Le Programme d’appui au développement sanitaire (PADS) a lancé, ce samedi 18 avril 2026 à Dédougou, une campagne de communication en faveur de la scolarisation et du maintien des jeunes filles à l’école dans les régions du Bankui et du Nakambé. Baptisée « Kom-pugli kaoreng yõodo », qui signifie en mooré « l’importance de la scolarisation des jeunes filles », cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet d’Autonomisation des femmes et dividende démographique en Afrique subsaharienne plus (SWEDD+), soutenu par la Banque mondiale et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).

Sa grand-mère n’y croyait pas. Pour elle, envoyer une fille à l’école était inutile. Mieux valait qu’elle reste auprès de sa mère, à apprendre à vendre le dolo (bière de mil), à suivre le chemin déjà tracé pour tant d’autres. L’école, pensait-elle, n’était pas faite pour les filles.

Mais contre l’avis de tous, son père fait le bon choix. À seulement huit ans, il a arraché sa fille à son village pour l’emmener à Banfora. Chaque matin, il la déposait à l’école avant de rejoindre son atelier de couture. Ce geste allait changer toute une vie.

Aujourd’hui, enseignante de mathématiques au lycée communal de Dédougou, Mme Giselle Sou est fière de son parcours, même si celui-ci n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille.

« Rien n’est facile dans la vie. Il faut avoir un objectif », a-t-elle lancé à des centaines d’élèves en les invitant à ne pas céder aux illusions de l’argent facile, mais à viser leur indépendance.

C’était ce samedi 18 avril à Dédougou, à la cérémonie de lancement de la campagne de communication pour la scolarisation des jeunes filles. Une initiative qui va cibler deux régions, à savoir le Bankui et le Nakambé.

Mme Giselle Sou, enseignante de mathématiques à Dédougou a témoigné sur les bienfaits de la scolarisation des filles en partant de son histoire



Des chiffres qui interpellent

Ce choix n’est pas fortuit, selon Maïmouna Sanon, directrice de la promotion de la santé de l’éducation inclusive, de l’équité et du genre, représentant le directeur général des appuis spécifiques du ministère en charge de l’enseignement secondaire.

À l’en croire, ces deux régions affichent des taux de scolarisation des filles nettement en deçà de la moyenne nationale estimée à 46 % en 2024. Le Bankui enregistre un taux de 32 %, tandis que celui du Nakambé s’établit à 36 %. Ces faibles performances s’expliquent par une combinaison de facteurs, notamment les pesanteurs socioculturelles, l’insécurité et la précarité économique.

À cela s’ajoutent, note Mme Maïmouna Sanon, les grossesses précoces en milieu scolaire, qui constituent l’une des principales causes d’abandon. En 2025, 450 cas ont été recensés dans le Bankui contre 227 dans le Nakambé, illustrant l’ampleur du défi.

Maïmouna Sanon, directrice de la promotion de la santé de l’éducation inclusive, de l’équité et du genre



Une caravane de 13 jours pour sensibiliser

Dans son discours lu par son représentant, le coordonnateur du Programme d’appui au développement sanitaire (PADS), Michel Ouoba, par ailleurs coordonnateur du projet SWEDD+, a indiqué que la campagne de communication déploiera, sur treize jours, un dispositif de sensibilisation à grande échelle. Une caravane de presse parcourra plusieurs localités stratégiques, notamment Dédougou, Tchériba, Boromo, Pa, Tenkodogo, Garango et Dialgay, afin de donner une plus grande visibilité aux enjeux liés à l’éducation des filles.

En parallèle, des activités communautaires de proximité seront organisées telles que des théâtres-fora, des causeries éducatives, des émissions radiophoniques et des rencontres d’échanges. L’objectif est de susciter une prise de conscience collective et de favoriser l’adhésion des populations.

Une élève venue participer au lancement de la campagne

Un accent sera également mis sur le plaidoyer auprès des autorités coutumières et religieuses, en mobilisant au moins 500 leaders communautaires pour en faire des relais actifs de sensibilisation et des défenseurs de l’éducation des filles.

« Au total, plus de 117 500 personnes devraient être touchées par les messages de la campagne, tandis que 25 000 individus verront leurs connaissances renforcées sur les questions de santé reproductive et de planification familiale », a laissé entendre Michel Ouoba.

Le représentant du coordonnateur du PADS, Michel Ouoba, lors de l’allocution de ce dernier

Santé et éducation, une approche intégrée

Au-delà de la sensibilisation, la campagne intègre un volet sanitaire. Des équipes mobiles composées de sages-femmes et de maïeuticiens proposeront des services gratuits, notamment le dépistage du VIH/Sida, des hépatites et du cancer du col de l’utérus, ainsi que l’accès à des méthodes contraceptives. Une approche globale qui reconnaît que la scolarisation des filles ne peut se dissocier de leur santé et de leur bien-être, selon le coordonnateur du SWEED+.

Des leaders communautaires ont manifesté leur engagement à accompagner la campagne



« Vous êtes des diamants »

Le représentant résident de l’UNFPA, Yves Sassenrath a insisté sur l’égalité des chances entre filles et garçons. « Il n’y a rien que les garçons puissent faire que les filles ne puissent pas faire », a-t-il affirmé, appelant à reconnaître le rôle complémentaire des deux sexes dans le développement du pays.

Il a également introduit la notion de dividende démographique, comparant la jeunesse à une richesse que le pays doit valoriser. « Vous êtes des diamants », a-t-il déclaré à l’endroit des jeunes filles, soulignant que l’éducation renforce leur valeur et leur potentiel.

Le Représentant resident de l’UNFPA, Yves Sassenrath, a insisté sur l’égalité des chances entre filles et garçons.



Changer les mentalités

Yves Sassenrath a salué les progrès enregistrés par le Burkina Faso en matière de scolarisation des filles au primaire. Toutefois, il note que la transition vers le secondaire constitue un point critique pour de nombreuses jeunes filles. À l’entrée dans la puberté, plusieurs obstacles surgissent, compromettant leur maintien à l’école. Les risques de mariages précoces, de grossesses non désirées ou encore les pesanteurs socioculturelles continuent d’affecter leur parcours scolaire.

Après le lancement de la campagne, un panel sur la scolarisation des jeunes filles a été animé par des personnes ressources afin de faire l’état des lieux mais aussi d’insister sur l’importance des leaders communautaires pour l’atteinte des objectifs. Saluant l’engagement de ces derniers à soutenir la campagne de communication, le représentant résident de l’UNFPA a rappelé que le changement social est un processus lent mais nécessaire.


Fredo Bassolé

Lefaso.net

Source: LeFaso.net