
Alors que la victoire de Donald Trump était donnée pour acquise, nous avons recueilli à chaud les réactions de quelques Burkinabè de la diaspora : Jean Bouda est diplômé en finances et économie, Sibiri Nestor Samné, diplômé en communication et De Touorizou Hervé Somé, enseignant-chercheur dans une université dans l’État du Wisconsin et qui sont des contributeurs réguliers sur Lefaso.net.
Jean BOUDA : « Trump ne sera pas ce que beaucoup pensent de lui »
Cette victoire va juste créer des frustrations entre les immigrés et les autochtones qui n’aimaient pas surtout les immigrants. Nous savons tous que Trump ne pourra pas faire ce qu’il a prévu faire parce que tout doit être voté par le congrès mais le plus difficile est qu’il a réveillé le racisme qui existait pendant des années et qui n’était plus vraiment visible comme auparavant.

- Jean BOUDA
Je sais bien que Trump ne sera pas mauvais mais il sera plus réaliste dans les affaires et poussera tout le monde à travailler d’avantage. Trump ne sera pas ce que beaucoup pensent de lui. Je ne voulais pas qu’il remporte les élections parce qu’il a tenu un discours violent pour atteindre son objectif. Enfin, il faut dire que c’est la démocratie et il sera notre président donc nous l’acceptons. Cordialement, Jean Bouda
Sibiri Nestor SAMNE : « « Les Américains refusent d’être traités de peuple mouton qui accepte d’être attaché par la même corde et au même arbuste » »
D’emblée, je dois souligner que ma candidate c’était Hillary Clinton pour le fait que je rêvais de voir pour la première fois une dame présidente des USA. Et pour une autre raison vraiment personnelle, j’ai toujours vu en elle le leadership au féminin. J’ai même donné son nom Hillary à ma fille. Bref ! Pour dire qu’elle était la candidate de mon cœur humain. Son échec, naturellement, a causé de l’amertume à mon cœur ; mais à ma raison qui s’adonne au dure exercice de toujours accueillir la vérité d’où qu’elle vienne, je salue la victoire de Donald TRUMP qui interpelle sur plus d’un point.
1-La victoire de Trump symbolise la soif de changement des américains ou leur refus de la routine. Trump a été comme l’acteur imprévu sur la scène politique américaine qui a ravi la vedette aux politiciens traditionnels, républicains comme démocrates. Son apparition a rompu avec les chemins traditionnels. Avec un discours moins diplomatique, direct et parfois choquant, il a signé une autre façon de faire de la politique. Son engagement pour les présidentielles a été riche en suspenses comme celui de Obama en 2008. Un noir, pour la première fois qui rêvait d’être le président de la première puissance mondiale. Quel challenge ! Du coup, cela avait créé un choc appétissant et les américains qui ont du goût pour les films à intrigues, ont voulu essayer pour voir ce que ça allait donner. Voilà en partie ce qui avait fait d’Obama le premier président noir des USA.

- Sibiri Nestor SAMNE
La même logique selon moi, a poussé les américains, les premiers aventuriers du monde, à oser Trump, l’imprévisible de l’année 2016. Mais il faudra ajouter que ce peuple n’aime pas la routine en politique. En 2008, il voulait sortir de l’emprise des Républicains qui avait régner pendant 08 ans durant avec Bush fils. Fatigué des politiques d’agression d’un peu partout dans le monde dont le point culminant était l’invasion de l’Irak, le peuple était assoiffé d’un autre ton, d’une autre musique politique. Alors, ils avaient opté pour Barack, un Démocrate qui vient de finir son deuxième mandant à la Maison Blanche. Une possible victoire d’Hillary Clinton allait être une continuité de l’administration d’Obama-Démocrate. Par l’élection de Trump, ils réclament une autre manière de diriger. Pour ça, ils soulignent qu’il est difficile de les traiter de « peuple mouton » qui se plait à être attaché par la même corde et au même arbuste. Sur ce, « les commentaires sont libres mais les faits sont sacrés »
2- La victoire de Donald est le signe de la maturité démocratique du peuple américain. Pour dire que, libérés de l’esprit de manipulation politicienne, ils savent convaincre leurs consciences à rejeter toute politique de prostitution idéologique pour choisir, rien que sur la base de leurs convictions profondes. Moins en proie à la pauvreté, meilleure réductrice en esclavage, ils ne cèdent pas forcement leurs voix au plus bruyant des « DJ » politique. Même si publiquement ils ne résistent pas au style de son animation, ils sont capables de se retrancher dans l’Hermitage de leur conscience pour décider à qui aller.
