
Le monde va mal ces dernières années avec les conflits qui se généralisent et le président américain Donald Trump en quête de grandeur pour son pays qui décide de se passer de l’avis des autres États et d’imposer au monde ses vues par la force, les tarifs douaniers. Nous sommes dans une période sans précédent où la brutalité et la démonstration de la puissance militaire sont les outils les plus prisés. Depuis que Trump est aux affaires, il a retiré son pays de plusieurs dizaines d’organisations internationales et de traités multilatéraux. Depuis le 22 janvier 2026, les États-Unis ne font plus partie de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) parce que cela fait un an qu’ils sont partis et le retrait est effectif selon les textes.
La diplomatie et le droit, instruments favoris de la coopération et du règlement des conflits entre États, sont devenus des moyens désuets, convenables aux faibles. Donald Trump est le président qui a largué des bombes sur des installations nucléaires en Iran, et a kidnappé le président du Venezuela et son épouse. Le président des États-Unis d’Amérique aime à se présenter comme un faiseur de paix. Sa nouvelle création s’appelle Conseil pour la paix et il a été lancé au dernier sommet de Davos, après que son président à vie ait écrit à des pays triés sur le volet pour venir siéger avec lui dans son nouveau Conseil de sécurité des « nations » élues par le maître du monde. Cette organisation, n’est-elle pas proche du cimetière, aussitôt née ?
C’est le 16 janvier 2026 que la Maison Blanche a annoncé la création d’un Conseil de la paix pour la Bande de Gaza. Il est présenté comme la deuxième phase du plan de paix américain pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hamas dans la Bande de Gaza. Un conseil exécutif fondateur est annoncé avec les personnalités suivantes : secrétaire d’État américain : Marco Rubio, envoyé spécial pour le Moyen-Orient ; Steve Witkoff, gendre du président Trump : Jared Kushner, l’ancien Premier ministre britannique : Tony Blair, le milliardaire : Marc Rowan, le président de la Banque mondiale : Ajay Banga, le conseiller adjoint à la sécurité nationale américain : Robert Gabriel. Le conseil exécutif est : au-dessus du Comité national pour la gouvernance de Gaza (National Committee for Gaza Governance, NCAG), dirigé par Ali Sha’ath.
À première vue, il s’agit de la reconstruction de la Palestine et de sa stabilité, on parle même d’un gouvernement composé de technocrates palestiniens que ce comité va superviser, lui-même étant sous les ordres de son président, le POTUS, le président des États-Unis. Le lendemain, celui-ci se rend au sommet de Davos, où il doit délivrer une communication aux chefs d’entreprise du monde réunis en ce lieu pour leur rencontre annuelle.
C’est là que des informations complémentaires sortent. Le Conseil de la paix a un rayon d’action plus vaste que Gaza et une soixantaine d’États ont été invités à entrer dans ce nouveau club, où les droits de membre permanent s’élèvent à 1 milliard de dollars américains. Il va s’occuper de toutes les menaces à la paix mondiale. Son président Donald Trump y règnera à vie. Il ne cédera pas son poste au futur président élu américain. Question, ce conseil est-il une organisation privée ou étatique ? Curieuse gouvernance pour un organe de la paix. À Davos, Donald Trump a présenté son bébé, après avoir invité une soixantaine de dirigeants de pays, dont Anthony Albanese (Premier ministre australien), Luiz Inácio Lula da Silva (président brésilien), Vladimir Poutine (président russe), Recep Tayyip Erdoğan (président turc), Sir Keir Starmer (Premier ministre britannique), et d’autres.
La Maison Blanche attendait 35 représentants des pays invités, mais moins de 20 se sont présentés à la table du seigneur. Des pays ont annoncés qu’ils participeront au Conseil de la paix de Trump comme le Maroc, l’Egypte pour la sélection africaine, la Biélorussie et l’Azerbaïdjan. Certaines nations comme la France ne sont pas du tout favorables à la création d’un organe alternatif pour ne pas dire concurrentiel au Conseil de sécurité des Nations unies, quand bien même Trump dit qu’il travaillera avec l’ONU. Le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz, le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le Premier ministre canadien Mark Carney pourtant présents à Davos ont ignoré ce show de Donald Trump.
Mais le Canadien qui défend la souveraineté de son pays face à Trump qui veut en faire un membre confédéré des États-Unis a profité de la tribune de Davos pour développer la doctrine de son pays en tant qu’État moyen pour le respect du droit international et des règles. C’est un appel à l’unité des puissances moyennes contre les menaces des grandes puissances qu’il a lancé. Mark Carney s’est opposé aussi au désir de Trump de mettre la main sur le Groenland. Ce discours n’a pas plu et sur son réseau social Trump a retiré l’invitation du Canada à son conseil de paix et menacé celui-ci d’augmentations de taxes de douane à 100 % s’il conclut des accords avec la Chine.
Le déclin de l’Amérique
Après le peu d’enthousiasme de certains convives et l’accueil glacial de ce nouveau-né, que nous réserve le vieux président qui dirige son pays sur son propre réseau social qu’il a baptisé du beau nom de la vérité (Truth Social) ? La vérité selon Trump, c’est que les « nations de merde » non invitées au Conseil de paix n’auraient pas dû exister. Seuls les États-Unis ont le droit de faire une guerre d’indépendance contre la Grande-Bretagne. Mais l’Amérique du Sud et les autres États américains du Nord ainsi que le Groenland sont sa chasse gardée. Le reste du monde en Asie et en Afrique n’existe que s’il y a des ressources à y prendre, sinon ce sont des « pays de merde » dont les ressortissants n’ont pas vocation à venir dans son pays.
Trump agace ses alliés et le développement de son obsession avec le Groenland va faire que ceux-ci vont enfin envisager le monde sans les États-Unis à leurs côtés. Les Européens qui ont vécu la Seconde Guerre seront les plus difficiles à convaincre car ils n’oublient pas le soutien contre le nazisme. Mais à force de trop tirer sur la corde elle se casse. C’est ce qui attend les relations des États-Unis avec les pays membres de l’Otan. Car le tropisme de Trump pour Poutine a montré aux yeux des Européens que l’Amérique comme elle abandonne l’Ukraine les abandonnera à leur tour.
Et cela change tout, c’est le monde entier qui voit les États-Unis comme peu fiables, dont la parole est changeante et qui traite mal même ses alliés. La puissance du dollar dans les échanges commerciaux est en baisse, même si les BRICS n’ont pas créé leur monnaie. Beaucoup de pays vendent de plus en plus leurs bons du Trésor américain, refusant de financer le déficit budgétaire américain. L’idéologie MAGA et Donald Trump annoncent davantage le déclin des États-Unis que le retour de sa gloire passée. Les élections de mi-mandat nous diront si les Américains font confiance en cet homme qui n’a rien changé dans leurs conditions de vie et n’a apporté que la haine de l’étranger et une police spéciale (ICE) qui tue dans la rue une mère de famille comme à Minneapolis.
Sana Guy
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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