En prélude à la commémoration du 15 mai 2026, la star de la musique culturelle burkinabè et Trésor Humain Vivant, Zoug-Nanzaguemda, à l’état civil, Issaka Ouédraogo, a initié un panel sur le thème : « À la découverte de nos traditions ». L’activité, qui a eu lieu dans la soirée du jeudi 14 mai 2026 à son domicile, sis arrondissement nᵒ 11 de Ouagadougou, a mobilisé de nombreux participants, dont des autorités coutumières et traditionnelles ainsi que des partenaires. Elle a été présidée par la directrice régionale de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme du Kadiogo, Noëlle Octavie Neya/Ouédraogo.

Cette soirée culturelle s’est voulue un moment d’échanges, de transmission et de découverte de l’héritage culturel national. Elle a ainsi permis, à travers le panel, de mettre en exergue le rôle de la tradition dans la société et les valeurs ancestrales.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, l’unique panéliste, l’artiste et figure culturelle, Zoug-Nanzaguemda, est revenu sur le contexte d’instauration de la journée du 15 mai, rendant un hommage au président du Faso. « Cette décision du président du Faso, capitaine Ibrahim Traoré, a été une grande satisfaction pour nous. Nous avons eu, depuis lors, 2024, des occasions de saluer cette décision. Cette année, nous avons décidé de célébrer cette journée ici, dans notre secteur de résidence. Cette rencontre vise à témoigner notre reconnaissance pour cette date et à rappeler les valeurs qui ont caractérisé les sociétés de nos parents et grands-parents », a situé Issaka Ouédraogo, soulignant que des valeurs d’antan méritent d’être reconsidérées pour le bonheur de tous.

Le panéliste Zoug-Nanzaguemda ne s’est pas contenté de faire un constat des insuffisances qui caractérisent aujourd’hui la société, il a prodigué de nombreux conseils à intégrer comme dispositions individuelles et collectives de vie. Dans cette démarche, il a déploré que la cellule familiale ne soit plus forte des valeurs qui faisaient sa force et, partant, la force de la société toute entière. « Avant, dans les familles, il y avait le respect entre l’homme et la femme (le couple), de sorte que même lorsqu’un étranger arrivait dans la cour, il sentait tout de suite ces signes de respect et de considération entre monsieur et madame. Mais aujourd’hui, à peine a-t-il franchi la porte de la cour que l’étranger comprend que ça ne va pas dans le couple. La femme appelle son époux par son nom, comme tout le monde l’appelle dehors. À l’interne, on fragilise donc la famille pour l’exposer au monde extérieur. Il faut qu’on revienne aux fondamentaux de nos sociétés, et la famille doit être le lieu d’ancrage des valeurs. L’entente doit exister entre les membres du couple, c’est nécessaire pour l’avenir de la famille, l’avenir des enfants. Nous devons tout faire pour préserver nos familles des divisions, sinon ce sont des problèmes que nous léguons à la postérité », interpelle le leader culturel, Issaka Ouédraogo, invitant donc chaque personne à se comporter de sorte à ne pas condamner sa famille, sa postérité.

La directrice régionale en charge de la culture du Kadiogo, Noëllie Octavie Neya, livrant son message en ouverture du panel.

À la jeunesse, il appelle à intégrer les valeurs de patience, d’ardeur au travail et d’honnêteté dans ses comportements de tous les jours. « La vie est un escalier, il faut prendre le temps de monter, sans précipitation », a-t-il illustré avant d’insister également sur la nécessité de ramener au centre de ses actions les valeurs liées au respect des aînés, à la considération de la vie humaine, à la paix, à la solidarité…

« La vie est un escalier, il faut prendre le temps de monter, sans précipitation. »

Zoug-Nanzaguemda (à gauche), recevant les félicitations du Premier ministre Jean Emmanuel Ouédraogo, suite à son installation au rang de Trésor Humain Vivant, le 17 avril 2026 à Ouahigouya

