
Autrefois, annoncer un décès relevait d’un moment de délicatesse. On prenait le temps de prévenir les proches, de trouver les mots justes, de respecter la douleur de la famille. Aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux, certaines personnes semblent avoir trouvé une nouvelle vocation, celle d’être des « correspondants » nécrologiques. Il faut à tout prix être le premier à poster « RIP » pour espérer remporter des likes et certainement un badge de « proche affligé ».
À peine un décès survient-il que la course est lancée. Qui sera le premier à publier la photo du défunt ? Qui annoncera la nouvelle avant tout le monde ? Qui récoltera le plus de réactions, de commentaires et de partages ? Le deuil est devenu une compétition où la vitesse compte parfois davantage que la valeur humaine.
Le respect des familles en voie de disparition
Il n’est plus rare qu’une épouse découvre sur Facebook que son mari est décédé, qu’un fils apprenne sur WhatsApp la disparition de son père ou qu’un frère tombe sur une publication annonçant la mort de son proche avant même qu’un membre de la famille n’ait pu l’appeler.
Peu importe que la mère du défunt soit encore en train de faire ses courses au marché de Gounghin, ignorante du drame. Peu importe que ses enfants soient en plein examen. L’essentiel, c’est que le fil d’actualité soit mis à jour. Quelle tristesse pour une sœur de découvrir le décès de son frère entre une vidéo de la coach Hamon Chic et une pub pour des produits de beauté !
Le plus ahurissant est que certains internautes publient ces annonces avec une assurance insultante. Ils ne sont ni parents, ni amis proches, ni porte-parole de la famille. Mais ils se sentent investis de la mission sacrée d’informer le monde entier, immédiatement. Peu importe si les proches n’ont pas encore été prévenus. Peu importe si l’information est incomplète ou si les circonstances restent floues. L’essentiel est d’être le premier.
L’hypocrisie des hommages précipités
Le plus fascinant également reste l’hypocrisie enveloppée de bonnes intentions. L’internaute pressé vous jurera sur ses grands dieux qu’il a agi « par émotion ». Une émotion si vive qu’elle nécessite d’ouvrir une application, de taper un texte, d’y ajouter une photo parfois volée sur le profil du défunt, et de taguer la terre entière.
On pourrait presque imaginer une médaille virtuelle du « meilleur annonceur de décès », décernée à celui qui réussit à publier la nouvelle avant les membres de la famille eux-mêmes. Certains semblent malheureusement concourir pour ce titre.
Pourtant, chaque mère, père, conjoint, fils, fille, frère et sœur mérite d’apprendre la nouvelle d’une disparition dans la dignité. Découvrir la mort d’un proche à travers une publication sur Facebook ou un statut WhatsApp est une violence supplémentaire qui s’ajoute à la douleur de la perte.
Les réseaux sociaux sont des outils extraordinaires de communication. Ils permettent d’informer rapidement, de rendre hommage, de mobiliser des soutiens. Mais ils ne devraient jamais remplacer les règles élémentaires de respect et de compassion. Où est donc passé notre africanité, notre humanisme ? La technologie a évolué. Les usages aussi. Mais le respect des personnes et de leurs proches ne devrait jamais se démoder.
Votre clavier peut attendre
La décence voudrait que ce soit à la famille d’abord d’annoncer le décès. Si vous n’avez pas le même nom de famille, que vous n’êtes pas le conjoint ou le frère, ce n’est pas à vous de parler. Alors, chers lecteurs, la prochaine fois que vos doigts vous démangeront à l’idée de publier une exclusivité nécrologique, posez-vous la question de savoir si vous aimeriez que votre mère apprenne le décès de son frère par les réseaux sociaux ?
Votre clavier peut attendre. Le défunt, lui, ne sera pas plus mort demain.
Fredo Bassolé
Lefaso.net
Image générée par l’IA (ChatGPT)
Source: LeFaso.net
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