3- La victoire de Trump serait pour moi aussi un signe du rejet de la femme comme première dirigeante. Les premières puissances mondiales n’hésitent pas à matraquer l’Afrique l’accusant de manque de volonté de libération des femmes. Brandissant leur conception parfois dictatoriale des droits humains et de la liberté, elles traitent de tous les noms les cultures africaines à propos des femmes. Mais au-delà de leur rhétorique, des faits historiques nous convainquent de plus en plus qu’elles ne pratiquent pas ce qu’elles prêchent. Ici, je n’indexe pas seulement les hommes mais aussi les femmes elles-mêmes. L’histoire de Ségolène Royale contre Sarkozy en France en est une preuve palpable. 52% de la femme avaient voté contre elle, ratant ainsi l’occasion de porter une femme à la tête de leur pays, champion en défense du leadership féminin. Cette fois-ci les Américaines semblent nous transmettre un message similaire. Bien qu’Hillary soit la candidate qui promettait plus de liberté avec son Projet de légaliser l’avortement sur toute l’étendue du territoire- ce qui, visiblement plaît à beaucoup de femmes, les plus nombreuses d’ailleurs- elle a raté tout simplement. Ce serait révélateur que le monde n’est pas aussi emballé à se faire diriger par les femmes. C’est bien discutable.
4- La victoire de Trump serait une célébration de ce qui protège la vie. Ce qui m’est moins séduisant chez les Démocrates c’est leur politique qui consisterait à confondre liberté, droit de l’Homme, à toute politique de libertinage. La tendance à la légalisation de tout ce qui fait plaisir, semble avoir joué en la défaveur des Démocrates. Trump a désavoué le fait de vouloir légaliser l’avortement. La légalisation du mariage même-sexe n’est pas de la tradition des Républicains. Je n’ai rien contre les aspirations personnelles de chacun mais j’ai moins d’affection pour toute politique qui n’est pas de nature à préserver l’espèce humaine. Et je crois que c’est ce qui aurait séduit beaucoup d’électeurs du peuple américain car, nombreux sont des croyants attachés aux valeurs fondamentales de la vie. Si les Démocrates continuent dans la promotion de ce qui freine la procréation, ils ne devaient pas être étonnés dans l’avenir, que moins de gens votent pour eux. Pas de naissance, moins de militants, donc moins de votes. Logique n’est-ce pas !
Conclusion, au-delà de toute lecture de cette victoire de Trump et de la défaite d’Hillary, je retiens que c’est la démocratie qui a gagné à travers ces présidentielles 2016. Le Président une fois élu, est conscient que le moment est venu de mettre fin aux discours de division qui ont régné pendant la campagne, pour travailler à l’unité du pays qui fait sa force dans le monde.
D’ailleurs, il est indéniable que ce que TRUMP a prévu dans ses démagogies ne peut être appliqué, si cela ne rencontre pas le programme du pays. Contrairement à d’autres pays, aux USA, le Président ne peut pas faire du pays, son lit privé où il invite qui il veut à se coucher et sur lequel il peut allègrement dormir sur toute position voulue (rires). Il est le représentant officiel du pays qui, en réalité, est dirigé par d’autres instances discrètes qui veillent aux intérêts authentiques de la nation avant tout. Pendant les campagnes, il peut jouer au théâtre pour séduire qui il veut, mais après avoir été élu, le Président devient l’exécuteur du programme officiel du pays, qui serait au-dessus de celui d’un parti politique. Avec son élection, toute querelle de chapelle est bannie pour réunir les compétences nationales, indépendamment de leur bord politique pour construire l’édifie commun, les Etats-Unis d’abord.
