
Dans cette lettre ouverte adressée au ministre d’État, ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité, les ressortissants de Médiga, province du Zoundwéogo, région du Nazinon, reviennent sur le différend foncier qui les oppose depuis plusieurs années au village de Dindéogo. Entre revendications territoriales, tensions communautaires et événements survenus à la fin de l’année 2025, ils demandent une clarification du dossier et la mise en place d’un cadre de dialogue susceptible de restaurer durablement la paix entre les deux communautés.
Objet : Litige sur la délimitation territoriale entre Médiga et Dindéogo
Camarade Ministre d’Etat,
Par la présente, les filles et fils du village de Médiga, situé dans la commune de Gomboussougou, province du Zoundwéogo, région du Nazinon, souhaitent porter à votre connaissance les préoccupations profondes d’une communauté qui, depuis plusieurs années, estime être victime d’injustices, de marginalisation liée à un litige entre le village de Médiga et de Dindéogo.
Notre démarche se veut respectueuse de l’autorité de l’État. Elle ne vise ni à créer la division, ni à attiser les tensions. Elle procède plutôt d’un devoir de vérité et d’un appel sincère à l’écoute, au dialogue et à la recherche de solutions durables susceptibles de restaurer la confiance et l’harmonie entre les communautés concernées.
Camarade Ministre d’Etat, notre ambition est de vous faire l’état des lieux de la tension foncière entre les villages de Médiga et de Dindéogo qui perdure depuis des années fragilisant la cohésion sociale.
Mais bien avant d’aborder cette question qui nous tient à cœur, nous souhaitons rendre un hommage appuyé à une figure emblématique de notre communauté qui s’est battu pour le développement et la promotion du vivre-ensemble dans cette partie du Burkina Faso. Il s’agit de feu Camarade El Hadj GUERE Vikri Daouda, né en 1936 à Médiga.
Commerçant prospère et homme engagé, il a consacré une grande partie de sa vie au développement de son village. Visionnaire et rassembleur, il a contribué à la réalisation d’infrastructures majeures qui continuent aujourd’hui encore de servir les populations. Parmi ses réalisations figurent notamment, la construction de la première école primaire de Médiga en 1979 sur ses ressources propres, l’ouverture de plusieurs pistes rurales, la réalisation de forages, le soutien aux activités agricoles, la construction du premier Centre de Santé et de Promotion Sociale (CSPS) de la localité.
Son engagement pour la délimitation des terres du village de Médiga dans les années 70 a également permis d’éviter des conflits fonciers qui auraient pu compromettre la paix sociale. En reconnaissance de ses nombreuses actions, il fut honoré par les plus hautes autorités du pays sous la Révolution conduite par le Camarade, Président Thomas Sankara. Aujourd’hui encore, son héritage demeure vivant dans la mémoire collective.
Malgré cela, les tensions foncières entre les villages de Médiga et de Dindéogo se sont progressivement accentuées à partir des années 2006, à travers une contestation des limites territoriales entre les deux villages. En plus de cela, en 2015, des portions de terres ont été revendiquées par les notables de Dindéogo. Pourtant, les limites territoriales de ses localités voisines étaient historiquement connues et reconnues à travers les pratiques coutumières qui régissaient traditionnellement l’occupation des terres. Toutefois, l’augmentation de la valeur économique du foncier a favorisé l’émergence de contestations récurrentes et de revendications territoriales qui ont progressivement détérioré les relations entre les deux communautés.
Les habitants de Médiga dénoncent notamment :
– Des modifications présumées de certains documents administratifs concernant l’appartenance villageoise de résidents de Médiga. A cet effet, une plainte a été déposée auprès des autorités judiciaires de Manga en Juillet 2024 ;
– Des revendications territoriales portant sur certaines parties du village ;
– Des contestations liées à des projets d’infrastructures scolaires ;
– Des oppositions à certaines initiatives communautaires et culturelles portées par les jeunes du village Médiga.
Par ailleurs, tout cela a été porté à l’attention des autorités locales. Malgré cela, des difficultés ont conduit progressivement à une détérioration du climat social entre les deux communautés. Les événements des 30 et 31 décembre 2025, illustrent suffisamment cette réalité marquant un tournant particulièrement douloureux dans l’histoire récente de notre village.
En effet, à l’initiative des jeunes de Médiga, un festival culturel dénommé Festival TODANON devait être organisé au début du mois de janvier 2026 après accomplissement des formalités administratives requises. Ce festival avait pour ambition de promouvoir la cohésion sociale, la culture et le vivre-ensemble.
Cependant, dans un contexte déjà marqué par les tensions foncières, des manifestations hostiles à la tenue de l’événement ont été observées. La situation s’est progressivement dégradée au cours de la journée du 30 décembre 2025 jusqu’à donner lieu à des affrontements entre les communautés de Mediga et de Dindéogo ayant occasionnés des blessés et d’importants dégâts matériels. Le lendemain, diverses mesures administratives ont conduit à l’annulation du festival et à l’arrestation d’une centaine de personnes du village de Médiga qui sont actuellement détenues. Aujourd’hui encore, les habitants de Médiga continuent d’exprimer leur incompréhension face à certains aspects de la gestion de cette crise et souhaitent que toute la lumière soit faite sur les événements afin que les responsabilités puissent être établies dans le respect de la loi.
Conscients que la paix constitue le fondement de tout développement durable, nous réaffirmons notre volonté de privilégier le dialogue et les voies légales pour le règlement de ce différend. À cet effet, nous sollicitons :
– La poursuite des enquêtes et procédures judiciaires en toute indépendance et impartialité ;
– L’organisation d’un cadre de dialogue inclusif entre les deux villages au sujet de leurs limites territoriales ;
– La mise en place d’un mécanisme permanent de prévention et de gestion des conflits communautaires ;
– Une clarification consensuelle du litige dans le respect de la législation nationale et des réalités coutumières ;
– Le renforcement des actions de sensibilisation en faveur de la paix et de la cohésion sociale ;
– La promotion de projets de développement au bénéfice de la jeunesse afin de réduire les tensions liées à la précarité économique.
De tout ce qui précède, nous réaffirmons que le village de Médiga demeure profondément attaché à la paix, à l’unité nationale et aux institutions du Burkina Faso et exprimons notre gratitude à toutes les autorités, organisations et personnes qui œuvrent pour le retour de la sérénité entre Médiga et Dindéogo.
Nous, lançons un appel pour que l’autorité se ressaisisse du dossier afin que des solutions pérennes puissent être trouvées entre les deux localités. Par ailleurs, nous réaffirmons notre entière disponibilité à participer à toute initiative visant à restaurer la confiance, renforcer la cohésion sociale et bâtir un avenir commun fondé sur le respect mutuel et la fraternité.
Tout en vous souhaitant bonne réception, veuillez agréer, Camarade Ministre d’Etat, l’expression de nos profonds respects.
Les filles et fils du village de Médiga
Source: LeFaso.net
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