
L’on a encore en souvenir immédiat cette saisie douanière qualifiée d’une « gravité exceptionnelle », réalisée dans le cadre d’une opération menée du 26 janvier au 20 février 2026 : 1 502 400 comprimés de Tapentadol, soigneusement dissimulés dans une cargaison conteneurisée de biscuits. En 2025, c’est le ministère de la Sécurité qui procédait à Zagtouli (périphérie ouest de la capitale) à l’incinération de plus de 39 tonnes de substances illicites, dont différents types de drogues et bien d’autres substances psychotropes. Ce sont ces deux cas qu’on retient volontiers aux côtés des actions au quotidien des structures étatiques, à l’image du Comité national de lutte contre la drogue (CNLD) et de la Brigade mobile de contrôle économique et de la répression des fraudes (BMCRF), qui laissent voir un tant soit peu l’agression dont sont objet les populations, surtout la frange jeune. Il suffit également de prendre place dans des salles d’audience de tribunaux pour se faire une idée de ce piège dans lequel sont pris les jeunes. Déjà interpellateur au regard de l’impact sur la société, ce phénomène de consommation de substances illicites et psychotropes aux conséquences aussi désastreuses que vastes exige désormais de chaque citoyen un engagement (à travers surtout la prévention) dans le contexte national de lutte contre l’insécurité et de gestion des conséquences humanitaires.
L’éclatement de l’environnement matériel a davantage rendu plus difficile le contrôle des produits de consommation qui partagent le quotidien des populations. Difficile encore pour le citoyen de déceler les gros risques de maladies chroniques et de troubles mentaux dissimulés dans certains produits de consommation sous des formats plus raffinés et attrayants. Sous forme de biscuits, bonbons, jus ou… même de calmants, tout est fait pour que les populations consomment autrement ces produits classiques identifiés comme dangereux : les nouveaux produits tabagiques, ces boissons dites énergisantes qui inondent les boutiques et marchés des quartiers et villages.
Les nombreuses et permanentes saisies opérées par les structures de prévention et de répression contre ces produits illicites et substances psychotropes montrent l’ampleur du phénomène et interpellent sans cesse les populations à une vigilance accrue, surtout les parents à plus d’égards dans les comportements de leurs enfants et ce qu’ils consomment.
Selon des spécialistes, même des produits pharmaceutiques présentés comme des calmants sont à risque de dépendance ; d’où la nécessité de se référer aux structures et acteurs indiqués pour des consignes. Pourtant, regrettent-ils, le paysage est chargé de médicaments de rue, auxquels font recours régulièrement de nombreux individus pour calmer des douleurs ou un quelconque mal.
Certains commerçants de ces produits aux allures de drogue, d’excitants…, n’ont de clientèle que les élèves qui, en général, se suivent par groupes pour venir s’y ravitailler. Conséquences : certains milieux scolaires également sont devenus un monde d’initiation à la consommation de ces substances et un environnement dangereux pour tous leurs usagers. Outre les défections scolaires, la baisse du niveau et le poids que représentent dès lors certains élèves tombés dans l’addiction pour leurs enseignants, le phénomène expose à des conséquences économiques pour les familles. Ces situations d’enfants sous l’emprise des stupéfiants portent également le risque d’entamer la cohésion des familles, les parents pouvant être poussés à se rejeter la responsabilité.
Toutes ces réalités du marché de consommation doivent donc sonner comme une obligation pour les parents d’être plus regardants et alertes en ce qui concerne les habitudes de consommation de leurs enfants.
L’enjeu du sujet ne se borne pas seulement au niveau des parents et de l’État, il convoque toute la société, en ce sens que les individus sous l’emprise de ces substances sont des dangers : en circulation, au quartier, dans leurs propres familles, dans leur environnement d’apprentissage et professionnel ou encore dans leurs cercles d’amitié. Pire, ce canal peut alimenter des réseaux d’insécurité que traverse le pays.
Par ailleurs, une jeunesse dépendante des drogues et autres stupéfiants est un coup porté à la productivité, un capital humain affaibli et, partant, un avenir national menacé. La situation nécessite donc une réponse collective, et c’est en cela qu’il faut saluer à sa juste valeur la démarche du secrétariat permanent du Comité national de lutte contre la drogue (SP-CNLD) de faire également alliance avec des entités-ressources comme les faîtières religieuses, les autorités coutumières, dont la parole porte dans la société et qui ont l’avantage d’être des lieux de convergence des populations, notamment des jeunes.
- Lire aussi : Consommation de la drogue en milieu scolaire : « Un drame silencieux au Burkina Faso », Pr Kapouné Karfo
O.L.
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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