Que leur exemple inspire les démocraties naissantes dont les acteurs malheureusement privilégient souvent leurs intérêts personnels au détriment de leur pays ; qui sacrifient l’avenir de leurs concitoyens pour servir leur « ego ». Que Dieu nous donne la grâce et la force de copier la bonne danse du voisin et non son mauvais caractère.
Dr Touorizou Hervé Somé, enseignant-chercheur au Ripon College dans l’Etat de Winconsin
Je suis choqué que Trump arrive à ce niveau de la compétition. Je suis atterré qu’ il rafle même la mise à Hillary, ma favorite, malgré ses faiblesses. Avec elle, on avait des chances de ne pas faire un saut dans l’ inconnu, même si ca pouvait peut- etre etre« Democrate »ment ennuyeux car du Obama bis… Avec Trump, tous les jeux sont ouverts. Il tentera à coup sûr de jouer au Mr. Tough, au dur, pour vite réaliser que les choses ne sont pas aussi simples comme quand on dirige une entreprise où on dicte son oukase aux employés.
Trump fera beaucoup d’ erreurs car il n’est pas un très bon écouteur des autres. Il s’écoute plûtot un peu trop. Nous risquons de tous payer le prix fort s’ il n’ apprend pas à se discipliner..
L’ Amérique fait ce qu’ elle veut. C’ est la démocratie. Georges Bush avait déclaré qu’il était un président de la guerre mais ça n’ a pas empêche qu’ il soit élu.
Je crois que Trump a été élu parce qu’ il a usé de la même stratégie psychologique , de la même rhétorique qu’Auguste César qui tape sur le tam- tam de la guerre pour mettre ses sujets dans sa nasse(toutes chosess étant égales par ailleurs), en jouant sur nos peurs et nos frustrations individuelles et collectives, en surfant sur toutes les plaies, bosses et saillies de la politique politicienne à Washington. Son Logos a été construit autour de la nation en danger, et le danger, c’ est toujours l’ autre, dans une amérique autrement plus conservatrice qu’ on ne le pense, et encore plus clivée sur le front racial depuis l’ arrivée d’Obama àla Maison Blanche, dans un pays où a qualification égale, l’ homme blanc gagne encore 1 dollar et la femme blanche et l’ homme noir ou latino/hispanique, 80 centimes, les femmes des autres minorités peut- être beaucoup moins.
Trump n’ a pas une instruction très poussée et il n’ en a cure. Il ne cherche pas à montrer qu’il peut être mieux qu’ un homme frustre. La classe ouvrière et la paysannerie de Michigan, Wisconsin, Ohio, Minnesota aime cette projection macho qui transpire dans son discours. Il sera un bon patrouilleur des frontières des différents groupes qui voient en lui le rédempteur. Et il s’assurera de leur inviolabilité par le méchant immigrant. Ca rassure contre les envahisseurs, les resquilleurs, les autres, qui deviennent nombreux.
On peut tout reprocher à Trump sauf qu’ il ne tient pas les fondamentaux de la psychologie des americains en main. Il a su jouer sur le tableau de la politique identitaire, « le nous versus les autres ». Ca ne paie pas en morale politique mais ça paie en politique pragmatique. Je vois en sa victoire une banqueroute de la conscience politique américaine en général. Je me plie au verdict des urnes et j’ apprends déjà à vivre quatre longues années avec un monsieur expert en déclarations de faillite. Pourvu que cette guigne personnelle et personnalisée ne se répète pas a l’ échelle nationale. C’est la loi implacable de la démocratie qui n’ est pas sans rappeler quelquefois les choix que nous jugeons forts malheureux de la coqueluche du quartier qui s’ acoquine avec le bad boy du coin ; pour aucune raison que c’ est cela que son coeur lui dicte.
Quitte à apprendre par l’amère expérience qu’ on ne fait pas la politique au brouillon. Il faut l’écrire directement au propre car les conséquences pour la vie des uns et des autres sont énormes.
Souhaitons que Trump entre dans la peau d’un président pour nous faire oublier que ses sorties erratiques ne s’ inscrivaient que dans les effets recherchés d’ une campagne présidentielle où, plus on était grotesque, plus on était en vue, et plus on pouvait mieux semer la plupart des pronostics.
Que Dieu protège l’Amérique et le reste du monde en ces temps troubles que nous vivons
Propos recueillis par Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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