Un seul journaliste pour écrire, filmer, monter et publier. Ce modèle, de plus en plus répandu dans les rédactions, promet rapidité et efficacité. Mais à quel prix ? Le journalisme multitâche redéfinit les pratiques professionnelles et bouscule les exigences de qualité.

Avec la transition numérique des médias, le métier de journaliste s’est profondément recomposé. Là où les tâches étaient autrefois réparties entre plusieurs professionnels (reporter, cameraman, monteur), elles reposent désormais, dans bien des cas, sur une seule personne.

Cette polyvalence s’explique entre autres par l’essor du journalisme mobile, vulgarisé au Burkina Faso par la Deutsche Welle Akademie (DWA) et le Réseau d’initiatives de journalistes (RIJ), la rapidité exigée par l’information en continu et la volonté des médias de produire plus de contenus avec moins de moyens. Sur le terrain donc, le journaliste devient à la fois rédacteur, cadreur et monteur.

Un gain apparent de performance

À première vue, le journaliste multitâche présente plusieurs avantages. La chaîne de production est raccourcie, la réactivité accrue et la diffusion quasi immédiate. L’information arrive plus vite au public.

Cette organisation permet également une plus grande autonomie du journaliste, capable de couvrir un événement de bout en bout sans dépendre d’une équipe complète. Dans des zones difficiles d’accès ou avec un budget limité, cette flexibilité est parfois la seule option.

La situation économiques, l’une des raisons du multitâche

Derrière cette polyvalence se cachent parfois des enjeux liée à la pression économique qui pèse sur les entreprises de presse. Réduction des effectifs, baisse des recettes publicitaires, concurrence des plateformes numériques… Les rédactions sont contraintes d’optimiser leurs ressources.

Le journaliste multitâche devient alors moins un choix stratégique qu’une nécessité budgétaire. Faire plus avec moins devient la norme, au risque d’épuiser les professionnels et de transformer la polyvalence en surcharge permanente. Cette logique peut fragiliser les conditions de travail, mais aussi banaliser l’idée que la qualité peut être compressée sans conséquence.

Le risque d’un journalisme superficiel ?

Le principal danger du journalisme multitâche réside dans le temps. Le temps d’enquêter, de vérifier, de croiser les sources et de mettre l’information en perspective. Lorsque le journaliste doit produire plusieurs formats dans l’urgence, ces étapes essentielles sont souvent réduites.

Le risque est alors celui d’un journalisme plus visuel que profond, plus rapide que rigoureux. L’image prend le pas sur l’analyse, le format sur le fond. Dans cette course à la publication, l’information peut perdre en précision, en contextualisation et en sens.

Polyvalence choisie ou polyvalence subie ?

Tout l’enjeu pourrait résider dans la distinction entre une polyvalence choisie, accompagnée de formation et de temps, et une polyvalence subie, dictée par l’urgence et le manque de moyens.

Un journaliste formé, disposant d’un cadre clair et d’exigences éditoriales fortes, peut produire un travail multitâche de qualité. À l’inverse, un journaliste isolé, sous pression constante, risque de devenir un simple exécutant de contenus.

La performance ne se mesure pas uniquement au nombre de contenus produits, mais à leur fiabilité, leur profondeur et leur utilité sociale. À long terme, la survie des médias dépend moins de la vitesse que de la confiance du public.

HFB

Lefaso.net

Source: LeFaso.net