Gestionnaire technique en aéronautique basé aux États-unis, héritier de la chefferie coutumière du Saam Naaba de Kaarpala et philanthrope discret, Yves Koominga Bambara multiplie depuis plusieurs années des actions de solidarité en faveur de l’éducation, de la sécurité, de la santé et du social au Burkina Faso. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, les motivations profondes de ses dons et le rôle essentiel de la diaspora dans le développement national.

Lefaso.net : Vous faites régulièrement des dons à des personnes et à des institutions au Burkina Faso. Dites-nous qui est Yves Koominga Bambara ?

Yves Koominga Bambara : Je suis un gestionnaire technique en aéronautique résident aux États-unis. Yves Koominga est en train d’hériter aussi de la chefferie coutumière de son défunt père, le Saam Naaba de Kaarpala à Ouagadougou. L’investiture aura lieu bientôt. Votre média sera compté par les invités. J’aimerais saisir cette occasion qui m’est offerte pour présenter mes vœux sincères et meilleurs à toutes les couches sociales de notre pays. C’est main dans la main, avec tolérance et l’unité que nous bâtirons ce patrimoine commun qu’est le Burkina Faso.

Vous vivez actuellement aux États-unis. Quel est votre parcours professionnel dans le domaine de la gestion technique aéronautique ?

Il faut dire qu’une fois qu’un immigrant met les pieds chez l’Oncle Sam, tous les rêves lui sont permis. Il suffit de travailler dur pour les concrétiser. Donc, après les études en informatique, sciences (politique et communication), parallèlement aux boulots quotidiens, j’ai opté pour la carrière technique qui a duré trois ans (mécanique et technique). Après cela, j’ai poursuivi la formation en gestion technique qui a pris quatre ans, donc au total sept années de formation. Nous sommes en phase de certification exigée par la Federal Aviation Administration en ce moment. C’est un passage obligatoire imposé par The aviation quality system de cette administration qui a été constituée le 23 août 1958 par le président Dwight D. Eisenhower sous le sigle du Federal Aviation Act de 1958, devenu plus tard FAA, le 1ᵉʳ avril 1967. La FAA est chargée de réguler le système de transport aérien, la gestion du trafic aérien, la sécurité et la sûreté, la formation et l’information aéronautique. Elle est comme l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA). Parallèlement à cela, je poursuis aussi une carrière de technicien au service des Postes des États-unis.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager dans des actions de dons ?

La motivation des multiples dons et gestes est un héritage des parents. Mes parents aimaient faire des dons et aider les autres. La mère Teresa de Calcutta m’avait beaucoup impressionné aussi par son exemple. Ma mère nous obligeait à partager nos repas (manger ensemble) avec tous ceux qui venaient chez nous. Mon père, quant à lui, aimait partager tout ce qu’il avait. Mon oncle Clément B. Bambara, que beaucoup de Burkinabé ont connu, avait le même cœur. Donc, ayant vécu avec ces trois personnes qui ont marqué ma vie, depuis les années 1985, date de l’engagement pour la patrie, je n’ai jamais cessé de faire des gestes en faveur des autres, de façon anonyme. À chaque fois que j’ai eu l’occasion de constater qu’un concitoyen ou même un être humain est en difficulté, mon cœur ne peut pas me laisser passer sans lui demander s’il avait besoin d’un coup de main.

Souvent modeste, petit, insignifiant, mais à la fin c’est louable pour le bénéficiaire. On n’a pas forcément besoin d’être riche et de vouloir un poste sportif, artistique, culturel ou politique pour faire découvrir la bonté de son cœur. Il faut éviter de tomber dans le piège des “saprophytes”, ceux qui adorent profiter des autres pour jouir. Voilà pourquoi je préfère m’adresser aux services d’utilités publiques. Ainsi, lors de mon passage au pays en 2013 et 2014, j’ai découvert comment, nous qui avions eu la chance d’aller dans le pays de haute technologie, nous pouvions aider et soutenir ceux qui sont restés au bercail. Par curiosité touristique, j’ai parcouru plus de 37 provinces du pays avant que l’insécurité ne vienne stopper ce rêve. Sinon l’objectif était de découvrir toutes les régions de mon pays. Il faut dire très sincèrement que je suis amoureux du Burkina Faso et de l’Afrique, même si j’aime aussi mon pays d’accueil, les États-unis. Il est difficile pour moi de citer tous les gestes effectués jusque-là, car mon objectif vise à encourager et à donner une idée aux autres. Sur ce, j’aimerais énumérer quelques modestes exemples.

