
Comment la diaspora africaine, notamment burkinabè aux Etats-Unis vit le drame de la mort de George Floyd qui est en train de bouleverser le pays de l’Oncle Sam ? Nous avons interrogé Daouda Emile Ouédraogo, journaliste et Coordonnateur international de l’ONG Stand or Life and Liberty (S2L) aux Etats-Unis.
Après la mort de George Floyd, les Etats-Unis sont en ébullition comment vous vivez la situation ?
Après les manifestations de protestations, émaillées de pillages et de courses poursuites entre forces de l’ordre et les manifestants, le calme revient petit à petit dans les villes. Ce calme a été favorisé par plusieurs facteurs. Notamment, l’appel au calme de la famille de Georges Floyd, les actes de compassion de la police et de l’armée à l’endroit des manifestants là où l’exécutif bandait les muscles et surtout, les obsèques de l’intéressé. Ces obsèques ont commencé depuis le 4 juin à Minneapolis et devront culminer jusqu’au jour de l’enterrement prévu pour le 09 juin à Houston au Texas. Le couvre-feu est en vigueur dans une vingtaine d’Etat avec des heures variables.
Participez- vous aux différents mouvements de revendication pour la justice ?
Oui…l’ONG Stand for Life and Liberty (S2L) qui milite pour la promotion des droits humains ne pouvait pas rester en marche de ces protestations. Nous avons condamné avec la dernière énergie cet acte barbare et dénoncer les brutalités policières et le racisme sous toutes ces coutures aux Etats-Unis et partant dans le monde.
Dites-nous avec cette situation, pensez-vous que la situation des Noirs aux Etats-Unis va connaître un changement ?
Il est clair qu’après la mort de Georges Floyd, plus rien ne sera comme avant dans le traitement des Noirs lors des interventions policières et même dans la lutte contre le racisme. En effet, c’est la première fois dans l’histoire des Etats-Unis que la mort d’un homme noir fait changer une décision de justice. En effet, au départ, seulement l’ex officier Derek Chauvin avait été inculpé d’homicide involontaire et de meurtre au troisième degré. La pression de la rue a permis de faire évoluer cette inculpation en meurtre au second degré et d’homicide volontaire. Les 3 autres policiers ont aussi été inculpés de complicité comme le réclamaient les manifestants. Depuis l’assassinat de Martin Luther King en 1968, c’est la première fois que la rue dicte sa loi à la justice américaine. Les lignes ont bougé car, toutes les grandes compagnies ont envoyé des e-mails pour dénoncer cet acte raciste et levé des fonds pour soutenir les organisations non gouvernementales luttant pour la réforme de la justice. Comme le disait Martin Luther King : « L’injustice partout est une menace pour la justice partout dans le monde. »
Quelles sont vos relations avec la police depuis que vous vivez aux Etats-Unis ?
Personnellement, je n’ai pas eu de problèmes avec la police depuis que je vis aux Etats-Unis. Mais, des amis, qu’ils soient de peau blanche ou noire, ont eu maille à partir avec la police lors de simples contraventions routières. L’un d’eux (un blanc) a même passé une nuit derrière les barreaux parce qu’il a osé demander la raison de son interpellation à l’officier de police.
Des Burkinabé vivant aux Etats-Unis ont-ils eu des difficultés avec la police. ?
Dans le cadre des contrôles de routine, liés par exemple à des patrouilles policières, ou des contrôles routiers, généralement non. Car, la plupart des Burkinabé respectent les lois du pays. Cependant, il y a souvent des brebis galeuses qui sont interpellés pour des délits. Ceux-ci font face à la justice pour ce qui les concerne.
On dit qu’aux Etats-Unis, les Noirs sont plus exposés à la mort avec les bavures policières ? Est-ce vrai ?
Oui. En août 2019, une étude a démontré que les Noirs ont 2,5 fois plus de chance d’être tués par la police que les Blancs. Cette étude se base sur les chiffres compilés par Fatal Encounters, un consortium de journalistes, et ceux du National Vital Statistics System, qui collecte annuellement toutes les données sur la mortalité aux Etats-Unis.
Les Burkinabè vivant sont-ils plus exposés que d’autres ressortissants aux Etats-Unis ? Que font les représentants de l’Etat Burkinabè pour vous dans certaines difficultés avec la police ?
Les Burkinabé sont logés à la même enseigne que les autres nationalités lorsqu’il s’agit d’interpellations policières. Un noir est un noir. Et il y a deux sortes de racisme : les Américains Blancs contre les Américains Noirs et celui des Américains Noirs contre les Africains.
Pour ce qui concerne les représentants de l’Etat, ils apportent des soutiens moraux la plupart du temps par l’intermédiaire des Organisations de la société civile Burkinabé lorsqu’un Burkinabé fait face à une action judiciaire. Les autorités diplomatiques n’interviennent pas directement mais, apporte leur soutien sur le plan administratif lorsque de besoin.
Craignez-vous d’avoir plus de difficultés avec la police après cette crise ?
Je pense que cette crise a révélé que l’homme noir a sa place aux Etats-Unis. Depuis 400 ans, la lutte pour l’égalité des droits entre l’homme blanc et l’homme noir, sur le plan du travail et des traitements, n’a été aussi exacerbée qu’avec la mort de Georges Floyd. Car, il faut le reconnaitre, l’Amérique est avant tout blanche. Après cette crise, j’ose espérer que le regard du blanc sur le noir changera. Et, ce regard doit changer même dans les profondeurs des textes fondateurs des Etats-Unis.
Dites-nous qu’est-ce qui explique que les Noirs ont toujours des difficultés avec la police, quelque part cela n’est-il dû à leur comportement aussi ?
J’en conviens avec vous que l’attitude des Américains noirs favorise souvent ce comportement. Ils sont généralement impliqués dans les rapts, les violences de rue, les gangs et la drogue. La majorité des Américains noirs n’aiment pas aller à l’école. Ils n’aiment pas travailler dur comme le font les jeunes africains. Et, cela est une réalité. Or, le système capitaliste libéral ne fait pas de cadeau à la classe moyenne ou intermédiaire. Ils vivent de « paid check by paid check » avec souvent 2 ou 3 boulots. C’est un rythme infernal que beaucoup ne peuvent pas tenir. Et, pour ne pas arranger les choses, ils font face à des factures à payer tout au long du mois. Donc, au finish, le système est victime des monstres qu’il a créés.
Interview réalisée par Issouf Ouédraogo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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