Le Tribunal a clos en fin de matinée, ce mardi 3 mars 2026, les débats autour du contrat à litigieux portant 115 millions et relatif à l’achat de carburant pour l’ancienne ministre de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille (actuel ministère de la Famille et de la Solidarité ). Après une suspension d’une heure, l’audience a repris à 14 heures avec l’instruction sur les infractions secondaires liées à celle de détournement de deniers publics. C’est l’ancienne ministre Laure Zongo qui a été appelée en premier à la barre pour répondre des infractions d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux, qui se traduit par l’injectant des fonds dans l’achat de biens immobiliers. Des faits qu’elle a également rejetés.

Invitée donc à donner sa version par rapport aux faits qui lui sont reprochés, Mme la ministre Laure Zongo a déclaré avoir pris connaissance de ces charges avec la première infraction, à savoir le détournement de deniers publics en lien avec le contrat de 115 millions F CFA. Sur ces infractions d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux, il est clairement reproché à Laure Zongo d’avoir injecté l’argent dans l’acquisition de biens immobiliers.

En effet, la prévenue Laure Zongo a reconnu avoir acquis, par le biais de Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo, en 2016 et en 2017, deux terrains, bâti et non-bâti. Il s’agit d’un célibaterium d’un coût de 40 millions selon ses propos (et entre 30 et 35 millions, selon Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo) dans le quartier Wapassi et un terrain non-bâti à 10 millions, au quartier Kilwin (tous dans la capitale burkinabè : Ndlr). Elle a précisé que ces biens ont été acquis pour sa fille, alors mineure. Pour ce faire, elle a joint au document de cette dernière, la copie de sa carte nationale d’identité, qu’elle a remise à Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo pour les formalités.

Elle rappelle que ses liens avec Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo datent d’avant sa nomination au poste de ministre. Elle confie avoir pris trois motos avec celui-ci, pour ses enfants. Le règlement a été fait à tempérament, et le dernier paiement a été fait pendant qu’elle était en fonction de ministre. Elle a en souvenance également avoir pris sept motos lors de la campagne électorale de 2015, qu’elle a également payées à tempérament.

Elle dit avoir plus tard, en 2020, revendu le terrain de Kilwin à 12 millions et a même voulu vendre le second bien pour « raisons personnelles ». Des propos corroborés par Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo, celui-là qui a facilité leur acquisition.

Sur l’origine des fonds qui ont servi à acquérir ces biens, la prévenue Laure Zongo a expliqué qu’ils proviennent de son salaire et de celui de son époux, de la vente des produits de sa ferme (des porcs de race), de la vente de deux terrains appartenant à son époux à Saaba (la première parcelle a été vendue en 2016 à 9 millions et l’autre, en 2017 à dix millions) et d’appuis familiaux. A cela s’ajoute la vente de son véhicule à environ 5 millions.

En ce qui concerne le prévenu Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo, sur qui pèse également l’infraction de blanchiment de capitaux, le Parquet estime que pour avoir été à la base du contact entre Mme la ministre et la prestataire Ramata Bamba, il ne pouvait pas ignorer que les Fonds qui lui ont été remis pour l’acquisition des biens immobiliers étaient d’origine frauduleuse. Rappelons au passage que Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo a antérieurement déclaré que les sommes de 12 millions et 23 millions récupérées chez Mme Bamba pour Mme la ministre ont servi à l’achat de ces biens.

Pour le ministère public, M. Ouédraogo savait bel et bien donc, que c’était l’argent venant du carburant.

Un argument que réfute M. Ouédraogo, qui relève que non seulement il n’était pas dans les secrets du contrat, mais également éprouvait de la fierté à exécuter des taches à lui confiées par une autorité, à savoir Mme la ministre.

L’ancien DAF, Billy Zongo, a également été appelé à répondre de l’infraction de blanchiment de capitaux. Concrètement, il lui est reproché d’avoir détourné des fonds publics et de les avoir injectés dans le circuit économique. « Je ne sais pas à quel moment j’aurais injecté de l’argent dans le circuit économique », a rejeté le prévenu Billy Zongo. Pour mémoire, dans sa déposition, le témoin Ramata Bamba a dit avoir été contactée par le DAF Billy Zongo, qui dit appeler de la part de la ministre Laure Zongo pour récupérer la somme de 40 millions dans le cadre d’une mission à effectuer à l’intérieur du pays. Somme qu’elle affirme avoir remise dans une enveloppe, mais qui n’est jamais parvenue à Mme la ministre. Billy Zongo a sollicité le Tribunal, afin que le témoin revienne préciser quel type d’enveloppe pourrait contenir 40 millions FCFA.

Son successeur à la DAF (Direction de l’Administration et des Finances), Pasgo Billa, également accusé de blanchiment de capitaux, a rejeté la charge. « Pour blanchir des capitaux, il faut en avoir. Moi, je n’ai que mes revenus », a-t-il montré patte blanche.

Après s’être rassuré qu’aucune des parties n’a une question pour le prévenu, le Tribunal a clos les débats sur les infractions reprochées aux prévenus, suspendant dans le même temps, à 18h, l’audience. Elle reprendra le jeudi 5 mars 2026 à partir de 9h avec les plaidoiries des avocats et les réquisitions du ministère public.

O.L.

Lefaso.net

Source: LeFaso.net