Juriste spécialisée en droit des personnes, militante féministe et députée à l’Assemblée législative du peuple (ALP), Bénédicte Baïlou, à travers « Le Faso nous appelle », poursuit un engagement durable en faveur de la participation citoyenne. C’est une initiative bénévole et numérique invitant les Burkinabè, notamment les femmes et les jeunes, à exprimer leur attachement au pays. Pensée comme un premier pas vers un engagement plus durable, cette mobilisation souhaite faire des réseaux sociaux un espace de promotion de valeurs telles que l’unité nationale, la souveraineté, la justice sociale et le soutien aux forces de défense. Dans cet entretien accordé à Lefaso.net, elle revient sur les motivations de cette initiative, le rôle qu’elle entend voir jouer par les citoyens dans le développement du Burkina Faso et sa conviction que l’engagement commence avant tout par des actes, aussi modestes soient-ils.

Lefaso.net : Expliquez-nous cette initiative ?

Bénédicte Bailou : « Le Faso nous appelle » est une campagne numérique citoyenne de 7 jours, entièrement bénévole, qui invite les Burkinabè et en particulier les femmes et les jeunes à exprimer publiquement, chaque jour, leur attachement au pays à travers un message commun partagé au même moment sur les réseaux sociaux. Concrètement, chaque jour correspond à un thème précis, porté par un message unique que tous les participants publient simultanément à 9h00, avec le même hashtag. Ce choix de simultanéité n’est pas anodin car il permet de transformer des voix individuelles, dispersées, en une seule voix collective, visible et audible. C’est une démarche volontairement simple, pour que chacun, quel que soit son niveau avec les réseaux sociaux, puisse y participer sans effort particulier.

Quelle est l’origine de cette initiative et quel message souhaitez-vous adresser aux Burkinabè à travers cette mobilisation ?

Cette initiative part d’une conviction que je porte depuis longtemps à travers mon engagement pour la participation citoyenne des femmes et des jeunes : cette participation ne doit pas rester un slogan, elle doit se traduire par des actes concrets, visibles et mesurables. J’ai souvent constaté que beaucoup de femmes et de jeunes souhaitent s’investir pour leur pays, mais ne savent pas par où commencer, ou pensent que leur contribution individuelle ne pèse pas grand-chose.

Cette campagne est une réponse directe à ce constat, elle offre un premier geste simple, accessible à tous, pour transformer une conviction personnelle en action collective. Le message que je souhaite adresser aux Burkinabè est d’abord que nous n’avons qu’un seul pays, le Burkina Faso, et que son unité et sa souveraineté nous concernent tous sans exception ; ensuite, que chacun, à son niveau, même par un geste aussi simple qu’un message partagé, peut contribuer à ce projet commun.

Vous expliquez que cette campagne vise à exprimer un attachement au Burkina. Pourquoi avez-vous choisi le numérique et les réseaux sociaux comme principaux canaux d’expression de cet engagement citoyen ?

Le choix du numérique répond d’abord à une réalité pratique : c’est un canal rapide, massif et accessible à tous, qui ne demande ni déplacement, ni moyens financiers, ni organisation logistique lourde. En quelques secondes, n’importe qui peut publier un message, le partager, taguer ses proches, et ainsi démultiplier sa portée bien au-delà de son propre cercle. Mais ce choix répond aussi à une réalité sociologique : les femmes et les jeunes, qui sont au cœur de cette mobilisation, sont aussi les catégories les plus actives sur les réseaux sociaux au quotidien. Il aurait été incohérent de leur demander de s’engager à travers un canal qu’ils utilisent peu ou pas. En s’appuyant sur des outils qu’ils maîtrisent déjà, la campagne s’inscrit naturellement dans leurs habitudes, ce qui facilite grandement la participation et l’adhésion.

« Nous avons pleinement conscience des dérives possibles sur les réseaux sociaux, et c’est précisément pour cette raison que nous avons choisi, dès la conception de la campagne, des messages fédérateurs, centrés sur des valeurs partagées par le plus grand nombre plutôt que sur des sujets clivants ou polémiques », fait savoir Bénédicte Bailou

Quel rôle spécifique attendez-vous de ces deux catégories dans cette dynamique de mobilisation nationale ?

Les femmes et les jeunes sont, dans cette campagne, bien plus que de simples destinataires du message : ils en sont les principaux porteurs. Nous attendons d’eux qu’ils soient des relais actifs et non passifs, c’est-à-dire qu’ils ne se contentent pas de voir passer les messages, mais qu’ils les publient eux-mêmes, qu’ils mobilisent leur entourage familial, amical et professionnel, et qu’ils encouragent d’autres personnes à rejoindre le mouvement.

