
L’audience sur le « dossier Yaké Camille Yé et autres » s’est poursuivie ce mercredi 25 février 2026 devant le Tribunal de grande instance Ouaga I. La journée a quasiment été consacrée aux prestations relatives à la fourniture des pagnes du 8-mars 2024.
L’audience a été ouverte par la déposition du directeur général des études et des statistiques sectorielles (DGESS) au moment des faits, Ousmane Belem, entendu en qualité de témoin. Son passage visait ainsi à éclairer le Tribunal, par également une confrontation avec des déclarations du prévenu Yaké Camille Yé. L’intérêt du Tribunal a donc porté sur le processus d’élaboration du rapport annuel de performance 2023 et du budget sensible au genre. Ces deux activités ont jusque-là cristallisé les débats, en ce sens que c’est autour de celles-ci également que de l’argent a été défalqué pour « rétributions ».
Sur quelles bases ? Explication !
En effet, pendant que les prévenus (Yaké Camille Yé, Lydie Bonkoungou, Issiaka Sangaré et Kouka Dimanche Yaméogo) ont reconnu que ces deux activités ont été exécutées sans des Termes de référence (TDR) et un arrêté portant mise en place de comités comme cela a été procédé, M. Belem affirme que les TDR existent (le Tribunal a demandé à ce qu’il produise lesdits documents pour l’ensemble des parties).
Il explique que les TDR sont élaborés par la DGESS, tout en sollicitant la direction de la gestion financière pour la partie liée aux ressources financières (ce qui corrobore la déclaration de Yaké Camille Yé sur ce point).
Un autre point de divergence concerne la durée des travaux. Durant leur passage, les prévenus sus-référés ont tous déclaré que la durée impartie était d’un mois. Mais, selon le témoin Belem, les travaux ont duré une semaine (ce que confirme une des pièces du dossier présentées par le Tribunal). Tout comme les prévenus, le DGESS Ousmane Belem a confié que chaque participant a reçu une rétribution de 300 000 FCFA.
Le Parquet insiste que les investigations et les propos des prévenus sont formels qu’il n’y a pas eu de TDR. « Le comité également n’a pas été mis en place (les prévenus ont dit que des comités ont été mis en place pour ces activités : Ndlr). Sur ça également, je suis formel », a contré le procureur.
Pour le ministère public, il est clair que sans TDR et arrêté portant création d’un comité, aucune activité ne pouvait être prise en charge par le budget de l’Etat.
En réaction aux propos de M. Belem, le prévenu Yaké Camille Yé est revenu sur la nécessité d’anticipation requise par certaines activités (le cas d’espèce) ; ce qui a empiété sur le cours normal de certaines procédures.
Cet épisode a fait place à celui relatif à la fourniture des pagnes du 8-mars 2024. La quasi-totalité de la journée a été consacrée à ce sujet qui a vu se succéder plusieurs témoins, certains venus de l’intérieur du pays, parfois en confrontation avec les propos de Yaké Camille Yé. De l’ensemble de ces passages, une constance : le manque de pièces justificatives dans les prestations (pas de décharges, de bordereaux de livraison,…). A l’image de la promotrice Germaine Compaoré, qui dit avoir été contactée par Yaké Camille Yé, pour livrer des pagnes dans le cadre du 8 mars 2024. Elle livre 320 pagnes pour la somme de 3 200 000 FCFA. Pour des pagnes livrés en février 2024 (Yaké Camille Yé dit avoir quitté le ministère en janvier 2025), elle reçoit paiement courant 2025, et ce, après avoir interpellé sur son cas. Le paiement a été fait en cash et sans pièce comptable. L’argent lui a été remis par une tierce personne (agent du ministère) de la part de Yaké Camille Yé.
Une autre promotrice, Odette Zonou venue de Bobo-Dioulasso, dit avoir été contactée par M. Yé, pour livrer 200 pagnes « Koko Dunda » (5000F/pagne). Elle envoie les pagnes au nom de Yaké Camille Yé et reçoit effectivement l’argent par Mobile money. Elle confie ne pas savoir de qui provient l’argent et n’a non plus pas fourni une pièce de livraison à cet effet.
L’ensemble des témoignages sur ces marchés de pagnes laissent voir une démarche informelle, c’est-à-dire pas de pièces justificatives. De quoi étonner le Tribunal que le professionnel qu’il est, M. Yé n’ait pas recours à des pièces justificatives (alors que ses subalternes font des décharges).
A sa décharge, Yaké Camille Yé fait comprendre qu’il ne maîtrisait rien de ce sujet. Il dit s’être référé aux réseaux sociaux pour identifier certaines commerçantes de pagnes (cas de Mme Zonou).
La liste des témoins étant épuisée peu avant 17h, le Tribunal a suspendu l’audience. Elle reprend demain, jeudi, 26 février 2026 à partir de 10h.
O.L.
Lefaso.net
*Expression de l’ancien président du Faso, Roch Kaboré, pour qualifier des situations de tâtonnements, balbutiements, d’égarement.
Source: LeFaso.net
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