed VI en 2008, inaugurée en 2009 avec un coût de plus de 8 milliards 600 millions de francs CFA entièrement financés par des entreprises privées. L’académie s’inspire des centres de formation des clubs internationaux et a eu dans son staff des managers venant de ces clubs. L’objectif étant de promouvoir le football marocain qui avait une forte dépendance envers les binationaux et était en manque de succès continental. De par la volonté du roi, le pays a donné pour mission à l’Académie Mohammed VI d’ « identifier et former de jeunes joueurs marocains, en leur offrant un encadrement à la fois sportif et scolaire. » Et ceci pour « favoriser l’émergence de footballeurs professionnels et contribuer au développement global du football marocain ».

C’est une formation complète de sept ans, sports-études, pour des jeunes de 12-14 ans en minimes, cadets, juniors pour les former aux métiers de footballeurs professionnels. À l’issue de la formation, ils rejoignent les clubs du Maroc et d’Europe et après sont appelés en équipe nationale. Ces deux pays avec des centres de formation ont créé des infrastructures pour le haut niveau avec des terrains de jeu, des structures d’hébergement et de soins. Le Sénégal a commencé plus tôt que le Maroc son programme de formation, qui est une initiative non étatique depuis 2000 avec Génération Foot, devenu un club 2004, qui est arrivé en première division en 2016 et est devenu champion la même année.

À cette CAN, le Sénégal a six joueurs qui sont passés par Génération Foot, dont la star et capitaine Sadio Mané, et le Maroc est venu avec cinq joueurs de l’Académie Mohammed VI. Si avec ça on vient vous dire que l’école rend bête et que le succès s’obtient autrement, demandez à voir les preuves.

Sana Guy

Lefaso.net

Source: LeFaso.net