
Ce mardi 4 décembre 2018, 6e jour d’audition du général Gilbert Diendéré, a été marqué par les questions des avocats des parties civiles. Les défenseurs des victimes et parents de victimes du putsch de septembre 2015, n’ont pas manqué de rappeler à l’accusé son rôle ambigu dans le cours de ces évènements.
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas à la barre du tribunal militaire. Depuis des jours, c’est le parquet militaire et les avocats de l’accusé qui occupent la piste de danse avec leurs questionnements. Enfin est venu le tour des avocats des parties civiles de poser des questions au général Diendéré. Lorsque le président de la police des débats, Seydou Ouédraogo, donne la parole aux avocats des parties civiles, le général Diendéré demande la parole. « Monsieur le président, j’ai une déclaration à faire ».
En substance, l’accusé dit que le moment tant attendu est enfin arrivé où il peut s’adresser aux victimes et parents de victimes du coup de force, donc les véritables concernés par cette affaire. « Je n’ai jamais commandité, ni planifié, ni exécuté ce coup d’Etat », répète le général. Pour lui, ses propos ont sûrement suscité la stupéfaction des uns et des autres. Mais il se doit d’être sincère avec le peuple burkinabè. « Depuis fort longtemps, j’entends vos cris, vos pleurs, vos douleurs », lance l’accusé.
A cet effet, il demande pardon au peuple pour les dommages causés. Il assure qu’il assumera sa part de responsabilité dans ce coup de force. Toujours dans cette déclaration, le général est convaincu que si ce coup d’Etat n’avait pas eu lieu, la Transition n’allait jamais aboutir aux élections. L’accusé dit avoir eu l’occasion de fuir son pays, mais cela aurait fait de lui un lâche. Alors qu’il n’en est pas un. Il est donc resté pour répondre devant l’histoire, malgré le fait qu’il était un « wanted » mort ou vif.
Après une telle déclaration, Me Prosper Farama, un des avocats des parties civiles, prend la parole pour dire au général qu’il n’est pas du ressort des avocats de pardonner au nom de leurs clients, encore moins de décréter une réconciliation. S’il est vrai que chaque homme à trois juges, c’est-à-dire Dieu, le peuple et la conscience, il n’en demeure pas moins que l’on se trouve devant une justice institutionnelle. Et son vœu est que les uns et les autres sachent qui a fait quoi et pour quelles raisons.
Dans le même élan, Me Séraphin Somé (avocat de Zida), après avoir rappelé des faits d’injustice et de violations de droit que le pays a vécus avant 2015, se demande pourquoi le RSP n’a pas fait un coup d’Etat en son temps mais c’est sous la Transition qu’il est devenu un justicier. Tout simplement parce qu’on aurait voulu dissoudre le corps. L’avocat se demande pourquoi lors de la dissolution de certains corps comme le CNEC de Pô, le BIA…, il n’y a pas eu de coup d’Etat de leur part. « Fallait-t-il qu’on demande l’avis du RSP avant de le dissoudre ? », s’interroge Me Somé.
Me Farama revient à la charge. Pour lui, que l’on aille à Katmandou ou à Paaglayiri (quartier de Ouaga), et qu’on demande qui a fait le coup d’Etat de septembre 2015, la réponse sera claire : c’est le général Diendéré. Alors qu’à entendre l’accusé, on en arrive à un coup d’Etat sans auteur comme si des fantômes pouvaient faire un coup d’Etat. Pour le général, c’est normal, car tout le monde avait dans sa tête que l’auteur du putsch, c’est lui. Alors que ce n’est pas vrai.
L’audience se poursuit ce mercredi 5 décembre 2018.
Marcus Kouaman
(kmagju@gmail.com)
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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