
Depuis quelques jours, la scène politique est marquée par cette crise ouverte à l’Union pour le progrès et le Changement (UPC). Treize députés sont entrés en dissidence en lançant ce qu’ils ont convenu d’appeler « Groupe parlementaire UPC Renouveau démocratique, UPC-RD). Les uns justifient leur option, les autres battent en brèches. Le linge salle est déporté sur la place publique pour être lavé. Piques et dérapages langagiers apparaissent parfois dans ce duel. C’est à priori une cuisine interne au parti du lion, mais il y a un aspect dans cette bagarre qui mérite d’interpeller chaque Burkinabè : la culture de visites de domiciles de ceux avec lesquels, l’on n’est plus d’accord.
Si, sous nos cieux, les clashs politiques ne surprennent plus personne, il y a quand même que les conséquences des divorces de points de vue et/ou politiques doivent être mieux gérées. C’est cela aussi être responsable. Les bisbilles sont inhérentes à toute société qui vit et qui bouge. C’est presqu’une dynamique normale. Ce qui est plutôt dérangeant, c’est que les gens se perdent, quand surviennent ces moments de mésententes.
Dans la crise en l’espèce, ‘’des » militants de l’UPC ont décidé de faire des pieds et des mains pour retirer « leurs mandats » au treize élus. Sentiment de frustration compréhensible car, au-delà de toutes analyses politiques, un problème de mœurs politiques peut être soulevé. Une opinion répandue fait croire qu’il n’y a pas de morale en politique, mais sans morale, la politique devient simplement du fanatisme.
N’est-ce pas pour cela que nos leaders religieux ne manquent pas d’occasion pour rappeler que la politique doit être un haut lieu de sacrifice pour sa communauté !
Dès lors que ces militants de l’UPC opposent aux dissidents, la question de ‘’morale », ils se doivent aussi de ne pas quitter la ligne du moralement acceptable dans leur combat. Il faut savoir rester zen car, souvent, mieux vaut perdre dignement que de vaincre avec des méthodes qui frisent la bassesse.
C’est difficile, mais il faut apprendre à rester zen dans certaines circonstances politiques, même les plus difficiles. C’est du reste, ce que leur premier responsable a maintes fois prôné. C’est en cela que la démarche qui consiste à « rendre visite aux domiciles des treize députés » est à bannir. Ces visites se veulent, selon eux, un moyen de pression, dépourvu de toute violence. Soit ! Mais dans un tel contexte, ce genre d’initiatives ne sont-elles pas porteuses des germes de dérives ? L’inévitable peut survenir, en se jouant même de la vigilance et de l’intention des organisateurs de telles démarches.
L’insurrection populaire d’octobre 2014 a eu son lot de morts et d’incendies de domiciles. L’on a assisté aux mêmes actes en septembre 2015 avec le coup d’Etat, puis à la faveur des élections municipales de 2016. Des domiciles sont partis en fumée. Or, c’est une valeur burkinabè que le domicile est un lieu qui doit être préservé de certains dérapages.
La culture de transporter donc les querelles politiques dans les cellules familiales (domiciles) doivent immédiatement prendre fin. L’espace politique, c’est l’espace politique (espace public). Rien à avoir avec les domiciles, dont les occupants (époux, épouse, enfants, frères, etc.) ne partagent parfois pas les activités politiques de l’individu en cause. La pression par les domiciles ne rime donc à rien, si ce n’est une promotion de l’incivisme. Ce que tout homme doit combattre. Au-delà de toutes considérations et colorations. L’impact de ces visites intempestives peut s’avérer négatif à vue sur les enfants et, partant, à long terme, pour toute la société.
Il faut donc s’efforcer de trouver les moyens de résoudre les problèmes politiques, en épargnant les cellules familiales. Ça ne fera que du bien à chacun et à toute la société.
Oumar L. Ouédraogo
(oumarpro226@gmail.com)
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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