Ponte de la tradition, artiste-musicien depuis 1978, avec à ce jour 87 albums, Zoug-Nanzaguemda, ambassadeur du réseau Telecel Faso, a partagé des leçons de vie, en lien avec les valeurs ancestrales, exhortant chacun à œuvrer à une société de solidarité, de tolérance, de vivre-ensemble et d’épanouissement collectif. « En quoi les gens d’avant sont meilleurs que nous ? Nos parents et grands-parents étaient meilleurs que nous, parce qu’ils nous dépassent avec le respect mutuel, la compassion, l’honnêteté, la sincérité, l’altruisme… Avant, la solidarité était agissante ; par exemple, ceux qui avaient réussi leurs récoltes partageaient avec ceux qui n’en avaient pas, sans coup d’éclat, sans publicité, ils mettaient les vivres dans des sacs et se cachaient pour aller remettre à ceux qui n’en avaient pas ou à ceux qui ont des grandes familles à nourrir. Au temps de nos devanciers, on disait même que, lorsque votre voisin tue un lièvre, votre sauce changera de goût. Mais aujourd’hui, votre voisin tue un bœuf, ça ne changera rien à votre sauce. Quand on dit « famille », ça ne se limite pas seulement à femmes et enfants, c’est la communauté de vie. Il faut donc reconsidérer les choses, en ne partageant pas seulement les difficultés avec les autres et le bonheur avec femme et enfants ; parce qu’il y a des évènements, lorsqu’ils surviennent dans la vie, ce ne sont pas seulement les membres de votre famille qui se mobilisent, c’est bien au-delà, ce sont ceux qui vivent avec vous, qui vous côtoient… Donc, faisons vraiment attention, car on n’est rien sans les autres, malgré notre richesse, notre pouvoir, notre savoir. (…). Si nous n’intégrons pas nos valeurs à l’évolution du monde, nous allons à notre perte », peut-on rassembler de la communication de Zoug-Nanzaguemda, entièrement livrée en langue nationale mooré.

« Aujourd’hui, les gens peuvent observer quelqu’un emprunter un mauvais chemin, mais personne ne va interpeller ce dernier, ils vont dire de le laisser vivre les conséquences. Or, les conséquences impactent souvent toute la société et nous touchent », regrette le communicant, qui ajoute plus loin : « Dans la vie, il faut savoir que le mal que tu fais te reviendra toujours. Tu as donc le choix : faire le bien ou faire le mal et assumer ».

Une nuit pleine donc d’enseignements et au sujet de laquelle la directrice régionale de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme du Kadiogo, Noëlle Octavie Neya/Ouédraogo, a traduit la considération du ministère à l’endroit de l’initiateur, Issaka Ouédraogo dit Zoug-Nanzaguemda. Pour l’autorité, sa consécration, en avril 2026, au titre de Trésor humain vivant par les dirigeants du pays, vient magnifier une vie entière de dévouement à la préservation, la transmission et la valorisation du patrimoine culturel immatériel. « Par son engagement constant, sa fidélité aux valeurs endogènes, Zoug-Nanzaguemda incarne la conscience culturelle vivante qui relie le passé, le présent et l’avenir de la nation. Le thème de la soirée interpelle collectivement et rappelle avec force que les traditions ne constituent plus de simples vestiges du passé, mais des fondements essentiels de notre identité et de notre cohésion sociale. Nos valeurs ancestrales portent en elles les principes de respect, de solidarité, de dignité, d’intégrité, de dialogue et de vivre-ensemble. Elles constituent des repères indispensables dans un contexte marqué par de profondes mutations sociales et culturelles. Préserver ces valeurs, les transmettre et les faire vivre, c’est contribuer à bâtir une société enracinée dans son identité et résolument tournée vers l’avenir », a-t-elle exprimé, saisissant l’occasion pour rendre hommage à tous ceux qui, souvent dans la discrétion, consacrent leur existence à la sauvegarde des savoirs, des pratiques et expressions culturelles qui constituent l’âme du peuple. « À travers cette activité, Zoug-Nanzaguemda nous convie à un devoir de mémoire, à une réflexion collective et à une réappropriation consciente de notre héritage culturel », a félicité la directrice régionale de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme du Kadiogo, Noëlle Octavie Neya/Ouédraogo, souhaitant une bonne célébration du 15 mai 2026 à l’ensemble des Burkinabè.

O.L.

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Source: LeFaso.net