À la fin de 2009, j’ai envoyé une aide modeste à l’orphelinat de Loumbila après l’inondation du 1ᵉʳ septembre. En février 2015, le frère Michel Bayala m’avait donné des projecteurs et je m’étais chargé du coût du transport jusqu’à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. En 2018 et 2021, j’ai apporté un soutien en outil informatique au lycée communal et à la gendarmerie de Garango. En 2021, j’ai offert un piano d’une valeur de plusieurs millions de francs CFA à l’église catholique de Oueguedo, localité de Tenkodogo. En 2022, des ordinateurs au lycée privé Saint-Emmanuel de Cella à Tenkodogo dans la province du Boulgou. Le projet d’informatisation de cet établissement est toujours en cours. Actuellement, nous sommes en phase de la transformation du commissariat de police de Garango, dont nous co-parrainons la construction de la clôture avec les parents animés de bonne volonté, afin d’améliorer les tâches de nos autorités locales et nationales. De façon anonyme depuis 2016, j’ai offert des effets personnels à certains membres de nos forces de défense et de sécurité et soutenu quelques veuves de nos héros tombés. Mon rêve modeste est de permettre à chaque élève, étudiant, et travailleur de l’éducation, de la santé, de la sécurité et de l’agriculture de mener sa tâche très facilement en leur offrant du matériel comme des portables.

Selon vous, quel rôle doivent jouer les Burkinabè de la diaspora dans le développement du pays ?

Les Burkinabè de la diaspora sont le cœur même du développement de ce pays. Ils doivent contribuer à l’essor de notre progrès sans attendre une quelconque contrepartie. Un vrai homme soucieux de ses racines ne doit pas calculer avant de leur apporter son soutien. Nos bénédictions viennent beaucoup de nos actes et non seulement de nos prières. Ma philosophie est simple : un Burkinabé qui aide un autre, ou son pays, c’est s’aider lui-même, car en aidant son concitoyen à réaliser quelque chose dans ce pays, il aura un de ses parents qui va en bénéficier.

Votre devise est : « Soutenir la mère patrie est une obligation citoyenne ». Que signifie concrètement cette phrase pour vous ?

Notre patrie est notre trésor commun. Certains compatriotes me disent souvent : qu’est-ce que je gagne à perdre mon temps avec les Africains ? Et je leur réponds toujours que c’est Dieu qui récompense toujours nos actes. Une seule main n’arrivera jamais à ramasser de la farine pour le bien commun. Donc, il faut soutenir les objectifs qui visent à construire ce pays, quel que soit notre bord. À chaque fois qu’un Burkinabé voit qu’il peut aider son pays, il ne doit pas hésiter, car il le fait pour lui-même avant tout, et non pour quelqu’un d’autre.

Vous avez réalisé plusieurs dons depuis 2015 dans les domaines de l’éducation, de la sécurité, de la santé et du social. Comment choisissez-vous les structures bénéficiaires ?

J’adore beaucoup cette question. En effet, par expérience personnelle, c’est durant mes déplacements que j’ai eu l’occasion de toucher du bout de mes doigts la réalité qui fait jaillir en moi cette volonté. Depuis longtemps, si je n’ai pas encore eu la chance de faire un geste à votre journal en ligne, c’est parce que je n’ai pas encore visité vos locaux. En visitant, l’idée de ce que je peux vous apporter prend aussitôt naissance. Et pour éviter que le don ne soit inutile. On doit rester éclairé quand on veut aider. Il y a des gens qui veulent profiter des autres ou des structures qu’ils dirigent. Quelquefois, après les dons, je revisite les lieux pour faire un petit constat, voir s’il y a de nouveaux besoins auxquels je peux ajouter.

Quel impact espérez-vous à travers les dons de matériel informatique et énergétique ?

Les dons de plaques solaires visent à faciliter les tâches des différents bénéficiaires. Les plaques solaires améliorent les conditions de travail en province comme dans nos villes, surtout pendant les périodes de délestage. Quant aux outils informatiques, c’est pour faciliter la tâche aux bénéficiaires.

Vous avez affirmé que d’autres soutiens viendront avec la grâce de Dieu et des ancêtres. Peut-on s’attendre à de nouveaux projets dans les années à venir ?

Je préfère garder cette partie dans la rubrique surprise, voilà pourquoi j’ai demandé de prier afin que Dieu et nos ancêtres facilitent régulièrement la faisabilité.

Avez-vous un message à adresser aux Burkinabè de la diaspora qui hésitent encore à s’engager ?

Je ne pense pas qu’il y ait un Burkinabè qui puisse encore hésiter à soutenir son pays. Peut-être que c’est la méthode de chacun qui diffère. Il existe plusieurs structures que chaque bonne volonté peut utiliser afin d’apporter son soutien à la mère patrie. Il y a les associations, les collectivités locales, les services d’utilité publique : les écoles, les centres de santé, la police, la gendarmerie, la douane, les forestiers, l’armée, etc. Le gouvernement à lui seul ne peut pas subvenir aux besoins de tous. Même dans la première puissance du monde, les États-unis, les organisations publiques comme privées, les églises, les temples et les mosquées à travers les contributions et dons individuels apportent des aides régulières aux plus vulnérables. Personne ne viendra bâtir cette nation en dehors des Burkinabè car personne ne peut dire qu’il peut aimer ce pays plus qu’un Burkinabè qui y a toutes ses racines et sa famille. Dieu n’a-t-il pas dit : aide-toi et le ciel t’aidera ? Donc aidons-nous les uns et les autres, afin que le pays avance. Que Dieu bénisse notre pays, lui apporte la paix, et l’unité pour le progrès commun. Que Dieu sème continuellement la paix et la tolérance dans nos cœurs et nos esprits.

Interview réalisée en ligne par Rama Diallo

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Source: LeFaso.net