L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), avec l’appui de l’Union européenne (UE), a initié du 24 au 26 février 2026, à Ouagadougou, un séminaire national d’information et de sensibilisation sur le droit et la politique de la concurrence en Afrique de l’Ouest. L’ouverture a été présidée par le ministre de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, représenté par son chef de mission, Komikiyoaba Nakelssé. La cérémonie a réuni plusieurs personnalités de premier plan, dont le conseiller politique de l’Union européenne au Burkina Faso, Robert Adam, représentant l’ambassadeur, ainsi que le représentant du commissaire en charge du Département du marché régional et de la coopération (DMRC) de l’UEMOA, Pr Georges Anicet Ouédraogo.

Organisé dans le cadre du Programme d’appui à la concurrence et à la sécurité des produits de consommation (PACoSPro), ce séminaire vise à renforcer les capacités des acteurs des secteurs public et privé ainsi que de la société civile burkinabè sur les enjeux liés à la régulation concurrentielle dans l’espace ouest-africain.

Améliorer la compétitivité et stimuler la croissance économique

Dans son allocution, Komikiyoaba Nakelssé a exprimé sa profonde gratitude à l’endroit de l’Union européenne pour son accompagnement constant aux côtés de l’UEMOA. Il a salué un partenariat qualifié d’« excellent », fruit de plusieurs décennies de coopération stratégique.

Le PACoSPro, appuyé par l’Union européenne, s’inscrit dans une dynamique de consolidation de l’environnement des affaires en Afrique de l’Ouest. Son ambition est d’améliorer la compétitivité, stimuler la croissance économique, et renforcer la sécurité des produits de consommation au bénéfice des populations.

Le chef de mission a également adressé ses remerciements aux plus hautes autorités de la Commission de l’UEMOA, notamment au professeur Filiga Michel Sawadogo, commissaire chargé du marché régional et de la coopération, pour leur engagement constant en faveur du renforcement des capacités des acteurs communautaires.

« La concurrence est un facteur de croissance économique, d’innovation et de progrès social », Komikiyoaba Nakelssé, chef de mission du ministère de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat

La conviction que l’importance de la concurrence pour le développement n’est plus à démontrer a été mise en relief lors de cette rencontre. Le représentant du ministre a ainsi souligné qu’une concurrence saine et équitable permet notamment d’assurer aux consommateurs un accès à une gamme variée de produits de qualité à des coûts compétitifs ; de stimuler l’innovation et l’investissement. Ce qui favorise la création d’emplois et la réduction de la pauvreté. Monsieur Nakelssé a aussi affirmé que la concurrence participe à renforcer la transparence et la bonne gouvernance dans les marchés. Ainsi, la politique de concurrence apparaît comme un instrument structurant des politiques publiques, tant au niveau international que régional et national.

Une dynamique internationale portée par la CNUCED

Sur le plan international, la politique de la concurrence s’est progressivement imposée comme un outil stratégique de développement, notamment sous l’égide de la Conférence des nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

Dans un contexte de mondialisation des échanges, la lutte contre les pratiques anticoncurrentielles comme les ententes illicites, les abus de position dominante ou les restrictions injustifiées, devient essentielle pour permettre aux économies émergentes de s’intégrer équitablement dans le commerce mondial.

« Le PACoSPro en Afrique subsaharienne est porté par la Commission de l’UEMOA et soutenu pour l’UE à plus de 3 milliards de francs CFA », Robert Adam, conseiller politique de l’Union européenne au Burkina Faso

L’UEMOA, moteur de l’intégration concurrentielle

Au niveau communautaire, l’UEMOA a fait de la concurrence un pilier central de l’intégration régionale depuis 1994. L’objectif est l’établissement d’un marché ouvert, transparent et concurrentiel, garantissant à la fois la compétitivité des entreprises de l’espace et la sécurisation de l’approvisionnement du marché régional.

Les règles de concurrence sont inscrites dans le Traité de l’union et ses textes dérivés, et la Commission de l’UEMOA est chargée de veiller à leur application effective. Cette architecture juridique vise à prévenir les distorsions de concurrence susceptibles de fragiliser l’intégration économique régionale.

Le cadre national burkinabè consolidé

Au plan national, le Burkina Faso a traduit ces engagements communautaires dans son droit positif. La loi n°016-2017/AN du 27 avril 2017 portant organisation de la concurrence au Burkina Faso constitue une avancée majeure en la matière. Elle fixe les règles nationales et institue la Commission nationale de la concurrence et de la consommation (CNCC).

Cette réforme traduit la volonté des autorités burkinabè d’assainir le climat concurrentiel, de protéger les entreprises engagées dans une compétition loyale et de préserver les intérêts des consommateurs.

Cependant, malgré cette architecture institutionnelle robuste, des défis persistent. Le renforcement de la culture de la concurrence, la sensibilisation des acteurs économiques et l’amélioration des capacités d’enquête demeurent des priorités.

« Votre présence témoigne de l’importance que vous accordez à un sujet fondamental pour le bon fonctionnement de nos économies et la protection des consommateurs », Pr Georges Anicet Ouédraogo, représentant du commissaire en charge du DMRC de l’UEMOA

Renforcer la culture concurrentielle

C’est précisément à ces défis que veut répondre le séminaire ouvert à Ouagadougou. En réunissant représentants de l’administration publique, opérateurs économiques et membres de la société civile, l’initiative vise à promouvoir une meilleure compréhension des règles communautaires et nationales en matière de concurrence.

Pour Komikiyoaba Nakelssé, la richesse des thèmes abordés et la qualité attendue des échanges devraient permettre aux participants d’acquérir une maîtrise approfondie des instruments de régulation concurrentielle. Au-delà des aspects techniques, il s’agit de promouvoir un changement de mentalité : faire de la concurrence non pas une contrainte, mais un levier de développement et de modernisation économique.

Vers un marché plus transparent et plus équitable

En définitive, l’ouverture de ce séminaire national marque une étape supplémentaire dans la consolidation de l’État de droit économique au Burkina Faso et dans l’espace UEMOA. Elle témoigne d’une volonté partagée de construire un marché plus transparent, plus équitable et plus compétitif.

Plusieurs communications d’experts sont attendues lors de ce tout premier séminaire national d’information et de sensibilisation sur le droit et la politique de la concurrence en Afrique de l’Ouest, organisé au Burkina Faso

Dans un contexte régional confronté à des défis sécuritaires et économiques, la promotion d’une concurrence saine apparaît comme un facteur de résilience et de prospérité. En déclarant officiellement ouverts les travaux du séminaire, le représentant du ministre a exprimé le vœu que cette rencontre contribue à renforcer durablement les capacités des acteurs nationaux et à consolider l’intégration économique ouest-africaine.

Ainsi, à Ouagadougou, la concurrence n’est plus seulement un concept juridique : elle s’affirme comme une ambition stratégique au service du développement, de la transparence et du bien-être des populations.

Hamed Nanéma

Lefaso.net

Source: LeFaso.net