Au-delà de la diffusion des messages, nous espérons que cette implication leur permette de se positionner clairement comme des acteurs du développement du pays, et non comme de simples spectateurs. C’est aussi une façon de démontrer, de manière visible, que ces deux catégories, souvent évoquées dans les discours mais peu associées concrètement aux grandes dynamiques nationales, peuvent occuper une place centrale lorsqu’on leur en donne l’occasion.

Parmi les valeurs mises en avant figurent l’unité nationale, le soutien aux forces de défense, la souveraineté et la justice sociale. Comment ces différents engagements se traduiront-ils concrètement durant la campagne et au-delà ?

Chaque jour de la campagne est consacré à l’une de ces valeurs, à travers un message unique que tous les participants publient simultanément à 9h. Cette progression n’est pas aléatoire : elle a été pensée comme un parcours cohérent, qui commence par l’appel patriotique et l’unité, se poursuit par la reconnaissance envers nos forces de défense, aborde ensuite la question de la souveraineté nationale, puis celle de la justice sociale, avant de se conclure sur des messages de vigilance citoyenne et de victoire populaire. Cette structure permet d’éviter que la campagne ne soit perçue comme une accumulation de messages isolés et sans lien ; au contraire, chaque jour vient enrichir et compléter le précédent, pour donner à la fin des sept jours une image d’ensemble cohérente des valeurs que nous souhaitons porter collectivement.

Au-delà du partage de messages sur les réseaux sociaux, espérez-vous que cette campagne suscite des actions concrètes sur le terrain ou un changement durable dans les comportements citoyens ?

Le partage numérique constitue, pour nous, une première étape. Nous sommes conscients qu’un message partagé, aussi fort soit-il, ne suffit pas à lui seul à transformer une société. Notre espoir est que cet exercice collectif de sept jours crée une habitude d’engagement chez les femmes et les jeunes qui y participent, et qu’il leur permette de se découvrir comme des acteurs capables de mobilisation. À terme, nous souhaitons que cette dynamique serve de point de départ à des actions plus durables sur le terrain, qu’elles soient associatives, communautaires ou citoyennes, portées par les mêmes personnes qui se seront mobilisées durant cette semaine. En somme, la campagne numérique n’est qu’une porte d’entrée vers un engagement plus large et plus pérenne.

Dans un contexte où les réseaux sociaux sont parfois marqués par la désinformation et les discours de division, comment entendez-vous préserver un espace de dialogue responsable et fédérateur autour de cette campagne ?

Nous avons pleinement conscience des dérives possibles sur les réseaux sociaux, et c’est précisément pour cette raison que nous avons choisi, dès la conception de la campagne, des messages fédérateurs, centrés sur des valeurs partagées par le plus grand nombre plutôt que sur des sujets clivants ou polémiques. Chaque contenu diffusé est préparé et validé en amont, puis transmis de manière identique à l’ensemble des participants, ce qui limite fortement les risques de dérive, de déformation ou de récupération à des fins contraires à l’esprit de la campagne. Notre responsabilité, en tant qu’organisatrices, est de maintenir cette ligne éditoriale claire tout au long des sept jours, et d’inviter chaque participant à faire preuve du même sens des responsabilités dans ses propres échanges autour de la campagne, notamment en cas de commentaires ou de réactions.

Si vous deviez convaincre un jeune encore hésitant à s’investir pour les différents pans de développement, quel message lui adresseriez-vous ?

Je lui dirais d’abord que l’engagement citoyen ne demande pas d’attendre d’avoir un rôle officiel, un titre ou un statut particulier pour commencer. Il peut débuter par un geste aussi simple que le partage d’un message auquel on croit sincèrement. Beaucoup de jeunes hésitent à s’investir parce qu’ils pensent que leur contribution individuelle est trop modeste pour compter, ou parce qu’ils attendent une occasion plus « officielle » pour s’engager. Je lui rappellerai que le développement du Burkina Faso ne se fera pas sans sa jeunesse, et que chaque geste, aussi petit paraisse-t-il, contribue à une dynamique plus large lorsqu’il est partagé par un grand nombre de personnes. Autant, donc, commencer maintenant, à son échelle, avec les moyens dont on dispose déjà, plutôt que d’attendre que d’autres agissent à sa place.

Entretien réalisé par Farida Thiombiano

Lefaso.net

Source: LeFaso.net