Bienvenue dans l’univers des groupes d’auto-défense à travers « Koglweogo Land », le dernier film documentaire de l’Association Semfilms, réalisé par Ismaël Compaoré et Luc Damiba. La première s’est déroulée, le vendredi 6 octobre 2017 au ciné Neerwaya.

Deux ans de travail de recherche condensés dans un documentaire de 76 minutes 33 secondes. « Koglweogo Land », c’est bien l’univers de ces hommes et femmes toujours sur la brèche quand il s’agit de traquer et débusquer voleurs, bandits et malfrats aussi bien dans les villes que les campagnes. Peu importe les méthodes, justice doit être rendue aux populations. A Fada N’Gourma, Bogandé, Logobou, Rassamkandé, Léo, Ouagadougou, Arbollé, Boulsa, Kerboulé, pour ne citer que ces localités, la chasse aux malfrats et aux images n’est pas de tout repos et pour les Koglweogo et pour l’équipe technique d’une dizaine de personnes pilotée par les deux réalisateurs, Ismaël et Luc.

« Faisons attention »

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Une vue des invités à cette première du film

Projeté en première au ciné Neerwaya, en présence de plusieurs acteurs de la société civile, des éléments de la police et de la gendarmerie et même des Koglweogo, le film documentaire donne la parole à plusieurs leaders des groupes d’auto-défense dont le charismatique, Moussa Thiombiano alias Django, dans la région de l’Est qui a réussi notamment à ramener la sécurité au marché à bétail de Fada. Des personnalités telles que le chercheur Dr Ra-Sablga Ouédraogo, Urbain Yaméogo du Centre d’information et de formation en matière de droits humains en Afrique (CIFDHA) ont également donné leur point de vue sur le phénomène des Koglwéogo et ses méthodes qui n’ont pas toujours l’assentiment de l’opinion.

Si pour le Dr Ra-Sablga Ouédraogo, l’offre de sécurité des Koglweogo est née d’un affaiblissement de la légitimité de l’Etat notamment en lieu rural, pour Urbain Yaméogo, « nul ne peut se substituer à l’Etat ». Selon lui, le phénomène des Koglwéogo n’est pas si endogène car des groupes d’auto-défenses existent dans d’autres pays tels que le Mexique, et avec aussi des dérives. « Faisons très attention ! L’idée n’est pas de dire que les Koglweogo ne sont pas bons mais d’attirer l’attention sur les dérives qui ne sont pas acceptables dans un Etat de droit », a-t-il martelé.

Poursuivre la mission en dépit des décès dans les rangs

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A l’image Moussa Thiombiano dit Django, chef des Kogleogo de l’Est

Tous ceux qui ont eu l’infortune de tomber entre les mains des Koglweogo portent des séquelles notamment sur le dos. A Léo par exemple, le président des Koglweogo confie qu’il est souvent fait usage de piment et de potasse sur les blessures des voleurs qui, à certaines occasions, peuvent bénéficier de liberté provisoire de la part des Koglweogo. Les moins chanceux perdent la vie après avoir subi humiliations et tortures. De leur côté, les Koglweogo ne sont pas non plus invincibles. Dans l’accomplissement de leurs missions, il leur arrive de perdre la vie comme ça été le cas à Kerboulé, dans la région du Sahel. Qu’à cela ne tienne, les « hommes de la brousse » ne se sont jamais laissés dépités, leurs amulettes étant leur boîte de pandore.

L’équipe de tournage a été interpelée par la gendarmerie

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Les deux réalisateurs du film documentaire

Des difficultés, l’équipe de tournage confie en avoir eu. . « Nous avons eu des difficultés avec les forces de défense et de sécurité qui ne comprenaient pas véritablement notre démarche. Dans une des villes que nous avons sillonné, nous avons été arrêtés parce que la gendarmerie a constaté qu’on faisait des va-et-vient avec nos caméras. On était tout le temps avec les Koglweogo, on dormait avec eux et les gendarmes ne comprenaient pas cela. Nous avons donc été interpellés mais l’ordre ne venait pas de la gendarmerie. C’était évidemment chaud mais nous nous sommes expliqués, nos papiers à l’appui, et nous nous sommes compris », a relaté l’un des réalisateurs, Ismaël Compaoré.

C’était moins une

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Quelques membres de l’équipe technique

Côtoyer les Koglweogo de jour comme de nuit, c’est côtoyer la peur, les armes à feu, le danger. L’équipe technique en sait quelque chose. Lors du tournage, de passage à Kerboulé (Sahel) dans un cimetière où des Koglweogo ont été enterrés, un Koglweogo s’est percé le pied après une mauvaise manipulation de son arme. « Tous les Koglweogo ont braqué leurs armes. On s’attendait plus ou moins à une attaque. C’était le silence total. Un des Koglweogo a reconnu qu’un des leurs avait fait une erreur de manipulation. Il s’est donc approché de lui et a retiré son arme avant de demander à ses camarades de baisser leurs armes », se souvient le 2e réalisateur, Luc Damiba.

Programme de diffusion

Pour la promotion de « Koglweogo Land », les réalisateurs annoncent de bonnes nouvelles en perspectives. Le Ciné Neerwaya compte diffuser le film du 16 au 29 octobre 2017 aux séances de 18h30, 20h30 et 22h30. L’Union européenne est également partante pour une diffusion à partir du 17 octobre. L’équipe de tournage a également annoncé qu’elle va sillonner, ce mois, les villes de Bobo-Dioulasso, Fada N’Gourma, Dori, Koudougou et Ouagadougou dans le cadre les clubs Ciné Droit Libre. Et à partir de Novembre, cap sera mis sur l’international à travers des festivals et séminaires.

Herman Frédéric Bassolé

Lefaso.net

Source: LeFaso.net